‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 84 sur 166 · SCÈNE PREMIÈiiE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈiiE

M. BOURTIBOURG , M. DU MAIL.

m; BOtRTIBOURG.

\ ouLEz-YOus que nous nou9 a^çeyoM ioi > monaiçur Du Mail ?

M. DU MAIL

Volontiers , monsieur Bourtibourg.

M. BOURTIBOURG.

Est-ce que vous n^ëtes pas content de votre swté aujourdliui ?

M. DU MAIL

Pardonnez-moi •

M. BOURTIBOURG.

J'ai cru que j'allais avoir quelques souvenirs de mon rhumatisme ; mais j'en ai été quitte pour la peur.

M. DU MAIL

Moi , je me moque de cela ] j'ai toiqours bon pied , bon œil , et grand appétit.

îi56 CONVERSATIONS DU PALAIS-ROYAL,

M. BQURTIBOURG.

Ecoutez donc , il jïJ a que cela dans la vie ] avec cette façon de penser, on se console de tou^

MU D.n MAIU

Voilà ce que je dis ; quand j'aurais un carrosse , posons le cas , cela me gênerait \ je dépendrais démon cocher , de mes chevaux , de mes laquais ; cela me donnerait de l'humeur , et je me porterajrs moins bien.

M. BOURTIBOURG.

Vous avez raison. Les coptrar^étés sont pernicieuses pour la santé \ et puis , à quoi n'est-on pas exposd quand on est fort riche ?

M. DU MAIL

A essuyer des banqueroutes^ , par exemple*

M. BOURTIBOURG.

Et à en faire soi-même , peut-être^

M. nu MAIL.

Cela n'arrive que trop souvent.

M. BOURTIBOURG.

Et que devenir après cela ?

Même en emportant de quoi vivre , ou aller , quand on n'a plus d'honneur ?

M. BOURTIBOURG.

Il vaut mieux avoir un honnête nécessaire et ne dépendre de personne «

M. DU MAIL

Comme vous. N'êtesr-vous pas veuf?

M. BOURTIBOURG.

Oui , et sax^s enfaps , Dieu merci.

M. DU MAIL

Votre femme éuit bien jolie j vous avez dû la regretter.

M. BOURTIBOURG.

Après 5a première couche -, elle n'était plus rien.

M. BU MAIL

€ela arrive quelquefois, et par Conséquent plus d'amour de votre part.

M. BOURTIBOURG.

Je VOUS' le demande ? Elle était devenue d*une humeur ! d'ime humeur ! Ah !••..

Cela doit être. Écoutez donc ; une femme sans beauté est bientôt sans nul agrément , et puis , qa'est-ce que c'est ?

M. BOURTIBOURG.

Le diable^ Vous avez bien raison.

M. BU MAIL

Voilà pourtant cequedeviennent souventles grandes passions.

M. BOURTIBOURG.

Ah ! ne m'en parlez pas.

M. DU MAIL

Surtout quand on se marie avec ce qu'on aime.

M. BOURTIBOURG.

C'est ce que je vous dis.

M. DU MAIL

Vous me consolez d'être resté garçon.

M. BOURTIBOURG.

éi vous eussiez eu une femme parfaite , je le suppose , eh bien , vous eussiez pu la perdre par une maladie.

M. DU MAIL

Il est vrai. J'aurais pourtant, je crois , assez aimé une poitrinaire.

aJ8 CONVERSATIONS DU PALAIS-ROYAL,

M. BOURTIBOURG.

Mais , vous n*àv6z pas toilt-à-faît tort ; ces femmeslà sont frès- agréables et très - intéressantes à avoir : plus elles sont malades , moins elles en conviennent , et plus elles ont le regard tendre.

M. D0 MAIl.

Oui , c'est dommage cpi'elles finissent par mourir !

M. BOURTIBOirRG.

Ah ! dame , on ne peut pas les en empêcher.

M. Dtr MAIL.

C'est toujours un inconvénient.

M. BOURTIBOURG.

Oui , cela vous jette dans des embarras.... En deoil d'abord, et des affaires !... Tout compté, tout rabatta, il vaut mieux rester garçon.

M. DU MAIL

Oui , on vit sur le commun , n'est-ce pas ? On a des amis , ce n'est pas pour rien.

M. BOURTIBOURG.

On leur rend service en les débarrassant de leurs femmes , n'est-ce pas compère ?

M. DU MAIL

Mais, je le crois moi ; car ils sont si aises de vous voir arriver , qu'ils prennent leur chapeau et qu'ils s'en vont tout de suite.

M. BOURTIBOURG.

On voit bien que vous en parlez par expérience.

Que trop !

M. BOURTIBOURG.

Pourquoi donc ?

SEIZIÈME JOURNÉE. t» 39

M. DU MAIU

Cest quç j*ai tovgours de la pasaion , même aTec ces femmes dont vous me parlez là.

M. BdÙKTlBOURG.

Eh bien , n'étaient-ce pas d'honnêtes femmes ?

M. DU HAIX<

Dans les commencemens.

M. ROUHTIBOUHa.

Et après ?

M. DU MAIL

Elles étaient avec moi , comme avec leurs maris.

M. BOUKTIBOURG.

Il faut excuser Thabitude*

M. DU MAtli.

Oui , comme vous dites ; c'est une seconde nature.

M. liOURTlBOQBG.

Et après , comment avez * vous donc fait ?

M. DU liAlL.

Pavais imaginé de prendre une gouvernante.

M. BOURTIBOUÂG.

Ah ! comme un chanoine. Cela est fort <)ommodd.

M. DU MAIL

Oui ; mais elle buvait mon vin avec tous les domestiques ses amis 9 et elle en avait beaucoup. Je Tai chassée.

M. BOURTIBOURG.

Il y a long-temps de cela?

M. DU MAIL

Non ; c'est d'avant-hier.

M. BOURTIBOURG;

Comment ferez-vous donc à présent?

24o GONYEBSATICHrS DU PAL

M. DU UkTL,

Ma foi, je n'en sais trop rien. (H se lèveJ) Je m'en Tais y rèrer.

H. BOURTIBOURG.

Oa cela?

M. D0 MAIL

An Champs-Elysées. Yonlex-Toiis y Tenir ?

M. BOOBTIBOURG.

Je ne puis pas ; j'attends ici qudqn'ui qne Toili.

M. DU HA IL

Ah ! monsieiir Dn Sentier ? je toos laisse ayec loi. A demain.

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