ACTE I, SCÈNE IV
M mc . ETE. BLÉRANGE.
Les apparences la trompent : je n'ai jamais .tant aimé M. de Saint-Albe , et je n'ai jamais été plus cerr taine de son amour.
M. DE MARG1
Je vous avouerai que je vous croyais déjà mariée.
M œe - DE BLÉRAjNGE. t
Nous devrions l'être aussi ; mais nous ne nous en plaignons pas. Vous allez savoir ce qui a retardé notre mariage ; asseyons-nous.
M. DE MARC1
Volontiers.
M mr . DE BL'r RANGE.
Si vous n'aviez pas autant de gaieté dans l'esprit que je vous en connais , ce que je vais vous confier m'embarrasserait fort. Songez que je vous demande le plus grand secret vis-à-vis de !M. de Saint-Albe ; d'ailleurs, ce que j'ai fait ne saurait nuire à son amour.
M. DK MARCI.
Vous me faites languir ; comptez sur ma discrétion, et expliquez- vous promptemeht.
M mr . DE BLKRANGE.
Le hasard m'a fait découvrir les généreuses occupations de Saint-Albe; j'ai appris combien il se plaît à aider , à soulager les malheureux , et les sommes considérables qu'il y emploie.
M. DE MARCI
Je connais sa façon de penser , et je lui ai entendu dire bien des fois qu'il ne comprenait pas comment on dépensait son bien à ramasser une infinité de choses dont on ne se soucie plus dès qu'on les possède -, qu'on pourrait faire un emploi bien plus satisfaisant du revenu de ces fonds qui demeurent morts et inutiles •, qu'il serait bien plus doux de consacrer ce rc-
io* LA SINGULIERE DELICATESSE,
venu à faire vivre des infortunés , et à sauver l'honneur encore plus précieux que la rie aux véritables honnêtes gens.
M—. DE BLÉRAHGK.
J'ignorais ses actes d'humanité ; ils ont produit en moi une espèce de vénération pour lui , et une suite de réflexions qui ont alarmé mon amour.
M. DE MARCI
Je ne vous comprends pas.
M*'. DE BLÉRANGE.
J'ai craint que M. de Saint-Albe, avec un cœur si délicat, ne connaissant pas toute la sensibilité du mien , quelque temps après notre mariage, ne regardât son amour pour moi comme une folie impardonnable, et j'ai voulu qu'avant de m'épouser il me connut mieux.
M. DE MARCÏ.
Tout ce qui vous passe par la tète 9 à vous antres femmes , est incroyable ! Et c'est pour cela que vous serez retardé votre mariage ?
M me . DÉ BLÉRANGE.
Oui. L'amour que j'ai pour lui ayant perfectionné mon âme , j'ai voulu lui faire connaître qu'elle était digne de la sienne.
M. DE MARCJ.
N'aurait-i! pas fait cette découverte après vous avoir épousée ,.s'il en avait pu douter avant ?
M ra *. DE BLÉRANGE.
Un mari s'occupe peu de lire dans le cœur de sa femme. Il faut une passion bien fondée, dont l'estime soit la base , pour que la possession fasse croître l'intérêt an lieu de l'affaiblir.
M. DE MARCI
Etl vérité , je ne vous reconnais plus.