SCÈNE IL
M. DU SENTIER, M. BOURTIBOURG.
M. BU SENTIER
Qui est-ce qui tous qoitte là ?
M. BOURTIBOURG.
C'est monsîenr Du Mail.
M. DU SENTIER
Ah ! je le connais , il est amoureux de toutes les femmes de son quartier.
M. BOURTIBOURG.
n m'a dit qu'il n'ayait plus de passions.
M. DU SENTIER
Bon ! il aime toiqours les femmes.
M. BOURTIBOURG.
Est-ce que tous ne les aimez plus , yous ?
M. DU SENTIER
Non ^ car elles m'ont ruiné.
M. BOURTIBOURG.
Et vous vous êtes corrigé de ce goût-là ?
M. DU SENTIER
Je n^aîme plus quk les voir de loin»
M. BOURTIBOURG.
Et c'est pour cela que vous allez tous les jours an spectacle ?
M. DU SENTIER
 peu près.
M. BOURTIBOURG.
Vous en avez eu de toutes les espèces , à ce qu'on m'a dit.
M. DU SENTIER
C'est ce qui faît que je les connais bien.
M. BOURTIBOURG.
Est-ce que vous avez eu des marchandes ?
M. DU SENTIER
Ah ! je vous en réponds ! et de très-jolies !
M. BOURTIBOURG,
Et comment faisiez - vous pour faire connaissance avec elles ?
M. DU SENTIER
Je commençais d'abord par passer souvent devant leur porte , et je les saluais une douzaine de fois par jour pour les préparer.
M. BOURTIBOURG.
Et elles vous rendaient votre révérence ?
M. DU SENTIER
^ Toujours ; d'abord sérieusement , ensuite elles riaient.
M. BOURTIBOURG.
C'était bon signe ?
M. DU SENTIER
Sûrement.
M. BOURTIBOURG.
Vous alliez acheter de leurs marchandises ?
TOMI lil. lg
24a CONVERSATIONS DU PALAIS-ROYAL,
/ K. t)U SENTIER.
Pas toujours. Je comtaiençaîs quelquefois par aller allumer ma bougie chez elles , surtout quand il faisait du vent, parce qu'il l-éléignait^ cela les faisait rire, et j'entrais en c^onversation.
M. BOURTIBOURG.
Que pouviez-vous leur dire ?
M. DU SENTIER
Qu^elles étaient fort jolies , que depuis long-temps elles me tournaient la tète ; elles faisaient semblant de n'en rien croire \ mais elles se. redressaient avec un air de contentement qui décelait le plaisir que je leur , faisais. Je leur donnais des chansons nouvelles , et quelquefois je leur disais que je les avais faites pour elles.
M. BOURTIBOURG.
Et elles le croyaient.
M. tfV SENTIER.
Sans doute , puisqu'elles le disaient à leurs camara* des et à leurs amies. Je leur donnais des billets de spectacle ; j'y allais avec elles; Je les reconduisais, etrpn mé priait à souper.
M. BOURTIBOURG.
A merveille.
♦ , , .. ; ]|f.. DU SENTIER.
Mais je n'y soupais guère que lorsqu'il n'y avait que le mari 9 parce .qu'il, s'endomuiit dès que le sou-' per était fini, et nous l'envoyions coucher. .'■ '
M. BOURTiBOUAG.
Cela était fort commode. En&i , fout cela ftllait le mieux du monde.
M. DU SENTIER
Je le comprenais à peine , lorsqu'il m'ariwi une aventure.. •• que je vous conterai une autre fois.
■ ^ m^> ^ m^^'^^^n^mmm^'i0amimm0*^mmm^0t^m
M. BOURTIBOURG.
Allons , comme vous voudrez.
M. DU SENTIER
Comment donc ètes-TOus de si bonne heure dans notre quartier?
M. BOURTIBOURG.
C'est que j!ai afiaire. a M* de CIé|:y.
M. DU SENTISB.
n est mon voisin.
Bf. BOURTIBOURG.
Je ne Tai pas trouvé chez lui , et j'ai imaj^né que je pourrais le voir ici.
m; DU SENtlER.
n y vient tous les jours.
M. BOURTIBOURG.
Ah ! le voilà !