LA SCIENCE MOYENNE ET LA LIIJERTÉ
libre Jirbitre, ni celui de la raison suffisante, ap- \)Vu[iu) aux motifs de nos actions, ne vous peuvent satisfaire. Hxpliquez-moi donc, je vous prie, (jue la contradiction logique ne suffise pas a déterminer la vérité de l'une des propositions absolues, et qu'elle ait la vertu de déterminer infailliblement la vérité de l'une des propositions conditionnelles? La contradiction qui existe entre les conditionnelles est-elle d'une autre nature que la contradiction des propositions absolues? J'admire, en vérité , que vous régliez par le principe de contradiction ce que vous craignez de soumettre à rellicace de la volonté divine. Comme si la nécessite de ce principe, qui régit la vérité divine ellemême, n'était pas plus invincible que celle de la cause première. Diriez-vous, pour sauver l'idée essentielle de la cause libre, qui est de sa nature en puissance à agir et a n'agir pas, que l'acte déterminé ii être fait en vertu du principe de contradiction peut cependant ne pas être fait? Ce serait nier la nécessité du principe de contradiction lui-même, nécessité qui porte tout votre raisonnement. C'est un cliaos où l'esprit ne se retrouve pas, c'est l'absurde mis à la place du « mystère » des décrets divins.
— Aussi, reprend le moliniste, ne dis-je pas que Tune des contradictoires soit déterminément vraie de par le principe de contradiction. « Si Ton demande, dit Suarez, pourquoi ceci est vrai, plutôt (pie cela, c'est que ceci est réellement futur, et non pas cela. »
— A ce que je vois, répond le thomiste , pour montrer où est la vérité objective de l'acte futur, vous nous proposez le principe de contradiction, en disant que l'une des contradictoires doit être formellement vraie; mais ensuite, pour montrer laquelle des deux contradictoires est formellement vraie, vous nous remettez sous les yeux la vérité objective de l'acte futur. Voila certes un procédé peu démonstratif, et qui ressemble fort au sophisme appelé cercle vicieux ou pétition de principe ^
1. Le p. Liberatore [Inslitut. phil., Prali, 1883, vol. 2, p. f)0o) s'explique ainsi : « Nobis breviler ciicenduni videtur quô'l (condilionatè fiilnra libéra) perspiciantiir a Deo in ipsâ actuali, licel hypothelicâ, electione voluntalis crealae véi possibilis, prout quid faelura sil coiisideraUir, si liœc v(d illa condilio haberelur. Ea enim, elsi iinniqucàrn forlassè fuluia sint, tamen delerminatam veriiatem logicè habent. »
On voit le procédé du philoso[)lie n>olinisle. A la question : « Où Dieu voit-il les futuribles? » il lépoiid : « Dans leur vérité objective, « in ipsâ acluali , licet bypolhelicâ, electione. » — Mais, disent les thomistes, il ivy a pas de vérité objective avant tout décret divin. — Si, repi'end Liberatore, car les futuribles ont, avant tout décret divin, une vérité /o^îçwe déterminée; en voici la preuve :
<( Omnis enim enuntiatio aut vera esse deliet aut falsa; siquidem quidquid verum non est, id faLsum sit necesseest; quod aulem falsum est, contradictorium ejus eril verum. ; — Quare in bis duobus pronunlialis : Petrus in his aut his ■circumstantiis pcccabit, Petrus in his aut his circums tant lis non peccabit, disjunctionis ejus oportet partem alterutram esse veram. Hanc igitur internoscet Deus : et quidem in eâ causa, ex quâ quôd vera sit proficiscitur. »
Beau raisonnement, en vérité! Exemple : « Omnis enuntiatio aut vera esse débet aut falsa. — Atqui concipio in signa rationis antécédente ad omne decretum Dei enuntia-