‹ Proverbes et comédies posthumes de CarmontelChapitre 111 sur 256 · L IMPÉRATRICE, LA COMTESSE, AMÉLTE · texte numérisé non relu

L IMPÉRATRICE, LA COMTESSE, AMÉLTE

KLEINEBERG.

L'IMPÉRATRICE, dans le fond, à la Comtesse.

Ah ! ah ! Comtesse, que font-ils donc là?

Je ne le vois pas encore.

AMÉLIE

C'est une chose rare dans ce temps*ci.

Oui , vraiment.

i88 LE PAGE, ou LES CERISES,

L'IMPÉRATRICE

Regardez donc; je crois qu'ils mangent les cerises que j'envoyais à la Princesse.

Gela me paraît ainsi qu'à- Votre Majesté.

KLEINEBERG.

Voilà la dernière.

AMÉLIE

Eh bien, mangez-la.

KLEINEBERG.

Cela est impossible.

AMÉLIE

Allonc donc , puisque vous le voulez absolument.

KLEINEBERG.

Je vous en prie.

AMÉLIE

Et moi , j'obéis à l'amitié.

KLEINEBERG.

Pourquoi pas à l'amour?

LA COMTESSE, à l'Impératrice.

Ils sont tout-à-fait intéressans.

AMÉLIE

N'entends-je pas quelqu'un ?

L'IMPÉRATRICE, à la Comtesse.

Voyons un peu ce que dira Kleineberg.

AMÉLIE

Dieu ! c'est l'Impératrice.

KLEINEBERG.

Donnez-moi le panier , que je le cache.

AMÉLIE

Pourquoi cela ?

KLEINEBERG.

C'est que ces cerises étaient pour la Princesse.

AMÉLIE

O Dieu! qu avons-nous fait?

L'IMPÉRATRICE, s'avançanl.

Eh bien, Kleineberg ? Gomment la Princesse a-t-elle trouvé mes cerises ?

KLEINEBERG.

Je demande pardon à Votre Majesté , mais je ne les lui ai pas encore portées.

Qui peut vous retarder, quand je vous donne un ordre?

KLEINEBERG.

Je suis coupable , il est vrai.

L'IMPÉRATRICE

Seraient-ce les charmes d'Amélie qui vous auraient retenu!

KLEINEBERG

Je n'ose avouer....

L'IMPÉRATRICE

En ce cas, donnez-moi le panier de cerises ; je vais l'envoyer par un autre.

KLEINEBERG.

Que Votre Majesté me permette d'exécuter moimême ses ordres.

L'IMPÉRATRICE

Non , non , donnez-le moi , vous dis-je.

AMÉLIE

Ah ! madame ! . . .

L'IMPÉRATRICE

Que voulez-vous , Amélie ?

AMÉLIE

Que Votre Majesté daigne m'entendre.

Vous!...

igo LE PAGE, ou LES CERISES,

KLEINEBERG.

Oui ; c'est moi seul qui suis coupable.

L'IMPÉRATRICE

Pe quoi donc ? laissez-la parler.

KLEINEBERG.

Elle veut sans doute s'accuser de la faute que j'ai commise.

AMÉLIE

Sûrement, sans moi Kleineberg n'eût jamais désobéi à Sa Majesté.

L'IMPÉRATRICE

Expliquez-vous donc , Amélie ?

AMÉLIE

Voici quelle a été mon erreur. J'ai cru que les cerises que portait Kleineberg étaient pour moi. Il m'a vue si sensible à cette attention de sa part , qu'il n'a jamais osé me désabuser , et me dire qu'elles étaient pour la Princesse,

KLEINEBERG.

Voilà la vérité.

Vous l'avouez ?

KLEINEBERG.

Que Votre Majesté regarde Amélie.

Elle a bien tout ce qu'il faut pour l'excuser.

L'IMPÉRATRICE

Calmez-vous , Amélie ; puisque vous aimez les cerises , je vous en ferai donner.

AMÉLIE

Non , non , j'en supplie Votre Majesté ; cette marque de ses bontés me rappellerait trop un tort inexcusable.

L'IMPÉRATRICE

Pour vous, Kleineberg, portez ce billet au Afajor.

Il doitêtre chez lui; il saura bien ce que je veux lui dire. Puisque votre père n'est pas rentré, Amélie , je vais le retrouver, je sais qui l'aura retenu. Je reviendrai parici , et je vous reverrai encore.

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