‹ Proverbes et comédies posthumes de Carmontel (volume 2)Chapitre 98 sur 166 · LE COMTE DE VAUGIRARD, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

LE COMTE DE VAUGIRARD, LE MARQUIS

DE YARENNES.

Âh ! te voilà y Marquis ! Pourquoi n'es-tu donc pas à rOpéra atgourdliui?

LE MARQUIS

C'est que je viens attendre ici quelqu'un.

LE COMTE

La présidente de Nazareth ?

LE MARQUIS

Non y nous sommes brouillés.

LE COMTE

n fallait donc me dire cela.

LE MARQUIS

Pourquoi ?

LE COMTE

* Tu sais bien que j'en ai eu envie.

LE MARQUIS

Je te croyais engagé aiUeurs.

LE COMTE. '

Avec qui ?

LE MARQUIS

La comtesse de La Perle.

Quelle idée !

LE MARQUIS

Pourquoi pas ?

LE COMTE

de n'a ët<5qT5e l'affaire de quinze jours. Et a-t-elle quelqu'un. à présent , la Présidente ?

LE MARQUIS

Je n'en sais rien , mais je me suis aperçu qu'elle me faisait des cachotteries ^ et, comme je n'aime pas les explications , j'ai fini par ne la plus revoir, sans lui faire aucunes plaintes.

LE COMTE

C'est le meilleur parti , et les femmes ne doivent pas le trouver mauvais.

LE MARQUIS

Oui : cela les met à leur aise , pour changer.

LE COMTE

Je voudrais savoir qui elle peut avoir à présent?

LE MARQUIS

Ce pourrait bien être un grand jeune homme assez blond.

LE COMTE

Ah ! que j'ai vu avec elle depuis peu de temps»

Oui , assez souvent.

LE COMTE

Qui est toujours chez les marchands de chevaux? *

LE MARQUIS

C'est cela ; il y passe sa vie , et il ne parle pas d'au-

SEIZIÈME journée; 277

tre chose. Je crois l'avoir vu autrefois dans la gendarmerie.

LE COMTE

Bon ! il est maître des requêtes.

LE MAJIQUIS. .

Âh ! oui , je confondais ; Je sais à présent qui c ei^t ; il se nomme Beautreillis.

LE COMTE

Oui , le voilà. Il me semble que tu avais envie de la comtesse Boucherat ?

LE MARQUIS

Oh ! je ne m'en soucie plus. Toutes ces honnêtes femmes-là m'ennuient. '

LE COMTE

Ma foi , je pense assez comme toi.

Quand elles ont des gens de la cour, dans les commencemens elles en ^paraissent flattées.

LE COMTE

Oui , elles vous affichent vis-à-vis de toutes leurs connai ssances .

LE MARQUIS

L'envie fait qu'on les ridiculise davantage , et Ton finit par partager leurs ridicules.

LE COMTE

Car il faut se montrer partout avec elles. %

LE MARQUIS

Quelquefois jusques chez leurs marchandes de modes.

LE COMTE

Et toujours dans leurs loges.

LE MARQUIS

Pour n'y pas entendre le spectacle.

LE COMTE

Oui , mais on 7 entend parler chapeaux , bonnets, rubans, plumes. •••

LE MARQUIS

Et le rouge donc ? Toutes les nouvelles des mai>ckandes qui ont toujours le plus beau.

LE COMTE

Et les complaisances qu'il faut avoir pour les maris»

LE MARQUIS

Qui contrarient sans cesse.

LE COMTE

Qui sont gourmands.

LE MARQUIS

Vaporeux.

LE COMTE

Et avares de leurs chevaux.

LE MARQUIS

Et de leur argent.

LE COMTE

Oui , qui nViment qu^éux.

LE MARQUIS

Tout cela n'est bon qu'à persiffler»

LE COMTE

C'est en honneur vrai.

LE MARQUIS

Sans compter les complaisances , les exigeances même. Cela ne va point à des hommes qui ne sont plus des enfans.,

C'est ce que j'ai pensé.

LE MARQUIS

Réellement ?

LE GOMTE.

Oui 9 el je vimis [de pi^endre la baronne des Victoires.

LE MARQUIS

Emilie?

LE COMTE

EUe-méme.

LE MARQUIS

Qni a dansé à la Comédie italienne.

LE COMTE

Etant enfant.

LE MARQUIS

N'a-t-elle pas une mère ?

LE COMTE

Non \ elle a renvoyé tout cela en se faisant Baronne.

Connais-tu la comtesse de Beaurepaire t^

LE COMTE

Oui , c'est la plus grande amie de la Baronne ^ elle est charmante.

LE MARQUIS

On m'a dit qu'elle avait été chez Nicolet.

LE COMTE

Cela se peut bien. Elle a un assez joli ton !

LE MARQUIS. m

C'est qu'on me la propose. Qui a-t-elle à présent 7

LE COMTE

Quelque Russe , je crois.

LE MARQUIS

Je n'aime pas trop cela.

LE COMTE

Je n'en suis pas bien sûr \ viens souper avec nous, tu la verras.

28o CONVERSATIONS DU PALAIS-ROYAL,

LE MARQUIS

J'en ai assez d'envie ; mais c'est que j'ai promis au chevalier de Verneuîl d'aller souper avec lui chez la marquise de Grenelle.

Que veux -tu aller faire là ?

LE MARQUIS

Je voudrais avoir une inspection.

LE COMTE

Ah! j'entends , par le moyen de la Marquise ! tu as raison. Il ne faut pas manquer d'y aller.

LE MARQUIS

La seule chose que je crains , c'est que le Chevalier ne veuille pas se charger de ma reconnaissance.

LE COMTE

Ah ! oui ; et que tu ne te trouves lié avec la Marquise de manière à ne pouvoir pas reculer.

LE MARQUIS

Oui , parce que je suis convaincu qu'il ne sait comment se détacher d'elle , et qu'il a d'autres desseins.

LE COMTE

Ecoute donc , c'est une femme à sentiment , la Marquise. .

LE MARQUIS

On me l'a éj||

^^ LE COMTE

Eh bien , tu afficheras le plus grand respect pour elle , tu vanteras sa constance et sa fidélité pour le Marquis ^ cette espèce de vénération embarrasse toujours une femme , et pour prouver l'intérêt qu'elle prendra à toi , et combien elle est contente de la bonne opinion que tu as de son mérite , elle te servira avec ardeur. L'inspection obtenue , tu lui feras dire par quelqu'un , que tu as pris la comtesse de Bcaurepaîre.

LE MARQUIS

A merveille ! son sentiment sera indigné de cette préférence.

LE COMTE

EUle te plaindra de ton aveuglement , et tu resteras son ami.

LE MARQUIS

Tout cela est délicieusement imaginé.

LE COMTE

Voilà le meilleur conseil que je te puisse donner.

LE MARQUIS

Et je te réponds bien que je le suivrai , puisque par ce moyen , je puis mener de front mes affaires et mon plaisir.

LE COMTE

Ah ! voilà le président de Nazareth , je m'enfuis.

LE MARQUIS

Pourquoi donc ?

LE COMTE

C'est qu'il va nous ennuyer.

Je voudrais le connaître.

LE COMTE

Il ne faudra pas beaucoup de temps pour cela.

LE MARQUIS

Allons , reste un moment, nous le ferons causer.

LE COMTE

Cela ne sera pas difficile* Il aime assez à parler.

a8s CONYEBSkTKSSS DU PALAISAOTAL,

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