LE COMTE DE VAUGIRARD, LE MARQUIS
DE YARENNES.
Âh ! te voilà y Marquis ! Pourquoi n'es-tu donc pas à rOpéra atgourdliui?
LE MARQUIS
C'est que je viens attendre ici quelqu'un.
LE COMTE
La présidente de Nazareth ?
LE MARQUIS
Non y nous sommes brouillés.
LE COMTE
n fallait donc me dire cela.
LE MARQUIS
Pourquoi ?
LE COMTE
* Tu sais bien que j'en ai eu envie.
LE MARQUIS
Je te croyais engagé aiUeurs.
LE COMTE. '
Avec qui ?
LE MARQUIS
La comtesse de La Perle.
Quelle idée !
LE MARQUIS
Pourquoi pas ?
LE COMTE
de n'a ët<5qT5e l'affaire de quinze jours. Et a-t-elle quelqu'un. à présent , la Présidente ?
LE MARQUIS
Je n'en sais rien , mais je me suis aperçu qu'elle me faisait des cachotteries ^ et, comme je n'aime pas les explications , j'ai fini par ne la plus revoir, sans lui faire aucunes plaintes.
LE COMTE
C'est le meilleur parti , et les femmes ne doivent pas le trouver mauvais.
LE MARQUIS
Oui : cela les met à leur aise , pour changer.
LE COMTE
Je voudrais savoir qui elle peut avoir à présent?
LE MARQUIS
Ce pourrait bien être un grand jeune homme assez blond.
LE COMTE
Ah ! que j'ai vu avec elle depuis peu de temps»
Oui , assez souvent.
LE COMTE
Qui est toujours chez les marchands de chevaux? *
LE MARQUIS
C'est cela ; il y passe sa vie , et il ne parle pas d'au-
SEIZIÈME journée; 277
tre chose. Je crois l'avoir vu autrefois dans la gendarmerie.
LE COMTE
Bon ! il est maître des requêtes.
LE MAJIQUIS. .
Âh ! oui , je confondais ; Je sais à présent qui c ei^t ; il se nomme Beautreillis.
LE COMTE
Oui , le voilà. Il me semble que tu avais envie de la comtesse Boucherat ?
LE MARQUIS
Oh ! je ne m'en soucie plus. Toutes ces honnêtes femmes-là m'ennuient. '
LE COMTE
Ma foi , je pense assez comme toi.
Quand elles ont des gens de la cour, dans les commencemens elles en ^paraissent flattées.
LE COMTE
Oui , elles vous affichent vis-à-vis de toutes leurs connai ssances .
LE MARQUIS
L'envie fait qu'on les ridiculise davantage , et Ton finit par partager leurs ridicules.
LE COMTE
Car il faut se montrer partout avec elles. %
LE MARQUIS
Quelquefois jusques chez leurs marchandes de modes.
LE COMTE
Et toujours dans leurs loges.
LE MARQUIS
Pour n'y pas entendre le spectacle.
LE COMTE
Oui , mais on 7 entend parler chapeaux , bonnets, rubans, plumes. •••
LE MARQUIS
Et le rouge donc ? Toutes les nouvelles des mai>ckandes qui ont toujours le plus beau.
LE COMTE
Et les complaisances qu'il faut avoir pour les maris»
LE MARQUIS
Qui contrarient sans cesse.
LE COMTE
Qui sont gourmands.
LE MARQUIS
Vaporeux.
LE COMTE
Et avares de leurs chevaux.
LE MARQUIS
Et de leur argent.
LE COMTE
Oui , qui nViment qu^éux.
LE MARQUIS
Tout cela n'est bon qu'à persiffler»
LE COMTE
C'est en honneur vrai.
LE MARQUIS
Sans compter les complaisances , les exigeances même. Cela ne va point à des hommes qui ne sont plus des enfans.,
C'est ce que j'ai pensé.
LE MARQUIS
Réellement ?
LE GOMTE.
Oui 9 el je vimis [de pi^endre la baronne des Victoires.
LE MARQUIS
Emilie?
LE COMTE
EUe-méme.
LE MARQUIS
Qni a dansé à la Comédie italienne.
LE COMTE
Etant enfant.
LE MARQUIS
N'a-t-elle pas une mère ?
LE COMTE
Non \ elle a renvoyé tout cela en se faisant Baronne.
Connais-tu la comtesse de Beaurepaire t^
LE COMTE
Oui , c'est la plus grande amie de la Baronne ^ elle est charmante.
LE MARQUIS
On m'a dit qu'elle avait été chez Nicolet.
LE COMTE
Cela se peut bien. Elle a un assez joli ton !
LE MARQUIS. m
C'est qu'on me la propose. Qui a-t-elle à présent 7
LE COMTE
Quelque Russe , je crois.
LE MARQUIS
Je n'aime pas trop cela.
LE COMTE
Je n'en suis pas bien sûr \ viens souper avec nous, tu la verras.
28o CONVERSATIONS DU PALAIS-ROYAL,
LE MARQUIS
J'en ai assez d'envie ; mais c'est que j'ai promis au chevalier de Verneuîl d'aller souper avec lui chez la marquise de Grenelle.
Que veux -tu aller faire là ?
LE MARQUIS
Je voudrais avoir une inspection.
LE COMTE
Ah! j'entends , par le moyen de la Marquise ! tu as raison. Il ne faut pas manquer d'y aller.
LE MARQUIS
La seule chose que je crains , c'est que le Chevalier ne veuille pas se charger de ma reconnaissance.
LE COMTE
Ah ! oui ; et que tu ne te trouves lié avec la Marquise de manière à ne pouvoir pas reculer.
LE MARQUIS
Oui , parce que je suis convaincu qu'il ne sait comment se détacher d'elle , et qu'il a d'autres desseins.
LE COMTE
Ecoute donc , c'est une femme à sentiment , la Marquise. .
LE MARQUIS
On me l'a éj||
^^ LE COMTE
Eh bien , tu afficheras le plus grand respect pour elle , tu vanteras sa constance et sa fidélité pour le Marquis ^ cette espèce de vénération embarrasse toujours une femme , et pour prouver l'intérêt qu'elle prendra à toi , et combien elle est contente de la bonne opinion que tu as de son mérite , elle te servira avec ardeur. L'inspection obtenue , tu lui feras dire par quelqu'un , que tu as pris la comtesse de Bcaurepaîre.
LE MARQUIS
A merveille ! son sentiment sera indigné de cette préférence.
LE COMTE
EUle te plaindra de ton aveuglement , et tu resteras son ami.
LE MARQUIS
Tout cela est délicieusement imaginé.
LE COMTE
Voilà le meilleur conseil que je te puisse donner.
LE MARQUIS
Et je te réponds bien que je le suivrai , puisque par ce moyen , je puis mener de front mes affaires et mon plaisir.
LE COMTE
Ah ! voilà le président de Nazareth , je m'enfuis.
LE MARQUIS
Pourquoi donc ?
LE COMTE
C'est qu'il va nous ennuyer.
Je voudrais le connaître.
LE COMTE
Il ne faudra pas beaucoup de temps pour cela.
LE MARQUIS
Allons , reste un moment, nous le ferons causer.
LE COMTE
Cela ne sera pas difficile* Il aime assez à parler.
a8s CONYEBSkTKSSS DU PALAISAOTAL,