M"*. DE MORIVAL, M. DE SAINT- ALIN
M. DE SAINT-ALIN
Us seront jolis ces ordres!
M}^\ DE MORIVÀL.
Est-ce que vous savez ce que c*est, au)n frère ?
M. DE SAIÎÎT-ALIN.
7e m^en doute par ce qull mV dit.
Vous lui avez parlé ?
M. DE SAINT-ALIN
Oui.
M"«. DE MORIVAL
Que VOUS a-t-îl dit ?
M. DE SAINT-ALIN
Qu'il allait faire venir des provisions pûi;r tm moi».,
M"». DE MORIVAL
Ah ! mon frère !
M. DE SAINT-ALIN
Vous en êtes bien fâchée, et moi aussi.
M"«. DE MORIVAL
Pourvu que vous ne nous quittiez pas encore.
M. DE SAINT-ALIN
Eh ! le puis-je?. Ah ! ma sœur, Je suis désespéré ! je n'ai pas osé demander à madame de Ranville.la permission de lui écrire *, j'avais formé le projet de m'en faire aimer , et je crains , en ne la voyant pas , d'en être ouhlié ; pendant que je serai ici, mille gens à Paris vont s'empresser à lui plaire.
M"«. DE MORIVAL
Elle n'est pas à Paris.
QUATORZIÈME JOURNÉE. i59
A Paris , ou ailleurs , ce sera le vœu de tous ceux <pi la verront ; si j'étais libre, je trouverais sans doute les moyens de me rapprocher d'elle.
M"*. DE MORIYAL.
Yous n*imaginez pas que votre ami revienne ici ?
M. DE SAIIiT-ALIN.
Lequel?
M"«. DE MORIYAL.
Le Pré
M. DE SAINT-ALIN
Le Président. Je sais votre secret à tous deux.
M"«, DE MORIYAL.
Comment?
M. DE SAIHT-ALIN.
n VOUS aime.
M"«. DE MORIYAL.
Vous croyez ?
M. DE SAINT-ALIN
Je fais plus ; j'en suis sûr , il me Fa dit , et il vous Ta dit aussi.
M"-. DE MORIYAL.
Ah ! mon frère !
M. DE SAIIîT-ALIIf.
Il ne sera jamais assez hardi pour oser revenir ici actuellement.
M"«. DE MORIYAll
Non ; maman ne lui en ayant rien dit.
M. DE SAINT-ALIN
Allons , nous ne pouvons pas rester ici davantage.
M"«. DE MORIYAL.
11 faudrait lui faire parler par la Baronne.
M. DE SAIIîT-ALIN*
Elle est dans le même cas que nous , ma sœur.
iGo LE DÉPART DE hk CAMPAGNE,
M"*. DE HORIVAL.
Aimeraît-elle aoBsi ?
H. DE SAINT-ALIU.
Sûrement', et, comme elle est veuve, elle pourra parler hardiment.
M"*. DE MOBIYAL.
Et , si an lieu de cela , elle partait toute seule.
M. DE SAINT-ALIN
Elle est trop jeune pour cela , elle ne l'osera jamais.
M"«. DE MORIYAL.
Et qui peut-elle aimer ?
Vous ne tous êtes pas aperçue de Fempressement du Comte pour elle ?
M"'. DE MORIYAL.
Ah ! cela est vrai ; il en était infiniment occupé.
M. DE SAINT-ALIN
Oui 'j ma mère s'en est bien aperçue \ et , comme c'est un très-honnète homme , qui a un régiment , je crois qu'elle ne serait pas fâchée s'il pouvait épouser la Baronne.
M"'. DE MORIYAL.
Maman a eu une grande conversation avec le Comte, un soir dans le jardin.
M. DE SAINT-ALIIï.
Vous le croyez ?
M"*. DE MORIYAL.
Je les ai vus.
M. DE SAINT-ALTN.
Si le Président pouvait eu avoir une pareille avec elle 9 cela ne vous déplairait pas , je crois.
M"*. DE MORIYAL.
Mais vous , en avez-vous jamais eu une avec madame de Ranville ?
QUATORZIÈME JOURNÉE. i6i
M. DE SAINT-ALIN
Non, yraiment.
m'Kde m obi val.
Yons Yoilà bien avancé ! il fallait lui faire parler par la mère du Président ; elle est son amie , et elle a grande confiance en elle.
M DE SAINT-ALTN.
Oui, cela serait fort convenable !
M»«. DE M G RIVAL
Mais , cependant, quand on a envie d'épouser....
M. DE SAINT-ALIN
Quand on a envie d'épouser , et qu'on se fait proposer par un autre , c'est qu'on regarde cela comme une espèce d'aflaire. L'amour veut plus de délicatesse,
M"«. DE MORIVAL
Et vous croyez, si on me proposait d'épousar le Président , que, par délicatesse, je devrais le refuser ?
M. DE SAII9T-ALIN.
Cela est fort différent; une fille , à présent, ne doit penser qu'au mariage.
M"«. DE MORIVAL
Et, s'il 7 a de l'amour, n'est-ce pas un bonheur de plus?
M. DE SAINT-ALIN
Sans doute.
M"*. DE MORIVAL
Comme on aime à se flatter !
M. DE SAIIïT-ALIN;
Si nous étions à Paris , nous pourrions au moins espérer que tout s'arrangerait comme ncus le désirons.
M"*. DE MORIVAL
C'est encore un regret de plus de rester ici.
M. DE SAINT-ALtN.
J^entends, je crois, cbanter l'Abbé.