SCENE n
LE PBÉFET.
On fait attention à tout, Monsieur, et je sais des gens qui ont été disgraciés pour moins que cela.
M. D'ERGÉ.
Il est sûr qu'on en a des exemples, mais les ministres ont tant de confiance en vous !
LE PRÉFET
C'est une raison pour ne pas la démentir : décidément je vais arrêter cette afiaire M. de
Borigny a de la fortune , il est vrai , mais je suis en chemin d'en avoir, et je ne veux pas quitter la proie pour l'ombre.
M. D'ERGÉ.
C'est sagement raisonner.
LE PRÉFET , après un moment de réflexion.
En définitive, nous vous porterons demain comme candidat unique.
M. D'ERGÉ.
Si vous y tenez
LE PRÉFET
Oui , cela vaudra mieux : le marquis ne ferait qu'une voix de plus à la chambre , et vous apporterez en outre un talent basé sur l'habitude.
M. DVRGÉ.
Eh bien, soit; je vais agir en conséquence.
LE PJUBFET.
Je donnerai mes ordres; voyez un peu de monde : parmi les opposans, il y en a plusieurs dont on peut venir à bout. Paul Durand , propriétaire d une filature , a quelque influence ; c'est un sot qu'il n'est pas difficile de gagner, en disant comme lui. Le baron de Gourgelles est fort riche et dispose de plus d'une voix ; il ne voudrait que la haute noblesse au ministère ; peut-être en parlant dans son sens. ..
M. D'EBGÉ.
Laissez-moi faire; du temps de M. Decazes, j'ai appris à connaître tous les jargons. J'ai l'honneur de vous saluer.
LE PRÉFET
A demain.