SCÈNE I. 25S
LE DIRECTEUR
Comment , à tort , monsieur le Maire ! J affiche hier le Jeune Mari qu on n'a pas encore donné ; J'annonce une actrice de Paris qui devait paraître avec cent mille écus de diamans ; j'ajoute en grosses lettres un nouveau titre à chaque ouvrage , et je ne fais pas deux cents francs , abonnemens suspendus! C'est une ville morte, vous dis-je; il n'y a pas moyen d'y rester,
LE MAIRE
Écoutez : je ne trouve pas mauvais que le spectacle soit peu fréquenté pendant la mission ; intérêt à part, vous êtes assez raisonnable pour le comprendre. Ce n'est qu'un moment de patience.
LE DIRECTEUR
Vous en parlez bien à l'aise , monsieur le Maire ! La patience est la vertu des saints , et puisqu'on me damne par avance , je ne suis pas tenu de la pratiquer.
M. LEBRUN
Vous avez donc pris un arrangement avec uneautre ville?
LE DIRECTEUR
Oui, Monsieur, pour trois mois; mes décorations partent demain.
LE MAIRE
Demain !... vous donnerez^au moins une repré-
ii54 LA MISSION.
sentation au profit des pauvres ^ ne me Tayez-vous pas promis?
LB DIIECTECJB.
Fi donc ! notre argent leur porterait malheur!.. Ne serait-ce point une aumône profane , qu'ils se reprocheraient un jour d'avoir acceptée ?
LB MAIRE
Vous plaisantez mal à propos.
LE DIKECTEUB.
Si vous voulez que je parle sérieusemertt , je dirai que les premiers besoins qui me touchent sont ceux de mes comédiens , dont je ne pourrais payer le traitement en prolongeant ici mon séjour. Ne laissant aucune dette , nous sommes entièrement libres, et nous ne reviendrons qu'au moment où votre ville nous oflFrira les ressources qu'elle nous refuse aujourd'hui. Permettez donc, monsieur le Maire , que je vous présente l'hommage de mes remerciemens , et que je. réclame pour l'avenir la continuation de vos bontés.
(Il tort ) M. LEBRUN.
Les indîgens en souffriront.
LE MURE
Est-ce moi qui prie ce directeur de partir ?
M. LEBRUN
Non, mais vous blâmez hautement ceux qui