I.K CONCOURS SIMULÏANl' F/f LA CAUSE PREMIKI'.E. loo
conde qui détermine Tinfliix de la cause première tiim qiioad specijicatinnem tiim rjtwad exercitium actifs.
Telle est l'idée précise du concours simultané. Il ne consiste pas essentiellement en ce que Finllux de Dieu tond)e directement, immédiatement, sur Taction et reiïet de la créature, sans toucher cette dernière, mais en ce que cet inllux a besoin d'être déterminé quocul exerciiium actùs par le concours de la créature..
liCs thomistes, en eiï'et, ne nient point que les causes secondes «ne modifient, déterminent, particularisent, spécilient l'influx divin. Ils soutiennent expressément que la motion de Dieu est reçue dans les créatures suivant la nature, le mode d'aj^Mr, les dispositions de chacune d'elles. Par conséquent, il est vrai de dire que les causes secondes modifient ou déterminent l'action de la cause première. Mais les molinistes veulent que cette modilication de l'inllux divin soit faite activenieiit, pour ainsi dire, par la créature, comme si la créature exerçait une certaine action sur l'inlUix de Dieu. C'est une suite nécessaire de leur <lortrine que le concours divin ne précède pas et ne cause pas l'exercice actuel de l'activité des
(lolonniiiare voliintaloni ad ron<:fnsnrn, soil potius per inlluwiir. parlicuiaieiii lilieri arbilrii concursum Dei universalcm dctcnninan ad spcciem actls voluntalis , proiil Yolunlas polius inflnxeril ad voliMidnin (piam ad nolendiim, vtd e coiilrario, aul ad voliMulnm poliusihoi* obj^'Ctum quarn illiid [Concord. in rju. 23, art. 4 et 5, disp. 1, ineniU'. 7, ad. 6.)
causes secondes, mais que cet exercice est déterminé par la cause seconde seule, pour elle et pour le concours de Dieu. Tandis que les thomistes, qui soutiennent que la motion divine est efficace par elle-même et met infailliblement en acte la cause créée, disent au contraire que cette cause ne modifie l'influx divin que passivement, en tant qu'elle le reçoit selon sa propre nature et sa disposition actuelle, comme des instruments différents modifient l'impulsion reçue de la main du même ouvrier. Ce qui ne signifie pas que les causes secondes ne soient pas actives et n'agissent pas en effet, mais simplement qu'elles n'ont aucune influence effective sur la motion de Dieu, qui les détermine à produire actuellement leurs actions et leurs effets. Cette modilication active du concours divin par les causes secondes est proprement ce qui caractérise le concours simultané ^
Voilà pourquoi il ne s'agit pas principalement pour les molinistes de prouver que le concours divin tombe directement sur l'action ou l'effet de la cause seconde sans passer par cette cause. Il y a des théologiens qui n'admettent pas que Dieu produise dans la cause seconde quelque chose qui la détermine à passer à l'acte, et par là ils se
1. Goudin, Philosophia, de prœmolione, ai1. 1, iii fine;. — a Valde diversa sunt, molionem diviiiain tnodificari in causis secimdis; el ipsam modificari a causis secundis, vel per cas effective. Priinuni docet S. Thomas, et posl ipsum Thomislae omnes. Secundum lenent Molinistse. » ( Dimimermulh , p. 251).
LE CONCOURS SIMULTANÉ ET LA CAUSE PP.EMlflF.E. VM
séparent des thomistes. Mais ces théologiens reconnaissent que cette motion divine est d'ellemême déterminée à tel acte particulier; ils ne la conçoivent pas .indifférente et générale; ils la veulent efficace par elle-même ; ils disent qu'elle ne dépend aucunement, quant ii l'exercice, de la coopération des causes secondes. Par elle, Dieu est vraiment, absolument, cause première de l'acte libre. C'est ce qui rapproche ces théologiens des thomistes dans cette grande controverse touchant l'elFicace de la cause première, en même temps que cela les éloigne profondément de l'Ecole de Molinai.
