‹ Proverbes: Un mélodrame: De bas en haut: Le testament normandChapitre 36 sur 52 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

PHIUPS, LE TABELUON.

LE TABEUioN. — Maîs (1*011 Vient, monsieur Philips, que vous ne vous mêliez pas sur les rangs avec voire jolie ménagère ? Voici trois jours que je passe entre vous deux, et je puis dire que je n*ai jamais vu un ménage aussi parfailement d'accord sur tous les points.

PHIUPS. — La raison en est bien simple , mon-

sieur le tabellion : Toncle dont nous héritons et chez lequel j'ai été élevé jusqu'à mon mariage, l'auteur du testament bizarre dont la diflicile exécution vous retient ici depuis trois jours, — avait épousé, après de longues traverses, une jeune fille dont il était ardemment épris, et qui de son côté l'aimait à en perdre la tête. Ils n'étaient pas mariés depuis trois mois que l'amour avait disparu. Il n'y a pas de haine aussi terrible que celle dont l'origine est de Tamour gâté. — Au bout de six mois, ils étaient séparés et ils plaidaient. Mon oncle a passé le reste de sa vie à faire des épigrammes contre les femmes et contre le mariage. — Sa dernière a été écrite sur une page de son testament; c'est moi qui l'ai écrite sous sa dictée pendant les derniers jours de la maladie dont il est mort. — Cherchez-la, vous avez le testament.

LE TABELLION, Usatit de plocc m place.,, — « Ordonne que la ferme des Aulnes avec la terre en dépendant et une poularde grasse soient délivrées en toute propriété... » — Ce n'est pas cela ; c'est le fameux article que je commence à désespçrer d'exécuter... Ah! voici, c'est en vers :

A son second matin, d*Éden je premier liOte,

A ses côtés, en place de sa cdte, Vit • la ctiair de sa chair et les os de ses os, • Et son premier sommeil fut son dernier repus.

PHILIPS. — Je devins amoureux de Sydonie. — Mais comment avouer à mon oncle que je songeais à me marier? — Il me prit un tel chagrin, que j'en tombai malade. Il était bon, il me questionna ; je

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lui avouai la vérilé. — « C'est juste, lue dit-il, voilà assez longtemps que tu es garçon et heureux ; il est temps de payer ton tribut. Je te rendrais peutêtre service en te laissant mourir de ton ridicule chagrin. — Et moi aussi, dit-il avec amertume, j'ai fdilli mourir; bien plus, j'ai voulu me tuer parce qu'on ne voulait pas me laisser marier. Fais ce que tu voudras. » Je ne me le fis pas répéter deux fois. J'épousai Sydonie, mais je m'aperçus bientôt que la vue de notre tendresse et de notre bonheur ou le chagrinait profondément ou l'exaspérait. Il s'était résigné à un malheur commun et inévitable. Il ne pouvait supporter la pensée qu'il aurait pu être heureux. — Il s'aigrissait et se fâchait au moindre prétexte ; je voyais qu'il ne tarderait pas à se séparer de nous. J'aimais mon oncle, qui m'avait élevé. — De plus, je ne me souciais pas de perdre son héritage. Nous prîmes le parti, Sydonie et moi, d'abord de cacher notre amour, ensuite de feindre de nous aimer moins, — puis de nous quereller quelquefois. Mon oncle était enchanté, nous accablait de bons mots et reprenait sa sérénité. — « Avoue, me dit-il, que tu me prenais pour un homme bizarre et un peu maniaque ; tu te croyais sans doute plus habile ou plus heureux que moi. »

H est mort, nous croyant tous deux désespérés de notre union. Gomme cela a duré assez longtemps, le bruit s'en est répandu, et nous ne trouverions nulle part les deux voisins qui voudraient affirmer par serment que jamais il n'est venu à leur connaissance que nous ayons eu un seul différend depuis notre mariage, et c'est une clause nécessaire.

a LE TESTAttfiNT

US TABELLION. — Oui. {LxsanL) c La ferme des Aulnes et la terre qui en dépend, avec une poularde grasse, aux deux personnes mariées depuis au moins un an et un jour qui afiirmeront par serment qu*ellcs ne s'en sont jamais repenties ni Tune ni Tautre: — deux voisins devront également jurer... etc., etc. » — C'est fâcheux pour vous de perdre cette jolie petite ferme, surtout avec tous les droits pour l'obtenir.

PHILIPS. — Grâce à mon oncle, nous sommes aussi riches que nous le désirons.

LB TABELuoN. — Âprés tout, sî aucuu des candidats ne remplit les conditions exigées, vous garderez la ferme. Nous n'avons plus que deux prétendants, et nous avons dû repousser douze couples depuis trois jours.

PMiups. — Mais M. et madame Rigois ont à peu prés rempli les conditions ; ils ont prêté le serment avec enthousiasme, et ils ont fourni quatre voisins au lieu de deux pour témoins de leur union.

LE TABELLION. — Gcs Rigois uc m'iuspircnt pas de conâance; ils sont trop doucereux; j'attends avec impatience le résultat des informations que j'ai fait prendre, et pour lesquelles je les ai fait revenir après déjeuner.

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