‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 116 sur 144 · LE CONCOURS SIMULTAM' KT LA CAUSE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LE CONCOURS SIMULTAM' KT LA CAUSE PREMIÈRE

Mais venons à Topinion de Molina. D'après lui, le concours divin ii l'opération des causes secondes n'est pas une motion de Dieu dans la cause, mais une simple iniluence avec la cause sur l'acte de celle-ci et son effet. Du reste, l'expression reçue le désigne assez précisément : c'est un concours siniullané.

Il ne faut pas s'imaginer que dans ce concours il y ait deux opérations, l'une de Dieu, l'autre de la cause seconde. Non; c'est une seule action faite en môme temps par Dieu et par la créature. Il s'ensuit que Dieu et la cause seconde sont deux causes « i)artielles », dont l'union constitue une seule cause « intégrale ». Voilà pouniuoi l'effet produit est tout entier de Dieu et tout entier de la cause seconde, mais de chacun pris a part comme d'une cause [)artielle seulement. Pour nous aider ii le comprendre. Molina emploie cet exem- |)le : « C'est, dit-il, comme lors(jue deux hommes tirent luie harque. Tout le mouvement part de chacun d'eux, (juoique aucun en particulier n'en soit la cause totale *. »

506. La vraie poiiséj d(3 Cajélan y esl mise cii pleine lu- Miiere.

1. •( Cum dicimiis neque Deuni j^er concursuin universaleit), neque causas sernndas esse inteçiras, sed partiales causas elfecliuim, iulelligeuduni id esl de |)ailialilale causiie, ul vocaiil, non vero de partialitale eUecu^s : lolus quippe effeclus cl a Deo est, et a causis serundis ; sed neque a Deo, ne(iue a causis secuudis, ut a toUï causa, sed ul a parle causœ, qua>simul exigil concursuin et intluxuin alleiius. Non secus ac cuin duo Irahunl navini lotus motus proficiscilui- ab uno

154 THOMISME ET MOLTMSME.

Mais le point essentiel, celui sur lequel Molina Insiste le plus et qu'il estime capital dans son opinion, c'est que le concours divin n'est pas un influx dans la cause seconde, qui la prémeiwe et l'applique â l'acte; c'est un influx immédiat de Dieu avec la cause seconde dans l'acte et l'elfet. Aussi Molina se flatte t-il d'avoir fait comprendre que, même dans les causes essentiellement subordonnées, il n'est pas nécessaire que la supérieure meuve r inférieure \ mais il suffit que l'une et l'autre influent ensemble immédiatement dans l'effet.

Il suit clairement de cette notion que ce n'est pas Dieu qui détermine les causes secondes à leurs actes, mais que ce sont plutôt les causes secondes qui déterminent par leur act on la causalité de Dieu. Molina le dit en termes exprès : «Pour nous, le concours divin ne détermine pas la volonté à consentir. Au contraire, c'est l'influx particulier du libre arbitre qui détermine le concours divin à l'acte, selon que la volonté se porte à vouloir plutôt qu'à ne pas vouloir, à vouloir ceci plutôt que cela 2. » En termes d'école, c'est la cause se-

quoque Irahentiutn, seil non lanqiiam a lolà causa molùs; siquideiii quivis eoruin simul efficit cuiii allero oiniit:'S et singulas parles ejusJem molùs. (Concord , \\\ qu. 14, art. i 3, disp. "26 )

1. Saint Thomas dit expressément le conli-aire : ■<■ In omnibus causis agenliijus ordinalis, semper oporlet quod causas sequentes agant iu virtale causœ primœ, >' c'esl-à-dire « |)aiiicipando motum et viiiulem primi agenlis. » (In 3 Conl. genl. cap. 66, rat. 2, et cap. 67, rat. 5, et alibi millies.)

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