Bannez ci Molina, p
facile et si prompt d'en finir avec la prédétermination des thomistes et d'assurer à jamais le triomphe, non pas à la vérité du « pur » Molinisme, mais'du Molinisme mitigé qu'ils défendaient avec une prudence « administrative »? La survivance du Thomisme soulève plus qu'un léger doute dans l'esprit sur les assertions de Duperron, de Sarpi et de Bellarmin.
Que vaut l'affirmation du célèbre Duperron?
Puisqu'on ne craint pas de recourir contre le Thomisme à « l'autorité » du fameux calomniateur du Concile de Trente, Fra Paolo Sarpi, on nous permettra bien d'en appeler au témoignage d'un pieux et docte écrivain de l'Oratoire naissant, le P. Guillaume Gibieuf. Ce Père était à Paris quand le cardinal Duperron revint de Rome. 11 raconte en ces termes une visite que le P. Bastida, jésuite (le môme qui avait pris part aux disputes dans les Congrégations après la mort inopinée de son confrère Valentia *), fit au cardinal, a Paris même : « Le cardinal Duperron, dit-il, reçut le P. Bastida, lorsque celui-ci séjourna a Paris avant de retourner en Espagne. Comme le bon Père exposait au cardinal les raisons qui lui semblaient démontrer que la science moyenne est nécessaire à Dieu pour sauver notre libre arbitre, le cardinal lui fit entendre qu'il était fort éloigné de penser
1. Ce père Bastida, ayant quitté plus lard la Compagnie, se fil recevoii" docteur en Idéologie chez les dominicains d'Avila, et renonça, dit-on, au système de la science moyenn}. {Apud Dumir.ermuth, page 223, notes.)
ainsi, et entre autres choses : Poiirr[iioi (Jonc, lui dit- il, Dieu ne pourrait-il pas donner une grâce efficace par elle-niême? M. Duval était présent à Tentretien. Le bon Père (ut très étonné de voir que le cardinal était d'un sentiment tout différent de celui qu'il lui croyait, et il le supplia de n'en rien dire. C'est (ju'à Rome, Du[)erron avait parlé comme orateur du roi, chargé de soutenir la Compagnie contre les Frères Prêcheurs; mais ii Paris il manifestait librement ses opinions personnelles. Tout cela m'a été raconté par M. Duval lui-même. » Ainsi parle le P. Gibieuf^ Si cette anecdote est bien authentique (quand on fait fond sur Fra Paolo, on est mal venu h faire le critique diflicilc), il est clair qu'il ne faut [)as trop se mettre en peine des raisons apportées par Dupcrron à Home contre le sentiment des thomistes.
Pesons maintenant r« autorité » de Fra Paolo.
Le récit que fait le W. P. de Régnon d'après cet « historien » est tiré de son deuxième livre de y Histoire du Concile de Trente, où sont racontées les conférences antérieures ii la sixième session. Fort heureusement nous possédons une véritable histoire de ce Concile. File est le chef-d'onivre d'un jésuite célèbre, le cardinal Pallavicin. Rien qu'il ne soit pas favorable au Thomisme, sa bonne foi oblige cet historien ii s'exprimer ainsi : « Sarpi imagine ici (dans les congrégations qui précédèrent la sixième session) diverses discussions sur
1. Apiid Serry, ///.<?/, des Coug. de AuxiliiSj liv 3, cliap. 'i5. — Liv. 5, socl. 6, chap. 5 et 6.
Tarticle de la prédestination et de la grâce efficace, et quoique ce qu'il raconte servît de nouvelle preuve » (c'est un jésuite qui parle) « pour démontrer que la majorité dans le concile suivit l'opinion de mon ordre » (sans doute le Congruismo), « néanmoins j'aime mieux avouer avec sincérité que je ne trouve pas la moindre trace de pareils débats. » Pouvait-on rencontrer une autorité plus propre à confondre Fra Paolo? Assurément Pallavicin eût profité avec plaisir de l'avantage que les inventions de Sarpi donnent au Molinisme; mais il reconnaît loyalement que ce sont là des produits calomnieux d'une haine perfide, et il les laisse avec mépris à un Sarpj pour en faire usage contre l'Église.
Venons au fait rapporté, dit-on, par Bellarmin. Assurément Pallavicin n'eût pas négligé de se prévaloir de cet incident contre l'opinion des thomistes. Or, dant tout ce que cet historien rapporte des discussions et conférences qui précédèrent la session sixième, on ne trouve rien qui rappelle le fait allégué, si ce n'est peut-être ce que nous allons citer : « Lorenzo Mazacchi, servite, conjointement avec Grégoire de Sienne, dominicain, avec Grégoire Parfait de Padoue, Augustin, et un autre du même ordre, pensa que le libre arbitre concourt passivement et non activement à l'œuvre de la justification. Cette opinion ne fut pas regardée comme catholique K » Le^ même fait a été signalé