SCÈNE VII
Le leodemain soir. — La chambre à eoneber du roi* LE ROI, seul, dans un fanteoil, an coin du feu.
Ouï... je serai Ip maître chez moi!... Je ferai ce que veut la marquise ! Je n'en ai pas parlé ce soir à Mesdames, parce qu'au seul mot de favorite en titre, de maîtresse présentée... Chiffe et Graille * auraient jeté les hauts cris. Mais demain je leur apprendrai... ou plutôt je leur ferai dire... Oui, cela vaut mieux! Mais par qui?... Ah! par l'évoque de Senlis,par iM. de Roquelaure, qui, pour avoir la feuille des bénéfices, se ferait Turc au besoin... ou plutôt par M. de La Vauguyon le gouverneur de mes petits-fils, qui s'en chargera volontiers c'est un homme à moi, un saint homme, qui a meilleure réputation ; et, venant de lui, cette nouvelle-là sera mieu>
* Mesdames Adélaïde et Sophie, filles du roi. ^
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reçue par mes enfants. (S'échauffant et se donnant du courago.)
D'ailleurs, que cela leur plaise ou non, à eux, à la cour et à messieurs du parlement... que m'importent leurs criailleries? Je parlerai en roi... je parlerai bien haut... c'est le moyen de couvrir leurs voix à tous!... — Mon fçère de Prusse est bien heureux... tout le monde lui obéit dans son royaume... ou du moins tout le monde se tait... Il n'est pas, comme nous, inondé d'un tas d'écrivassiers, de rimiilleurs, de pamphlétaires qui, si on les laisse faire, Bniront par se mêler de tout et par tout renverser!... A commencer par leur chef, que j'ai relégué à Ferney, et que j'aurais dû mettre à la Bastille, lui et toute sa séquelle littéraire... Ce sont eux qui m'ont fait perdre l'affection de mes sujets... car ils m'aimaient autrefois... ils m'appelaient le Bien-Aimé... Il me souvient encore des jours de Fontenoy... et des journées de Metz... Us me pleuraient, ils s'inquiétaient alors quand j'étais malade... et maintenant... (ll tousse plusieurs (ois et appelle.) Le-
bell... (Lebei parait.) Donne-moi mes tablettes pectorales.
LEBEL, les lui donnant.
Votre Majesté est souffrante?
LE ROI
Oui, j'ai de la fièvre... j'ai passé une mauvaise nuit... aussi celle-ci, je l'espère... je reposerai mieux... (ii regarde la pendule.) Ah! voici une journée qui a été bien longue... elles le sont toutes maintenant! Au nombre des charges royales, ils ne comptent pas l'ennui... et cependant, de tous les revenus de la couronne, c'est le plus assuré... (il bâiiie, s*étend
dans son fauteuil, croise les jambes, et reste un instant absorbé dans ses
réflexions.) Dis-mol, Lebol...
LEBEL, s'aranfiant*
Sire t.. .
LE ROI, sans le regarder et arec un s-)u;tr.
Pourquoi les Français ne m'aimenlils plus?
LEBEL, élonné.
Votre Majesté y pense-t-elle ! Partout on la respecte, on la révi^re... et depuis votre aïeul Henri IV, aucun souverain n'a été plus adoré par la grande majorité de la nation.
LE ROI, après un instant de réflexion.
Oui... je le crois aussi... car moi, je les aime comme un p^re... je les aime tous, excepté mes parlements, que je voudrais faire pendre... car ce sont eux qui soufflent Tesprit d'opposition... qui apprennent à mes sujets à ne pas m*obéir; et une fois qu*on en aura pris Thabitude... Ces maudites robes noires me porteront malheur... elles achèveront ce que les jésuites ont commencé ; il y aura quelque Damiens parmi eux...
LKBKL.
Ah I sire, quelle idée I
LE ROI
Je les renverrai... ainsi que tous ces fermiers généraux qui pressurent mes sujets et qui me rapportent si peu... U faut les chasser.
LEREL.
Ce sont eux cependant qui soutiennent TÉtat.
LE ROI
Oui, comme la corde soutient le pendu. — Voilà pourquoi on murmure! Et pourtant qu'ont-ils à dire?... Tout ce que j'ai entrepris a réussi... car la guerre de Sept Ans, je ne la voulais pas!... c'est madame de Pompadourl!! — Du reste, tout va bien... Le commerce a repris, à ce que dit M. de Praslin... la population augmente...
LEBEL
C'est vrai... et j'ose dire que je n'y ai pas nui.
LE ROI, riant.
Toi, Lcbel ! A la bonne heure, au moins, toi tu ne te plains jamais; tu es toujours content... Voltaire a eu raison de t'appeler l'ami du prince.
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LEBEL, areo satisfaction.
Monsieur de Voltaire aurait parlé de moi?
LE EOI, riant..
Indirectement, dans un ouvrage que tu ne connais pas. . qui m'a amusé... (sérieusement.) et que j'ai fait défendre., parce que les mœurs avant tout... (u tousse piusienn fois et re prend des tablettes.) J'ai la poitrine en feu.
LEBEL
C'est une toux d'irritation... ce ne sera rien, sire.
LE EOI, rirement et d'un air fâché.
Ce ne sera rien, monsieur, ce ne sera rien!... On en
meurt!... Louis XII en est mort! (Tristement et après un inslaat
de réflexion.) Lebel, si j'en mourais aussi !...
LEBEL
Ahl sire... pouvez-vous le croire?
LE ROI, à part.
Quelle imprudejice à moi! je me sens bien mal I... Il faudra demain que je cause avec l'évèque de Tarbes... Je n'ai rien fait pour lui... mais je lui rends justice... c'est le seul honnête homme de mon clergé... le seul en qui j'aie confiance. (Haut arec attendrissement.) Quand je ne SCrai pluS, Lebol,
ils me regretteront... car je suis un bon maître...
LEBEL
A qui le dites-vous, sire I
LE ROI
Oui... je sais que tu m'aimes, toi... et une autre personne..» qui m'a quittées matin... Aussi je la défendrai... je la protégerai... je ferai pour elle ce que je lui ai promis, et je confondrai par là ses ennemis et les miens.
(La porte s'ourre; parait le duc.) LE ROI.
Laisse-nous... Lebel.., laisse nous...
UN MINISTRE SOUS LOUIS XV f\[
Oui, sir8.
LBBBL,
(U tort on faisant au duc un signe d'intelligence.)