‹ Proverbes, nouvelles, romansChapitre 37 sur 78 · ZERLINE · texte numérisé non relu

ZERLINE

Ils prétendent qu*il y a ici un frère dominicain, Fra Anibrosio.

LORETTA.

Qu*ai-je entendu ?

AMBROSIO, à demi-Toiz.

La vérité : c'est moi-môme.

LORETTA, transportée de joie.

Il serait possible ! J'ai été assez heureuse, assez bénie du ciel, pour que vous, mon père, vous m'ayez honorée, sanclifiée de votre présence?

AMBROSIO

Tais-toi, et songe à me sauver.

LORETTA.

Avant d'arriver jusqu'à vous, ils me tueront.

S'il ne s'agissait que de mourir, me verrais-tu trembler? Mais il s'agit de mon honneur, de ma réputation ; faut-il tout perdre à la fois?

LORETTA.

mon Dieu! que faire?

AMBROSIO

Cette fenêtre?

LORETTA.

Elle donne sur la rue.

AMBROSIO

La porte par laquelle je suis entré, celle qui donne dans l'église?

LORETTA.

Elle doit être gardée.

AMBROSIO

Qui te l'a dit?

LORETTA.

J'en suis sûre... C'est le père Barnabe qui les conduil, qui les excile contre vous.

AMBROSIO

Eh bien?

LORETTA, baissant les yeux avec confusion.

Eh bien ! cetlo porte secrète, il la connaît aussi.

AMBROSIO, avec* colère.

Malheureuse !

LORETTA, avec désespoir.

Ah! pardonne -moi! alors je ne te connaissais pas.

zÈrline.

Signora, signera, ils ont forcé la porte, ils montent l'escalier : les voici.

AMBROSIO

Aucun moyen de fuir! Que Dieu seul m'inspire ! (Prenant

avec force Zerline et Loretta par la main.) A gOnOUX, à gCnOUX,

Loutes deux, et prosternez-vous !

LORETTA, effrayée, tombant à genoux et joignant ses deux mains.

RFy voici, mon père, que voulez-vous de moi?

(Lcs deux femmes sont à ses pieds et le front courbé vers la terre. Onns ce moment les portos s'ouvrent; Barnabe, Girolamo et tout le peuple an précipitent dans l'appartement, et s'arrêtent étonnés à la rue d'Ambrosio debout entre les deux femmes.)

AMBROSIO, ù voix haute et d'un ton inspiré.

Malheur à vous, malheur à moi! Que ma voix, plus forle ]ue lo tonnerre, ébranle jusqu'en leurs fondements ces murs lo testés; que, plus puissante que le bras de Samson, elle renverse les colonnes du temple des faux dieux ; que leurs débris dispersés enseveHssent les Philistins et les pécheurs, qu'ils n'eu épargnent aucun!... Malhcir à vous, malheur à

ScRiDE. — Œuvres complètes. V«»« Série. — i«f Vol. —

moi, si mes vœux, qui montent jusqu^au trône de l'Éternel sont exaucés par lui I

aiaoLAMo.

Doux Jésus ! à qui en a-trilT Estrce de moi qu'il parle?

AMBROSIO, se retournant et l'aperceTant.

Qui t*amène ici? Qui conduit ce peuple sur tes pas? Quel dessein le guide ? S'il est parmi eux un cœur pur, et qui n'ait point failli, qu'il se retire, qu'il s'éloigne : mes paroles ne sont point pour lui ; mais s'il est un coupable, qu'il reste. (Avec force.) Rostez tous, et écoqt6z.

UNE FEMME DU PEUPLE, tremblante.

Jésus ! Maria ! Dieu est en lui I

UN HOMME DU.PBUPLB

Je vous l'ai toujours dit.

BARNABE, à demi-Toiz on peuple.

Vous pourriez croire à une telle imposture?

UN HOMME DU PEUPLE

Je crois en Dieu ; et puisqu'il annonce sa parole, écou>

tons-le.

AUBROSIO se retourne rers Loretta, <)ui est toujours à genoux; il baisse les yeux, et lui dit lentement et d'une Toiz troublée.

