‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 55 sur 166 · M"*. DE MORIVAL, M. DE SAINT- ALIN · texte numérisé non relu

M"*. DE MORIVAL, M. DE SAINT- ALIN

M. DE SAINT-ALIN

Us seront jolis ces ordres!

M}^\ DE MORIVÀL.

Est-ce que vous savez ce que c*est, au)n frère ?

M. DE SAIÎÎT-ALIN.

7e m^en doute par ce qull mV dit.

Vous lui avez parlé ?

M. DE SAINT-ALIN

Oui.

M"«. DE MORIVAL

Que VOUS a-t-îl dit ?

M. DE SAINT-ALIN

Qu'il allait faire venir des provisions pûi;r tm moi».,

M"». DE MORIVAL

Ah ! mon frère !

M. DE SAINT-ALIN

Vous en êtes bien fâchée, et moi aussi.

M"«. DE MORIVAL

Pourvu que vous ne nous quittiez pas encore.

M. DE SAINT-ALIN

Eh ! le puis-je?. Ah ! ma sœur, Je suis désespéré ! je n'ai pas osé demander à madame de Ranville.la permission de lui écrire *, j'avais formé le projet de m'en faire aimer , et je crains , en ne la voyant pas , d'en être ouhlié ; pendant que je serai ici, mille gens à Paris vont s'empresser à lui plaire.

M"«. DE MORIVAL

Elle n'est pas à Paris.

QUATORZIÈME JOURNÉE. i59

A Paris , ou ailleurs , ce sera le vœu de tous ceux <pi la verront ; si j'étais libre, je trouverais sans doute les moyens de me rapprocher d'elle.

M"*. DE MORIYAL.

Yous n*imaginez pas que votre ami revienne ici ?

M. DE SAIIiT-ALIN.

Lequel?

M"«. DE MORIYAL.

Le Pré

M. DE SAINT-ALIN

Le Président. Je sais votre secret à tous deux.

M"«, DE MORIYAL.

Comment?

M. DE SAIHT-ALIN.

n VOUS aime.

M"«. DE MORIYAL.

Vous croyez ?

M. DE SAINT-ALIN

Je fais plus ; j'en suis sûr , il me Fa dit , et il vous Ta dit aussi.

M"-. DE MORIYAL.

Ah ! mon frère !

M. DE SAIIîT-ALIIf.

Il ne sera jamais assez hardi pour oser revenir ici actuellement.

M"«. DE MORIYAll

Non ; maman ne lui en ayant rien dit.

M. DE SAINT-ALIN

Allons , nous ne pouvons pas rester ici davantage.

M"«. DE MORIYAL.

11 faudrait lui faire parler par la Baronne.

M. DE SAIIîT-ALIN*

Elle est dans le même cas que nous , ma sœur.

iGo LE DÉPART DE hk CAMPAGNE,

M"*. DE HORIVAL.

Aimeraît-elle aoBsi ?

H. DE SAINT-ALIU.

Sûrement', et, comme elle est veuve, elle pourra parler hardiment.

M"*. DE MOBIYAL.

Et , si an lieu de cela , elle partait toute seule.

M. DE SAINT-ALIN

Elle est trop jeune pour cela , elle ne l'osera jamais.

M"«. DE MORIYAL.

Et qui peut-elle aimer ?

Vous ne tous êtes pas aperçue de Fempressement du Comte pour elle ?

M"'. DE MORIYAL.

Ah ! cela est vrai ; il en était infiniment occupé.

M. DE SAINT-ALIN

Oui 'j ma mère s'en est bien aperçue \ et , comme c'est un très-honnète homme , qui a un régiment , je crois qu'elle ne serait pas fâchée s'il pouvait épouser la Baronne.

M"'. DE MORIYAL.

Maman a eu une grande conversation avec le Comte, un soir dans le jardin.

M. DE SAINT-ALIIï.

Vous le croyez ?

M"*. DE MORIYAL.

Je les ai vus.

M. DE SAINT-ALTN.

Si le Président pouvait eu avoir une pareille avec elle 9 cela ne vous déplairait pas , je crois.

M"*. DE MORIYAL.

Mais vous , en avez-vous jamais eu une avec madame de Ranville ?

QUATORZIÈME JOURNÉE. i6i

M. DE SAINT-ALIN

Non, yraiment.

m'Kde m obi val.

Yons Yoilà bien avancé ! il fallait lui faire parler par la mère du Président ; elle est son amie , et elle a grande confiance en elle.

M DE SAINT-ALTN.

Oui, cela serait fort convenable !

M»«. DE M G RIVAL

Mais , cependant, quand on a envie d'épouser....

M. DE SAINT-ALIN

Quand on a envie d'épouser , et qu'on se fait proposer par un autre , c'est qu'on regarde cela comme une espèce d'aflaire. L'amour veut plus de délicatesse,

M"«. DE MORIVAL

Et vous croyez, si on me proposait d'épousar le Président , que, par délicatesse, je devrais le refuser ?

M. DE SAII9T-ALIN.

Cela est fort différent; une fille , à présent, ne doit penser qu'au mariage.

M"«. DE MORIVAL

Et, s'il 7 a de l'amour, n'est-ce pas un bonheur de plus?

M. DE SAINT-ALIN

Sans doute.

M"*. DE MORIVAL

Comme on aime à se flatter !

M. DE SAIIïT-ALIN;

Si nous étions à Paris , nous pourrions au moins espérer que tout s'arrangerait comme ncus le désirons.

M"*. DE MORIVAL

C'est encore un regret de plus de rester ici.

M. DE SAINT-ALtN.

J^entends, je crois, cbanter l'Abbé.

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