ACTE III, SCÈNE VI. i
M. DE MARCI
Achève donc.
Enfin , elle consent à m'épouser dès ce soir.
M. DE MARCI
Dès ce. soir ?
Oui , je n'ai pas un moment à perdre pour m'éloigner.
M. DE MARCI
Un instant ; écoute-moi ; je viens de voir Laurence et je te rapporte ton portefeuille.
Que dis-tu ?
M. DE MARCI
Elle est dans un état ! . . . Voici ce qu'elle t'a écrit.
Ah ! donne.
M. DE MARCI
Pourquoi faire ? Pour Rengager encore davantage i fuir madame de Blérange ?. . .
Ah ! par pitié....
M. DE MARCI
Promets-moi...
De l'épouser au lieu de la fuir ! Je ne le puis.
Laurence voulait venir te trouver.
ciel !
M. DE MARCI
Je lui ai dit que tu étais ici.
i54 LA SINGULIÈRE DÉLICATESSE,
Si elle allait y venir ! Ah ! que je sache quel est son dessein ; donne-moi sa lettre.
M. DE MARCf.
Comme je suis sur que tu épouseras aujourd'hui
madame de Blérange , je n'hésite plus; tiens , lis.
M. DE SAINT-ALBE lit , et dit :
Elle ne veut pas se marier !.. (// lit. ) Mon cœur n'est pas le maitre de se donner, et il ne sera jamais libre.
M. DE MARCl.
Tu vois bien qu'elle aime quelqu'un. Il faut questionner les filles, avant que de vouloir les marier. J'ai eu tort , je l'avoue.
Quoi ! Laurence....
M. DE MARCJ.
Eh bien ! ne vas-tu pas être jaloux de celui qu'elle aime r Je parie que tu t'étais flatté d'avoir touché son cœur ; avoue-le-moi ; ton amour-propre est sans doute indigné d'avoir été trompé-, eh bien, tant mieux ? C'est le meilleur moyen de te guérir de ta passion pour elle.
De ma passion ! . . . Mais , qui peut-elle aimer ? Sa mère ne lui laissait voir personne.
M. DE MARCf.
C'est sans doute un secret. Je parie qu'elle ne veut te voir que pour te prier d'engager sa mère à La marier à celui qu'elle aime. Elle pense que ce procédé-là serait digne de toi.
M. DE SAÏNT-ALBE.
De moi?... Je pourrais, dans l'état où je suis....