SCÈNE XI
LA COMTESSE, LE COMTE
LE COMTE, en entrant, parlant au Commandeur qui est dans
la coulisse.
Oui , oui , Commandeur, quand vous'voudrez , toujours avec plaisir.
Vous ne pavez pas ce qu'il va faire ?
Non.
<o LA MAISON DES BOULEVARTS,
C'est qu'il s'est passé ici bien des choses depuis que je ne vous ai vu.
J'en suis plus instruit que vous ne pensez.
Avez-vous vu le Marquis ? vous a-t-il conté...
Non , mais j'ai vu et entendu.
Comment ?
Vous savez que je suis entré dans ce cabinet quand la vicomtesse de Blérose est arrivée, et cela pour éviter des reproches.
Oui , et c'est à quoi elle n'a seulement pas pensé.
J'ai voulu savoir si elle vous en parlerait , et sans y songer je me suis trouvé engagé à entendre votre conversation avec elle.
Ah ! ah! cela a dû vous amuser.
Beaucoup \ mais ce qui m'a paru le plus curieux , c'est de voir l'adresse qu'une femme sait employer pour tirer un secret : c'est un talent que je ne vous connaissais pas encore.
Allons , est-ce là tout ?
Attendez , attendez. Lorsqu'on a annoncé le Marquis , je devins curieux de savoir ce que cela deviendrait. En voyant entrer la Vicomtesse dans le cabinet , je pris une plume , et je lui demandai la permission
COMÉDIE. 4i
d'achever une lettre : elle était toute troublée ; elle s'assit.
Vous avez dû voir ce qu'elle pensait de tout ce qu'elle entendait.
D'abord je me suis amusé de votre coquetterie visà-vis du Marquis $ c'est que , réellement , il y avait une grâce...
Voilà une jolie plaisanterie !
La Vicomtesse ne s'en amusait pas, elle. Je vis bientôt qu'elle souffrait beaucoup ; je crus qu'elle allait se trouver mal , et j'allai chercher une de vos femmes pour la secourir , mais quand nous revînmes , nous ne la trouvâmes plus. On m'avait dit que quelqu'un me demandait , et je suis rentré chez moi : voilà tout ce que j'ai su.
hjL COMTESSE.
Eh bien , elle est sortie du cabinet avec un air trèspiqué ; elle m'a donné ce billet , et s'en est allée à l'instant , en refusant le marquis, qui voulait lui donner la main.
Voyons le billet. ( // le lit. ) Ah ! ah ! elle est jalouse ; mais je dois l'être aussi , moi , je n'y avais pas pensé.
Le Marquis savait qu'elle était dans le cabinet , il avait pénétré qu'elle avait de l'amour pour lui ; et , pour l'augmenter , il a voulu la rendre jalouse.
Oui , cela est fort bien imaginé ; mais elle ne voudra peut-être plus le revoir : il faut laisser ces rôles-là
aux femmes ; il ne faut pas se jouer à plus fia que soi.
Il est allé chez elle. Le voici ; nous allons savoir s'il a pu lui parler.