SCÈNE ni
m"* amony.
Voulez -vous, mademoiselle, pendi^nt que nos mères s'entretiennent , que nous fiUions faire un tour de jardin ?
m"® méric.
J'en serai ravie, pourvu que.^ns ne marchions guère ; je suis trèl paresseuse.
M^^ AMONY.
Nous trouverons des bancs partout, en voilà déjà un. Mais, d'où vient qu'à votre âge vous êtes paresseuse ?
m''® méric.
Je n'aime qu'à causer. Los exercices , les jeux, et tous les goûts de la jeunesse m'ennuient.
m"*' amony.
Je ne suis pas de même : tout m'amuse; j'aime à marcher, à sauter, à danser, à jouer à toutes sortes de jeux d'exercices^ ou d'esprit.
PE MADAME DE MAlNTENON. 257 M*^* MÉRIC.
N*aimez-voiis pas mieux vous servir ^e votre esprit que de celui des autres?
M*'® AMONY.
J'aimerois fort à avoir de l'esprit; mais le mien ne me fournit pas encore grand chose: je n*ai presque rien vu, je ne veux point parler de mon prochain , je crains trop de dire des sottises.
M^^^ MÉRIC
On n'en dit pas quand on a de l'esprit. m"® amony.
J'ai pourtant ouï dire à des personnes qui en avoient beaucoup, qu'elles ne pouvoient s'empêcher de rougir quand elles se ressouvenoientde celles qu'elles avoient dites dans leur jeunesse.
M^^ MÉRIC
Bon , bon ! c'est qu'on veut toujours nous retenir, et moi je veux me divertir, et, comme j'aime à parler, je veux parler. m"^ amony.
Je crois qu'il est temps d'aller trouver pia mère, et qu'elle s'en ira bientôt.
a 58 PROVERBES
m"*' méric.
Je ne songeois pas qu'elles fussent au monde.
m"*' amony.
Je n'oublie pas la mienne, et serois bien embarrassée si je me trouvois sans elle.
M^'^ MÉRIC
Vous êtes timide?
m"^ amony.
Très fort.
m"* méric.
Je ne crains que les bêtes.
m"* amony.
Et moi je n'en crains aucune, mais je crains beaucoup de faire des fautes. Allons, mademoiselle, voilà madame votre mère.