LA COMTESSE, LE CHEVALIER, ARMAND
ARMAND
Monsieur le chevalier de Résan.
LA COMTESSE, peignant en miniature.
Comment , chevalier, vous êtes à Paris?
LE CHEVALIER
Il n'y a pas long-temps , comme vous voyez ; je suis encore botté.
Et d'où arrivez-vous done , comme cela ?'
LE CHEVALIER
Du bois de Boulogne , où j'âï été monter mes chevaux. Je reviens dîner chez le Baron , et me voilà*;
Quoi ! vous êtes toujours resté à Paris ?
LE CHEVALIER
Oui , vraiment.
Et je ne vous ai pas vu !
Voilà ce qui me confond !
Je le crois.
LE CffEVALfEfl.
Cela est vrai , en honneur. Je le projetais tous les jours ; mais il n'y a personne à Paris actuellement ; et quand les femmes vous tiennetft «me fois , c es» pour toute la journée : on ne saurait s'en dégager.
Et vous avez craint que je nie voulusse vous retenir aussi long-temps- moi ?
LE CHEVALIER
Oh ! vous ! je voudrais bien que vous voulussiez me retenir pour toute ma vie.
Oui , cela serait bien imaginé !
LE CHEVALIER
Je connais votre façon de penser sur mon compte.
Eh bien ! dites-la-moi : cela doit être curieux.
LE CHEVALIER
Non! Mais je dis, sans plaisanterie , vous me croyez incapable d'un véritable , d'un sincère et tendre attachement ; voilà ce qui m'a toujours désespéré de votre part. Et puis , après cela , demandez-moi pourquoi je ne f yous vois pas.
Vous en périssez de douleur et de regrets ?
LE CHEVALIER
Sûrement -, et vous ne le croyez pas. Qu'est-ce que vous peignez donc là ?
Regardez.
LE CHEVALIER
Ma foi , je n'y connais rien.
Vous ne voyez pas que c'est l'Amour et la Sincé rite , qui. sont enchaînés par des fleurs.
LK CHEVALIER
Allons donc ! La Sincérité enchaînée avec l'Amour !
Mais , regardez! .
LE CHEVALIER
Je vois bien que c'est là ce que vous faites , cela est
peint à merveille ; mais, je dis , la Sincérité n'a jamais retenu l'Amour ; elle l'effarouche toujours.
Oui , avec les mauvaises têtes.
LE CHEVALIER
Est-ce que vous, aimeriez un amant sincère ?
A la folie !
LE CHEVALIER
Vous m'auriez donc bien aimé ; moi qui ai été renvoyé , chassé comme un coquin, par une femme que j'adorais , pour être convenu qu'elle avait trois taches de rousseur, encore m'y força-t-elle, et elle en. avait plus de cent.
Cela n'est pas possible !
LE CHEVALIER
Mais 9 c'est que vous y auriez été prise comme moi-.
Bon ! c'est qu'elle en aimait un autre.
LE CHEVALIER
Je le croirais assez ; car elle en a eu dix depuis.
Vous aviez là une conquête bien digne d'être regrettée !
LE CHEVALIER
Que voulez- vous ^ dans ce temps-là , je ne savais pas que j'aurais autant de successeurs.
Je l'aurais deviné, moi.
LE CHEVALIER
Que fait donc le Comte , à présent?
Mon mari ? Il gémit sur les fourrages.
LE CHEVAM&*.
Tout de bon?
Oui ; il dit qu'il n'y en aura pas cette année , et que la paille sera courte.
LE CHEVALIER
Moi , cela m'est égal ; j'ai un marché fait pour que mes chevaux soient nourris à Paris , à Versailles , partout où je le voudrai. .
Vous faites bien vos affaires.
LE CHEVALIER
Je vous en réppnds. Laissez-moi donc voir encore la Sincérité.
Vous dites que vous ne voulez plus l'aimer.
Je ne devrais pas trop aimer la vôtre , elle ne m'est pas assez favorable pour cela ; mais j'aime celle que vous peignez. Voilà ? par exemple , une épaule qui me tournerait la tète : c'est ma folie , à moi , que les épaules !
Allons , vous êtes fou.
LE CHEVALIER
Non ; je vous dis vrai. Aussi , quand je suis à Versailles , je ne manque jamais une présentation.
A cause des épaules.
LE CHEVALIER
Oui vraiment ! Vous savez bien que le grand habit les découvre entièrement. Et tenez , je me souviens toujours de la vôtre ; je l'ai là.
Vous avez mon épaule dans le cœur ?
LE CHEVALIER
Dans le cœur , dans la tète , partout } cela tisfc égal. Ah ça , vous ne m'ayez pas encore parlé de votre maison* ; comwem la trQllitt*rvoii6 ?
I,A ÇQtyTESSE.
Vous la voye^t J'w 9WS tr^srçoçîçfltfr.
Je dis , la poussière.
On arrose tous les jours.
I,E CHEVALIER
J# trouve le rçjRpar^ çfrapnapt ! On ^ a pas besoin de sortir pour voir tout Paris; il vient passer tous les jours sous vos fenêtres.