‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 85 sur 166 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

M. DU SENTIER, M. BOURTIBOURG.

M. BU SENTIER

Qui est-ce qui tous qoitte là ?

M. BOURTIBOURG.

C'est monsîenr Du Mail.

M. DU SENTIER

Ah ! je le connais , il est amoureux de toutes les femmes de son quartier.

M. BOURTIBOURG.

n m'a dit qu'il n'ayait plus de passions.

M. DU SENTIER

Bon ! il aime toiqours les femmes.

M. BOURTIBOURG.

Est-ce que tous ne les aimez plus , yous ?

M. DU SENTIER

Non ^ car elles m'ont ruiné.

M. BOURTIBOURG.

Et vous vous êtes corrigé de ce goût-là ?

M. DU SENTIER

Je n^aîme plus quk les voir de loin»

M. BOURTIBOURG.

Et c'est pour cela que vous allez tous les jours an spectacle ?

M. DU SENTIER

 peu près.

M. BOURTIBOURG.

Vous en avez eu de toutes les espèces , à ce qu'on m'a dit.

M. DU SENTIER

C'est ce qui faît que je les connais bien.

M. BOURTIBOURG.

Est-ce que vous avez eu des marchandes ?

M. DU SENTIER

Ah ! je vous en réponds ! et de très-jolies !

M. BOURTIBOURG,

Et comment faisiez - vous pour faire connaissance avec elles ?

M. DU SENTIER

Je commençais d'abord par passer souvent devant leur porte , et je les saluais une douzaine de fois par jour pour les préparer.

M. BOURTIBOURG.

Et elles vous rendaient votre révérence ?

M. DU SENTIER

^ Toujours ; d'abord sérieusement , ensuite elles riaient.

M. BOURTIBOURG.

C'était bon signe ?

M. DU SENTIER

Sûrement.

M. BOURTIBOURG.

Vous alliez acheter de leurs marchandises ?

TOMI lil. lg

24a CONVERSATIONS DU PALAIS-ROYAL,

/ K. t)U SENTIER.

Pas toujours. Je comtaiençaîs quelquefois par aller allumer ma bougie chez elles , surtout quand il faisait du vent, parce qu'il l-éléignait^ cela les faisait rire, et j'entrais en c^onversation.

M. BOURTIBOURG.

Que pouviez-vous leur dire ?

M. DU SENTIER

Qu^elles étaient fort jolies , que depuis long-temps elles me tournaient la tète ; elles faisaient semblant de n'en rien croire \ mais elles se. redressaient avec un air de contentement qui décelait le plaisir que je leur , faisais. Je leur donnais des chansons nouvelles , et quelquefois je leur disais que je les avais faites pour elles.

M. BOURTIBOURG.

Et elles le croyaient.

M. tfV SENTIER.

Sans doute , puisqu'elles le disaient à leurs camara* des et à leurs amies. Je leur donnais des billets de spectacle ; j'y allais avec elles; Je les reconduisais, etrpn mé priait à souper.

M. BOURTIBOURG.

A merveille.

♦ , , .. ; ]|f.. DU SENTIER.

Mais je n'y soupais guère que lorsqu'il n'y avait que le mari 9 parce .qu'il, s'endomuiit dès que le sou-' per était fini, et nous l'envoyions coucher. .'■ '

M. BOURTiBOUAG.

Cela était fort commode. En&i , fout cela ftllait le mieux du monde.

M. DU SENTIER

Je le comprenais à peine , lorsqu'il m'ariwi une aventure.. •• que je vous conterai une autre fois.

■ ^ m^> ^ m^^'^^^n^mmm^'i0amimm0*^mmm^0t^m

M. BOURTIBOURG.

Allons , comme vous voudrez.

M. DU SENTIER

Comment donc ètes-TOus de si bonne heure dans notre quartier?

M. BOURTIBOURG.

C'est que j!ai afiaire. a M* de CIé|:y.

M. DU SENTISB.

n est mon voisin.

Bf. BOURTIBOURG.

Je ne Tai pas trouvé chez lui , et j'ai imaj^né que je pourrais le voir ici.

m; DU SENtlER.

n y vient tous les jours.

M. BOURTIBOURG.

Ah ! le voilà !

Page 1