‹ Proverbes et comédies posthumes de CarmontelChapitre 4 sur 256 · LA COMTESSE, LE CHEVALIER, ARMAND · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LE CHEVALIER, ARMAND

ARMAND

Monsieur le chevalier de Résan.

LA COMTESSE, peignant en miniature.

Comment , chevalier, vous êtes à Paris?

LE CHEVALIER

Il n'y a pas long-temps , comme vous voyez ; je suis encore botté.

Et d'où arrivez-vous done , comme cela ?'

LE CHEVALIER

Du bois de Boulogne , où j'âï été monter mes chevaux. Je reviens dîner chez le Baron , et me voilà*;

Quoi ! vous êtes toujours resté à Paris ?

LE CHEVALIER

Oui , vraiment.

Et je ne vous ai pas vu !

Voilà ce qui me confond !

Je le crois.

LE CffEVALfEfl.

Cela est vrai , en honneur. Je le projetais tous les jours ; mais il n'y a personne à Paris actuellement ; et quand les femmes vous tiennetft «me fois , c es» pour toute la journée : on ne saurait s'en dégager.

Et vous avez craint que je nie voulusse vous retenir aussi long-temps- moi ?

LE CHEVALIER

Oh ! vous ! je voudrais bien que vous voulussiez me retenir pour toute ma vie.

Oui , cela serait bien imaginé !

LE CHEVALIER

Je connais votre façon de penser sur mon compte.

Eh bien ! dites-la-moi : cela doit être curieux.

LE CHEVALIER

Non! Mais je dis, sans plaisanterie , vous me croyez incapable d'un véritable , d'un sincère et tendre attachement ; voilà ce qui m'a toujours désespéré de votre part. Et puis , après cela , demandez-moi pourquoi je ne f yous vois pas.

Vous en périssez de douleur et de regrets ?

LE CHEVALIER

Sûrement -, et vous ne le croyez pas. Qu'est-ce que vous peignez donc là ?

Regardez.

LE CHEVALIER

Ma foi , je n'y connais rien.

Vous ne voyez pas que c'est l'Amour et la Sincé rite , qui. sont enchaînés par des fleurs.

LK CHEVALIER

Allons donc ! La Sincérité enchaînée avec l'Amour !

Mais , regardez! .

LE CHEVALIER

Je vois bien que c'est là ce que vous faites , cela est

peint à merveille ; mais, je dis , la Sincérité n'a jamais retenu l'Amour ; elle l'effarouche toujours.

Oui , avec les mauvaises têtes.

LE CHEVALIER

Est-ce que vous, aimeriez un amant sincère ?

A la folie !

LE CHEVALIER

Vous m'auriez donc bien aimé ; moi qui ai été renvoyé , chassé comme un coquin, par une femme que j'adorais , pour être convenu qu'elle avait trois taches de rousseur, encore m'y força-t-elle, et elle en. avait plus de cent.

Cela n'est pas possible !

LE CHEVALIER

Mais 9 c'est que vous y auriez été prise comme moi-.

Bon ! c'est qu'elle en aimait un autre.

LE CHEVALIER

Je le croirais assez ; car elle en a eu dix depuis.

Vous aviez là une conquête bien digne d'être regrettée !

LE CHEVALIER

Que voulez- vous ^ dans ce temps-là , je ne savais pas que j'aurais autant de successeurs.

Je l'aurais deviné, moi.

LE CHEVALIER

Que fait donc le Comte , à présent?

Mon mari ? Il gémit sur les fourrages.

LE CHEVAM&*.

Tout de bon?

Oui ; il dit qu'il n'y en aura pas cette année , et que la paille sera courte.

LE CHEVALIER

Moi , cela m'est égal ; j'ai un marché fait pour que mes chevaux soient nourris à Paris , à Versailles , partout où je le voudrai. .

Vous faites bien vos affaires.

LE CHEVALIER

Je vous en réppnds. Laissez-moi donc voir encore la Sincérité.

Vous dites que vous ne voulez plus l'aimer.

Je ne devrais pas trop aimer la vôtre , elle ne m'est pas assez favorable pour cela ; mais j'aime celle que vous peignez. Voilà ? par exemple , une épaule qui me tournerait la tète : c'est ma folie , à moi , que les épaules !

Allons , vous êtes fou.

LE CHEVALIER

Non ; je vous dis vrai. Aussi , quand je suis à Versailles , je ne manque jamais une présentation.

A cause des épaules.

LE CHEVALIER

Oui vraiment ! Vous savez bien que le grand habit les découvre entièrement. Et tenez , je me souviens toujours de la vôtre ; je l'ai là.

Vous avez mon épaule dans le cœur ?

LE CHEVALIER

Dans le cœur , dans la tète , partout } cela tisfc égal. Ah ça , vous ne m'ayez pas encore parlé de votre maison* ; comwem la trQllitt*rvoii6 ?

I,A ÇQtyTESSE.

Vous la voye^t J'w 9WS tr^srçoçîçfltfr.

Je dis , la poussière.

On arrose tous les jours.

I,E CHEVALIER

J# trouve le rçjRpar^ çfrapnapt ! On ^ a pas besoin de sortir pour voir tout Paris; il vient passer tous les jours sous vos fenêtres.

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