/ Venu en ces lieux par hasard... ou plutôt par la volonté de la Providence, pour vous éclairer... pour vous sauver... pour vous arracher à cette vie criminelle... le ciel m'inspirera, me donnera la force de vous convaincre!... (s'animant

peu à peu et finissant par parler avec conviction.) PaUVrC fille qUC je.

plains ! ô malheureuse enfant, dont un souffle impur a flétri la jeunesse, était-ce pour un tel usage que Dieu t'avait donné tant d'attraits? Toi, qu'aucune loi divine ou humaine ne condamnait au vice et au malheur; toi, qui, libre et maîtresse de toi-même, pouvais (^coûter la voix de la nature, ou suivre le penchant de ton cœur ; toi enfin, à qui la vertu était por-

LA CONVERStOf* 14*2

mise, tu Tai» dédaignée : tu as préféré les plaisirs du monde à la paii de l'âme, et les hommages de tous à Testime d'un seul ! 8ais-tu oe que tu as perdu? Le bonheur de tous les instants, le charme de Texistence, l'amour d'un époux, Taf* t'eetion de tes enfants ; car, si tu en as, ils rougiront de leur mère, et nul d'entre eux n'embellira ta vie ou ne soutiendra ta vieillesse. En revanche, et pour prix de tant de biens auxquels tu as volontairement renoncé, pour prix de ta beauté prostituée et de ta jeunesse avilie, sais-tu le tort qui t'attend? Le voici. Ces jouissances qui t'enivrent ne t'inspireront bientôt que de l'horreur et du dégoût. Dans tes folles dissipations, tu ne trouveras plus de plaisirs que ceux qui s'achètent; ta les payeras avec l'or pour lequel lu t'es vendue, et les richesses que le crime t'a données, le désordre te les retirera. Avec le temps tes charmes se flétriront, les amants s'éloigneront de toi; les jours de peines et de misère succéderont à tes beaux jours; errante et ne sachant où reposer ta tète, tu échangeras; malgré toi, tes lambris dorés contre l'asile de la pitié, et tes coussins de soie contre la paille d'un hôpital; et là, sur ce lit de douleur, isolée, abandonnée de tous, tu n'auras plus rien à esp,érer ni à atlepdre, rien... que le mépris, compagnon de ta vie, et qui te suivra par delà la tombe. (Avec un accent terrible.) C'est ainsi que tu paraîtras devant Dieu! Que lui répondras-tu alors?

LORETTA, drec e|^oi et 4ten4«Qt les br«8 yers loi.

Ah I moii père !

AMBROSIO, la regarde iqi instant, la voit à ses pieds pâle et tremblante; son cœur s'émeut, des larmes s'échappent de ses yeux ; il la prend par la main, la relèTe, et continue arec douceur.

Loin de moi de vouloir jeter le désespoir dans votre âme / Coupable moi-même, je dois prier pour le pécheur, et non pas le maudire. Ministre d'un Dieu de paix et de miséricorde, je ne vous effrayerai point de sa colère, je vous parlerai de sa clémence, plus grande encore que vos fautes. Je vous le montrerai vous ouvrant les bras, et vous disant : Égarés ou

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coupables, revenez à moi ; repenlez-vous, et tous vos torts sont oubliés. Oui, ma fille, entends sa voix qui t'appelle ; reviens à Dieu, dont la miséricorde ne s* est point lassée, à ce Dieu que le remords désarme, et prôs de qui le repentir tient lieu de vertus. Plus coupable encore était Madeleine la pécheresse ! Gomme toi, plongée dans l'erreur, livrée à de honteux plaisirs, elle courait à sa perte éternelle ; déjà Tabkne était sous ses pas, elle allait y tomber ; un rayon de repentir se glissa dans son âme ; elle leva les yeux vers le ciel, et le ciel lui fut ouvert. Elle y règne à présent; elle y a sa place auprès des vierges saintes qui n'ont jamais succombé. Que son exemple te soutienne et t'encourage ; relève ton front humilié ; regarde les cieux qui t'attendent , et qu'il faut mériter.

LORETTA.

Oui, oui, mon père, c'est Dieu qui parle par votre bouche ; sa grâce m'a touchée ; je me repentirai, j'expierai mes fautes; j'entrerai au couvent des Annonciades, je vous le jure.

AMBROSIO, à part.

Que dit-elle?

LORETTA, se retoifrnaTit vers le peuple.

Et vous, témoins de mes désordres, soyez-les de mon repentir et de ma conversion. Priez pour moi ; priez pour celui à qui je devrai mon salut.

TOUT LE PEUPLE, tombant à genoux.

Gloria in excelsisî Gloire à Fra Ambrosio, à l'élu de Dieu!

UN HOMME DU PEUPLE

Et on osait le calomnier! et nous avons pu le soupçonner! Pardonne-nous, mon père, et donne-nous ta bénédiction.

AMBROSIO, ému.

Assez, assez, mes enfants ; je ne mérite point vos hom* mages.

TOUS, à genoux.

Ta bénédiction !

AMBROSIO

Je VOUS la donne.

UN AUTRE HOMME DU PEUPLE

C'est le père Barnabe et Girolamo qui nous ont excités contre lui, qui nous ont amenés ici.

AMBROSIO, étonné.

Quoi! Girolamo, mon serviteur 1

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