SCÈNE m. !à
monde, je ne t'en empêche pas; mais qu'au moins je vive tranquille , que j'entende autre chose, à ma table , que le rëcit des sermons de la matinée! Nous ne pensons pas de même à cet égard : je respecte ton ardeur pieuse , respecte aussi mon indiflFérence. Tu as brusquement renoncé au monde , au plaisir , aux soins de ta maison... passe encore ; mais ton 'zèle s'étend trop loin lorsqu'il arrive jusqu'à moi. Chaque jour voit éclore un nouveau caprice ; mon salon se bigarre d'agnus, de chapelets et d'images ; mes amis n'entrent plus dans ma salle à manger ; je suis réduit à un jeûne de pénitent , et pour couronner l'œuvre tu me relègues dansune chambre à part!.. Tout cela ne saurait me plaire , et je t'avoue franchement que je commence à me fâcher.
MA.DAHE LEBBUN.
C'est ce dont je me soucie très-peu. Je saurai subir avec patience les épreuves qui me viendront d'en haut.
H. LEBRON.
Mais encore un coup, ma chère amie, écouté le langage de la raison !
liADAME LEBRUN,
Je m'en garderai bien!... c'est en son nom qu'on insulte, comme on l'a fait aujourd'hui , ce qu'il y a de plus vénérable.
a64 LA MISSION.
M. LEBRUN
La raison que j'invoque n'a point pour but de t arracher aux pratiques religieuses que tu observes : je veux seulement ramener ton esprit à de plus douces habitudes. Depuis dix-huit ans nous vivons ensemble dans la paix et l'union ; te plaire , te rendre heureuse fut constamment mon unique étude , et tu ne m'avais pas habitué aux regrets. Femme aimable , mère attentive, ton cœur répondait à tous les vœux du mien , et les épou^ enviaient notre bonheur. Une semaine a détruit cet heureux accord. Quelques plaisanteries auxquelles j'ai mis un terme dès qu'elles ont paru te choquer, sont devenues la source de cette aigreur qui dépare aujourd'hui ton caractère. Est-ce une faute inexcusable que d'avoir sacrifié devant toi la bigotterie à la vraie piété? Celle-ci, t'ai-je dit, est le plus bel ornement d'une femme vertueuse....
MADAME LEBRUN
AUez-vous recommencer?
M. LEBRUN
On dirait vraiment que je blasphème !
MADAME LEBRUN
Vous connaissez mes sentimens : ils sont inébranlables,, et mon esprit, encore tout pénétré du sermon que je viens d'entendre, n'est nullement disposé à l'oublier pour vos déclamations philoeo-