‹ Proverbes et comédies posthumes de CarmontelChapitre 85 sur 256 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

M mp . DORCEIL, M. DE SAINT-ALBE.

M. DE S AINT-ALBE, rêvant a part.

Marci n'a pas voulu se charger de ma lettre....

M rae . D'ORCEIL.

Saint-Albe , j'avais la plus grande impatience de vous voir. Je viens vous rendre justice. Quand je me plaignais tantôt de votre indifférence pour ma fille , et de votre peu de confiance en moi , j'avais tort.

Vous, madame ? Voilà ce que je ne penserai jamais.

M m «. D'ORCEIL.

Puisque je le pense moi, vous pourriez en convenir, il n'y aurait rien de malhonnête. Si je me suis fâchée contre vous , c'est que je n'étais pas instruite -, mais à présent j'admire votre délicatesse.

M. DE SAINT-ALBE, àpart.

Que veut-elle dire ?

M me . D'ORCEIL.

Vous paraissez surpris ! ma fille m'a tout dit

Mais quoi donc , madame ?

M me . D'ORCEIL.

Que vous respectiez ses volontés au point qu'avec l'amour le plus violent vous n'osiez la presser de décider le jour où vous deviez l'épouser.

Il est vrai que....

M™«\ D'ORCEIL.

Que cette conduite respectueuse mérite d'être récompensée , et elle le. sera ....

i5o LA SINGULIÈRE DÉLICATESSE,

Comment ! . . .

M me . D ORCEIL.

Ma fille, qui pense comme vous, est plus touchée de votre procédé que je ne l'aurais été à sa place. Il est vrai que je suis beaucoup plus vive qu'elle. Sa tendresse pour moi ma persuadée , et j'ai fini par la juger comme on devrait toujours juger les autres , non pas d'après son caractère à soi , mais d'après la connaissance qu*on a du leur.

Je ne suis pas surpris , madame , de cette conduite de votre part.

M"» 8 . D ORCEIL.

Je me rappelle à présent cette contrainte que vous éprouviez, et que vos efforts pour la cacher me faisaient prendre pour de l'indifférence. Je ris même en pensant combien je m'y étais trompée ; mais une chose sur laquelle je suis bien aise de vous désabuser , afin que vous me pardonniez l'inquiétude que je vous ai causée..

A moi , madame ? je n'ai jamais pensé à me plaindre de vous.

M* e . D'ORCEIL.

Pardonnez-moi , pardonnez-moi \ vous avez dû m'en vouloir , et beaucoup.

Je vous jure que

M m «. D'ORCEIL.

A quoi bon dissimuler ? Vous avez dû être fâché , lorsque je vous ai dit que ma fille ne vous aimait plus.

Il est vrai

M««. D'ORCEIL.

Et quand j'ai ajouté que j'avais un autre parti à lui

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