SCÈNE XIV
iiÉLÈNE. — OÙ est Paul? Il n'est pas encore arrivé ? Je ne croyais pas le ciel aussi sombre. Mais je ne suis peut-être pas dans le ciel. Peu importe ! pourvu que Paul y vienne. — Ah I mon Dieu ! je me rappelle... pourvu que ce soit ma dernière prière qu'on ait exaucée ! Je me souviens du délire quia précédé ma mort, et de ce que j'ai demandé à Raymond quand je croyais que Paul me trahissait. Oh ! on n'aura pas obéi à cet ordre cruel et insensé! D'ailleurs je l'ai révoqué, je l'ai maudit, cet ordre. Mais si Paul... s'il me trompait! Si c'était vrai, ce
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mariage, s*il ne venait pas ! Eh bien ! je Taltendrai. Dans rimmortalité, on peut bien attendre la fin naturelle de la vie d'un homme.
NINA, à voix basse, — Ma chère maîtresse !
HÉLÈNE. — Eh bien! oui, j'attendrai... S'il en aime une autre, j'attendrai la fin de ce bonheur éphémère; même si mon âme peut s'occuper encore des choses de la terre, je veillerai sur lui.
NINA. — Ma chère maîtresse !
HÉLÈNE. — Eh quoi ! Nina ? elle est donc morte
aussi, et elle est arrivée avant lui? — Mais où
suis-je ?. . . ce caveau ... ces planches. . . ce cercueil . . .
C'est mon cercueil !... je suis enterrée !... ah !
(Elle tombe évanouie dans les bras de Paul et de Nina. — On lui fait encore respirer le flacon. — On lui frotte les tempes avec la liqueur quMI contient. — Hélène rouvre les yeux.)
HÉLÈNE. — Paul! Paul!... Vivants... vivants tous les deux ! Nina ! Antonio! Mais dites-moi vite... Je vais devenir folle... je veux savoir... je veux comprendre... car j'étais morte.
PAUL, aux genùux d^Hélène et les tenant em^ brassés, — Oui, tu vis, chère Hélène! chère ange ! tu vis pour mon bonheur ! tu vis, puisque je vis. Quand je t'ai crue morte, j'allais te rejoindre. Tu es morte pour tout le monde, mais tu vis pour moi, pour moi seul, pour moi qui t'adore et qui ne vis que pour toi et par toi !
HÉLÈNE. — Mais... ce cercueil...
NINA. — On vous dira tout, chère maîtresse. Remercions Dieu d'abord, et ensuite fuyons d'ici.
PAUL. — Mais où aller?
ANTONIO. — Ce navire qui m'avait emmené et qui
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est rentré dans le port, il partira dans trois heures; allons nous y cacher.
HÉLÈNE. — Ahl Paul, nous ne nous quitterons donc jamais !
PAUL. — Jamais !
NINA. — Antonio, va chercher la voiture que nous avons laissée à la porte du cimetière. Elle nous conduira promptement au navire; elle contient des provisions dont vous avez ^and besoin tous les deux. — Buvez d'abord quelques gouttes de ce cordial.
HÉLÈNE. — Mais, Nina, tu savais donc que je n'étais pas morte ?
NINA. — Non. Mais je savais que M. Paul... dans ce coffre...
HÉLÈNE. — Grand Dieu ! je me rappelle. — Horrible ! horrible ! et c'était moi !
PAUL, la serrant dans ses hras, — Le ciel a tout conduit : sans cet accès de délire qui vous avait fait donner cet ordre,' sans la scélératesse des neveux de Raymond, c'est vous qui auriez subi la plus épouvantable agonie. — Ah ! chère lléléne, les méchants mêmes et ceux qui offensent Dieu lui obéissent encore sans le savoir, et leurs crimes concourent souvent aux desseins de la divine Providence.
ANTONIO. — La voiture est là.
NINA. — Maintenant , Antonio, aide-moi à tirer du coffre les diamants et les pierreries; nos amants les oublieraient, et ils en auront besoin dans la solitude où nous allons cacher notre bonheur.
LE
PERSONNAGES
ll»e URSULf: RIGOIS. M. RIGOIS.