L IMPÉRATRICE, LA COMTESSE, AMÉLTE
KLEINEBERG.
L'IMPÉRATRICE, dans le fond, à la Comtesse.
Ah ! ah ! Comtesse, que font-ils donc là?
Je ne le vois pas encore.
AMÉLIE
C'est une chose rare dans ce temps*ci.
Oui , vraiment.
i88 LE PAGE, ou LES CERISES,
L'IMPÉRATRICE
Regardez donc; je crois qu'ils mangent les cerises que j'envoyais à la Princesse.
Gela me paraît ainsi qu'à- Votre Majesté.
KLEINEBERG.
Voilà la dernière.
AMÉLIE
Eh bien, mangez-la.
KLEINEBERG.
Cela est impossible.
AMÉLIE
Allonc donc , puisque vous le voulez absolument.
KLEINEBERG.
Je vous en prie.
AMÉLIE
Et moi , j'obéis à l'amitié.
KLEINEBERG.
Pourquoi pas à l'amour?
LA COMTESSE, à l'Impératrice.
Ils sont tout-à-fait intéressans.
AMÉLIE
N'entends-je pas quelqu'un ?
L'IMPÉRATRICE, à la Comtesse.
Voyons un peu ce que dira Kleineberg.
AMÉLIE
Dieu ! c'est l'Impératrice.
KLEINEBERG.
Donnez-moi le panier , que je le cache.
AMÉLIE
Pourquoi cela ?
KLEINEBERG.
C'est que ces cerises étaient pour la Princesse.
AMÉLIE
O Dieu! qu avons-nous fait?
L'IMPÉRATRICE, s'avançanl.
Eh bien, Kleineberg ? Gomment la Princesse a-t-elle trouvé mes cerises ?
KLEINEBERG.
Je demande pardon à Votre Majesté , mais je ne les lui ai pas encore portées.
Qui peut vous retarder, quand je vous donne un ordre?
KLEINEBERG.
Je suis coupable , il est vrai.
L'IMPÉRATRICE
Seraient-ce les charmes d'Amélie qui vous auraient retenu!
KLEINEBERG
Je n'ose avouer....
L'IMPÉRATRICE
En ce cas, donnez-moi le panier de cerises ; je vais l'envoyer par un autre.
KLEINEBERG.
Que Votre Majesté me permette d'exécuter moimême ses ordres.
L'IMPÉRATRICE
Non , non , donnez-le moi , vous dis-je.
AMÉLIE
Ah ! madame ! . . .
L'IMPÉRATRICE
Que voulez-vous , Amélie ?
AMÉLIE
Que Votre Majesté daigne m'entendre.
Vous!...
igo LE PAGE, ou LES CERISES,
KLEINEBERG.
Oui ; c'est moi seul qui suis coupable.
L'IMPÉRATRICE
Pe quoi donc ? laissez-la parler.
KLEINEBERG.
Elle veut sans doute s'accuser de la faute que j'ai commise.
AMÉLIE
Sûrement, sans moi Kleineberg n'eût jamais désobéi à Sa Majesté.
L'IMPÉRATRICE
Expliquez-vous donc , Amélie ?
AMÉLIE
Voici quelle a été mon erreur. J'ai cru que les cerises que portait Kleineberg étaient pour moi. Il m'a vue si sensible à cette attention de sa part , qu'il n'a jamais osé me désabuser , et me dire qu'elles étaient pour la Princesse,
KLEINEBERG.
Voilà la vérité.
Vous l'avouez ?
KLEINEBERG.
Que Votre Majesté regarde Amélie.
Elle a bien tout ce qu'il faut pour l'excuser.
L'IMPÉRATRICE
Calmez-vous , Amélie ; puisque vous aimez les cerises , je vous en ferai donner.
AMÉLIE
Non , non , j'en supplie Votre Majesté ; cette marque de ses bontés me rappellerait trop un tort inexcusable.
L'IMPÉRATRICE
Pour vous, Kleineberg, portez ce billet au Afajor.
Il doitêtre chez lui; il saura bien ce que je veux lui dire. Puisque votre père n'est pas rentré, Amélie , je vais le retrouver, je sais qui l'aura retenu. Je reviendrai parici , et je vous reverrai encore.