SCENE III
LE PEfiCBPIBUB.
Oh ! je ne mérite pas le compliment. . . Dis donc ,
entre nous (n regarde.; Mon Dieu, j'ai toujours
peur qu'on ne me voie c?iuser avec toi... Dis donc , entre nous j'espère que tu seras nommé.
se LENOIR.
Et pourtant tu vas donner ta voix à un autre.
LE PERCEPTEUR
Ah ! je ne suis pas percepteur pour rien ; il faut bien que je fasse mon service ; mais une voix est peu de chose, tandis que sous main je t'en ai recruté douze ou quinze.
M. LENOIfi.
En vérité?
LE PERCEPTEUR
Oui, mon garçon, j'ai fait voir à diverses personnes la circulaire du préfet, sans paraître y mettre la moindre intention : chacun a crié à l'infamie ; j'ai poussé de gros soupirs, on m'a plaint, et j'ai alors parlé de toi : j'ai dit qu'il était pénible pour un ancien camarade de collège de te voir empreint du sceau des réprouvés. Malgré tes principes de modération, j'ai fait de toi un enragé...
H. LENOIR
Ah ça, un instant
LE PERCEPTEUR
Laisse donc , c'est en forçant les couleurs qu'on attire les regards Je connais phis d'un député
ii2 LE3 ÉLECTIONS.
du ministère cjui s'ert d'abçrd (ait passer pour libéral.
M, LENOIR
Tu viens de me parler d une circulaire : Tas-tu encore en ce moment?
LE PERCBPTEUi.
Diable... prends bien garde d'être apcftçu... La voilà. . , Non , il n'y a personne ; c'est que , vois-tu , mon aîné a une demi-bourse au collège royal, et j'en sollicite une autre pour mon second.
M. LENOIR. lisant.
« Monsieur le percepteur,
lAu moment où vous allez vous rendre au3^ » élections , je crois devoir vous rappeler que le » gouvernement compte sur votre zèle et votre dé- » vouement. Vous ne pourrez lui être plus agréajible qu'en contribuant, de tous vos efforts, à la » nomination de M. D'Ergé.
» Recevez l'assurance , etc. »
Pauvre peuple , comme on te mène !....
LB PEBCEPTEOB.
Nos indifférens te trouvent trop libéral et Monsieur de Çofigny trop royaliste; ce M. D'Ergé caresse l'opinion de tout le monde : aussi j'ai peur qu'il ne l'emporte sur vous deux; mais donne
vite car tu me compromettrais..... J'irai dîner
chez toi après-demain.