SCENE II
nÉLÈisE. Oui, je vais mourir, et je suis bien iieureuse depuis deux jours. Il vaut mieux mourir au milieu de son bonheur que de mourir après.
(Nina rentre ; elle congédie la femme de chambre, puis introduit Paul, qui se Jette à genoux auprès du lit d'Hélène.)
PAUL. — Hélène, ma bien-aimée I vous êtes souffrante ?
HÉLÈNE. — Je vais mourir, mon cher Paul... Ne m'interromps pas. — C'est une étrange chose; co malin j'ai déjeuné avec mon mari ; un quart d'heure après, je me suis sentie si faible, qu'il m'a fallu me coucher. Depuis ce temps, je ne souffre pas, mais je sens la vie qui s'éteint. — Mon mari est allé chercher son médecin loin d'ici, — le seul, a-t-il dit , dans lequel il ait de la confiance. — Pendant ce temps, il m'a envoyé un prêtre. Ce prêtre m'a dit que j'allais mourir... Il voulait me confesser, mais je n'ai pas voulu, il m'aurait défendu de te voir. — Quand nous devrons nous séparer, si mon mari arrive, — alors, si je vis encore, on appellera le prêtre. — Vois-tu, Paul, ces quelques instants que je prends pour te dire adieu, je les payerai peutêtre de ma damnation éternelle ! — Mais, si j'avais du mourir sans te voir, je serais morte en blasphémant.
PAUL.— Non, tu ne mourras pas, et, si tu meurs, je ne veux pas te survivre.
HÉLÈNE. — Ah ! si c'était vrai ! moi je sais bien que je ne t'aurais pas survécu ; mais toi...
UJN MELODRAME. 19
PAUL. — Je te le jure par le ciel, par notre amour : si tu meurs, je mourrai.
HÉLÈNE. — Oh ! non, tu es jeune, tu es libre, tu ne dois pas mourir; tu m'oublieras, tu en aimeras une autre! Une autre !...
PAUL. — Veux-tu que je te précède dans la tombe? veux-tu que mon épée...
HÉLÈNE. — Tu m*aimes donc bien ?
PAUL. — Mais que ferais-je sans toi dans la vie ?
HÉLÈNE. — Si tu m'aimes comme je t*aime, c'est vrai. Eh bien ! oui, meurs aussitôt que je serai morte, je le veux bien. Dieu aura pitié de nous ; il nous réunira dans sa miséricorde, ou peut-être dans sa vengeance, mais enfin nous serons réunis, c'est rimportaut. Tu ne me survivras donc pas?