Hist. du Conc. de Trente, 1. 8, c
par Dominique Soto dans son célèbre ouvrage de Natara et gratia ^ « Les lutliériens, dit-il, enseignent que dans la justification l'Iiomme n'agit pas plus qu'un instrument inanimé ou un animal sans raison. Nous avons même entendu des catholiques poser cela en dogme et le détendre, malgré nos réclamations. Ils disaient que Dieu nous attire à lui avec une telle violence et nécessité que, dans notre coaversion, nous sommes purement passifs, recevant sans agir l'influence divine. C'est là-dessus que le saint Concile a prononcé 2. » Serait-ce cette dispute entre théologiens catholiques qui a donné lieu ii l'assertion de Bellarmin contre la prédétermination des thomistes? Mais il est plus clair que le jour que ces théologiens, nommés par Pallavicin, et que Dominiijue Soto a vivement combattus, ne soutenaient pas la doctrine thomiste de la prédétermination. En eiïet, la doctrine
1. Liv. I, c. 15 : « Liilherani docenl, sicul inanime organum aul brulum pecus, sic honiineni se liabere, diun juslificaUir. Quin eliain sunl inler catholicos , (jiios viva voce dogma lioc asserenles, nobisque reclamantibiis defeiisanles, aiidiviinns: pula quod Deus quadam nos vi et necessilale ad se perlrahal, ila ni in noslra nos conversione mère habeanius pasb'ive et réceptive. Dd quo idcirco S. Synodus proiuinliavit. >»
2. Voici le texte du canon 4^ de la 6« session : « Si quis dixeiit, liberuni lioniinisarbitrium, a Deo nioUim et excitaluin, nihil coo/;t'?a?*j asseiiliendo Deoexcitanli alqiie vocaïUi, (jiK) ad ohlincndani juslilicalionis graliani se disponat ac pnvparel ; neque posse dissenlire, si velil, sed veluti inanime quoddani nihil omnino agere, mereque passive se habere : a. s. »
thomiste, c'est que la cause seconde « agit réellement» sous la motion très eftlcace de Dieu, c'est que la volonté libre « agit vraiment et librement » , c'est qu'elle « se détermine elle-même à son acte » , c'est, en deux mots, qu'elle est « cause active » , et non simple instrument passif, « cause libre » , et non pas agent sans raison. Telle est la vraie doctrine thomiste. On voit qu'elle ne ressemble en rien, qu'elle est même toute contraire à Terreur réfutée par Soto et contre laquelle on a prononcé à Trente.
Que reste- t-il maintenant des deux assertions de Bellarmin et de Duperron, appuyées de l'anecdote tirée de Fra Paolo Sarpi? Il nous semble qu'il n'en reste pas une ombre sur le Thomisme. En effet, Paul V lui-même a déclaré que la prédétermination physique n'est pas de Calvin et de Luther, et Bossuet, d'une si grande autorité dans ces questions, en a jugé de même en embrassant cette doctrine dans ses ouvrages. Le grave Pallavicin a convaincu Sarpi de mensonge effronté, tandis que le célèbre Dominique Soto nous faisait connaître sur quoi le concile de Trente a prononcé : ce n'est pas contre l'opinion des thomistes. Il ne subsiste donc rien des accusations portées contre le Thomisme.
Qu'on nous permette cependant d'insister un peu sur le témoii^niage de Soto. On verra quelle ligure faisait le Thomisme à Trente, et que c'est tout il fait sans raison que les thomistes sont désignés aujourd'hui par plusieurs sous le nom de « bannésiens » .
Soto enseignait ouvertement l'eflicacité intrinsèque de la grâce a la manière des thomistes. Molina n'a pas fait difliculté de le reconnaître. « Dominicjue Soto, dit-il, dans le premier livre de Natura et gratin , et André de \égà, dans le sixième livre sur le concile de Trente, enseignent que, pour [)rodufre un acte surnaturel, le libre arbitre a besoin, outre le secours de la grâce prévenante, d'un autre secours particulier par lequel Dieu concourt immédiatement avec le libre arbitre et le meut à agir... Ils disent que ce second secours ne manque jamais son etî'et, et que le libre arl)itre agit nécessairement, dès la qu'il est ainsi mu par Dieu. D'une part donc, ils aftirment que le libre arbitre ne produit jamais son acte que sous la prémotion de ce second secours ; d'autre part, ils disent qu'avec ce secours le libre arbitre^ produit nécessairement son acte, parce que ce secours ne peut être rendu vain. Voilà pourquoi il leur incombe d'expliijuer comment, étant admis la nécessité d'un pareil secours, la liborlé reste
sauve, comment la volonté reste libre d'agir ou de ne pas agir. Ils se réfugient alors dans la distinction du sens composé et du sens divisé, et Ton a peine à comprendre ce qu'ils veulent dire et de quelle manière le libre arbitre est protégé '. »
Il faudrait être bien aveugle pour ne pas voir dans l'opinion de Soto et de Véga, telle que Molina la rapporte, l'essence môme de la prédétermination physique : Une prémotion infaillible sous l'influence de laquelle il est impossible que le libre arbitre n'agisse pas, et qu'on ne fait accorder avec la liberté qu'à l'aide de la fameuse distinction du sens composé et du sens divisé, presque inintelligible pour un bon moliniste ^.,
1. « Oominicus a Solo, lil). 1, de iNaUiia rt, Gralia, cap. '16, et Andi.Tas a Veiia, lib. 6 in Conc. Trid , rnp. 6, 7, 8 el 9, afiinnaiil libciuin arliilriuiii ad elicieiidum quenicumqiie praeJiclorurn acliuiin, prœlei' auxilium pailiculare gralise piœveuienlis, indigero alio anxilio particulari quo Deus ciim libero arbilrio immédiate concuirat, illudque nioveat ad eosdem acliis... Secundmn vero ^\zi\\\\numquam frustrari, sed necessario agere « (iiecessilaleconsequenlise)» liberum arbitiium, qnnlies per illiid a Deo movelui'. Cœlelum cum ex una {laile alïinrienl libenim arbitrium, nonnisi prius molum secundo auxilio, elicere ejusmodi aclus ; ex alla vei'O dicant necessario liberum arbilrium producere laies aclus, eo quod auxilium illud inane reddi nequeal : labor illis est (lefendere quanam laiioue, ailmissa necessitale ejusmodi auxilii, salva maneal liberlas arbilrii ad eos aclus eliciendos vel non eliciendos, confugiunlque ad sensum compositum et divisum, vixque inlelligas quid sibi velinl, el quo pacto ea ratione liberlalem arbilrii lueanlur. » (Concord. q. '14, act. 3, disp. 39.)