L'ÉGALITÉ
PERSONNAGES
Le comte de GAFREVIIXE, issu d'une très-ancienne noblesse, à peu près ruiné, sollicitant en vain à la cour quelque place ou quelque faveur qui rétablisse ses affaires.
M. LEGROS DES ÂULNAIES, ancien marchand qui, après avoir fait une première fortune dans un commerce de mélasse en Amérique, s*est installé à Paris, où il en a gagné une seconde en faisant des affaires. 11 cache soigneusement la source de sa première fortune, ce qui n*empécbe pas que tout le monde la connaît, et prend déjà presque à son. insu des mesures pour dissimuler, quand il en sera temps, l'origine de la seconde. 11 a à son service des gens de couleur, par habitude, mais pas de ceux qui l'ont connu marchand. II s'appelle LegfoS) et scoute à ce nom celui de des Aulnaies depuis qu'il a acheté à la criée une portion d*un bois appelé les AulnaieS) qu'il a fait défricher, dont il a vendu les bosquets^ l^ombrc, le mystère, au stère, à la corde et en cotrets ; après quoi il a revendu le sol avec de grands bénéflces.
M. ANDRÉ PETIT, commis de M. Legros des Aulnaies, fils d'un employé au ministère des finances. Le jeune homme a de l'ambition, il élève secrètement ses vues jusqu'à la fille de son patron ; mais, comme ça peut être long, et comme d'ailleurs la demoiselle n'est pas jolie, il courtise un peu Virginie, pour le mauvais motif.
BiAbEifoiisELLE EUPHÉMIE LËGROS «igné les billels à ses amies Euphémie L. des Aulnaies. Celles-ci se moquent parfois entre elles de cette prétention ; mais cependant» vis-à-vis de
6B DE Bas en Haut.
I)c^^onnes en dehors de leurs relations babituelfes, elles ont soin de dire avec une emphase déguisée : « J'étais hier avec mon amie mademoiselle Euphémie des Aulnaies. » D'ailleurs, elles lui pardonnent bien des choses en faveur de son manque de beauté. Les femmes aiment l'amour de tout le monde, mais il y a des personnes qu'elles n'aiment pas; mademoii^elle des Aulnaies reçoit les vers de H. André Petit comme les immortels hument l'encens des vulgaires humains. Fille prudente, elle ne lui répond pas par écrit. La personne du jeune homme ne lui déplaît même pas plus qu'une autre ; mais un pareil mariage ne pourrait tout au plus que lui faire plaisir et ne ferait aucun chagrin à ses amies. Elle n'y songe donc pas ; cependant elle serait fâchée que M. André ne lui fit pas la cour, et au besoin elle lui laisse entrevoir quelqoes espérances, seulement pour ne pas le décourager tout à fait.
VIRGINIE ROLLAND, femme de chambre de mademoiselle Eu% phémie des Aulnaies. Jolie fille appartenant à une famille de cultivateurs qui ont un peu de bien ; elle se trompe sur les intentions de M. André.
EUSÈBE, mulâtre, valet de chambre de M. Lcgros des Aulnaies, amoureux de Virginie.
APOLLON, nègre, domestique de H. Legros des Aplnaies.
Deux MENDIANTS.
La scène se passe chez H. Legros. — H. Legros est dans son cabinet, à sou bureau ; il y a dans la cheminée un feii presque assoupi ; mais on est au mois de mars, la matinée est belle, 11 fait du soleil. Une large fenêtre permet de voir dans le jardin.