1 . Le II. P. Gnillermin a écrit, avec sa précision et sa profoiulf.'iir accouluniôes : « (Voici) la ligne de doinarcalion du Moliiiisiiie. Ksi inolinisle qnicoiuine refuse d'adnielli'e que l'acte lihre de la \olonlé soit fixe, déterminé dans la cause première, in sif/no priori à l'élection libre de la volonté. Au contraire, quiconque admet dans la cause première, in siqno priori à l'élection libre de la volonté créée, une causalité d'où dépend et dérive infailliblement cette élection libre, celui-Là est irréconciliablement antimoliniste, et il s'accorde avec les Thomistes sur le point fondamental de leur système. Il pourra différer d'avec eux cpiant au mode d'exécution et se rapprocher davantage sur ce jioiiit particulier des .^cotisles, des augustiniens, etc.; mais ce sont là des divergences secondaires et accidentelles ; ces divers systèmes s'accordent quant à la substance. VA la substance ici c'est, d'une part, la souveraine indépendance, la suprême- et universelle causalité, la priorité absolue de Dieu; et, d'autre part, la dépendance effective et conscquente de loute créature, de toute action de la cause seconde même libre, vis-à-vis de Dieu, par rapport à tout ce (jui en elle a une raison, si minime soil elle, d'être, d'activité, de perfection. « {L'Opuscule du cardinal recci, \). IG.)
Pour les molinistes, c'est la cause seconde, miiïiie d'un concours indifférent, qui se détermine premièrement et détermine le concours divin a la production actuelle de l'action et de l'effet. Tel est le concours simultané des molinistes. S'accorde-t-il avec la causalité de Dieu ^ ?
Il est impossible aux molinistes de sauvegarder l'idée que noas concevons justement de la cause première universelle. Dans toutes leurs explications il y a quelque chose qui échappe à l'action du premier agent.
Rien ne serait plus manifeste si l'on s'en rapportait à l'exemple employé, par Molina. Deux hommes tirent ensemble une barque ; il est bien évident que, si chacun d'eux est cdiuse partielle de tout le mouvement produit, aucun n'est cause que l'autre tire pour sa part. Ces deux agents ne sont
1. Tous les raisonnements en faveur du concours simultané se réduisent à nier l'efficacité intrinsèque et première de l'influx divin, parce qu'une pareille efficacité est inconciliable avec le libre arbitre. Mnis les thomistes soutiennent que l'efficacité de l'action divine est précisément la source première de la liberté de nos actes, car Dieu n'influe pas seulement sur la production, mais encore sur le « mode d'être » de l'effet. Voir la Lettre du cardinal Pecci, traduction de M. Deshayes, n. 21-22. — Bossuel, Traité du, libre arbitre, «hap. 8.
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[)as subordonnes, mais conjoints ; il n'y a pas un premier et un second, mais simple concours de deux forces. L'action de chacune d'elles écliap|)e il l'action de l'autre. Rien de plus clair. Aussi ne faut-il pas trop presser l'exemple, car, comme dit le proverbe, toute comparaison cloche. Du reste, il n'a pas été proposé pour faire entendre le rapl)ort des deux causes concourantes entre elles ^
Considérons le concours simultané en lui-même. Et d'abord soumettons-le à la critique «anaie» des néomolinistes.
« D'après Molina, dit le W. P. de Régnon, le concours offert par Dieu était iiidilfércnt, comme le concours du soleil aux diverses opérations de la terre; c'est-ii-dire que Dieu était prêt a concourir indifféremment h telle ou telle action. Mais les thomistes niaient, avec quelfjue raison, que Dieu dût attendre que l'homme le fît sortir de son indifférence, ou (ju'une action immédiate de Dieu
I. <c L:\ compainisoii, je l'accoi-de >., dit le H. P. BamJier, s. j., « n'est pas heureuse el lu? p.unîl pas exacle... // n'y a pas subordination d'un agent à l'aulre .. Non, la comparaison n'est pas heureuse, mais le fond de la dortrine esl d'une «'xacli- Inde paifaile... Tout nu jdus pounait-oii ajouter que Dieu est cause première, principale, la eréaUire causa inslrumenlale, mais cause iiislruuuMilale animée, libre, capable de se délermincr elle-même; el que, s'il faul rejeler la î)rén)olion bannésienne, j)eul-ôlre, d'après saint Tliornas et la nature des choses, doit-on en admettre une autre dont il sera parlé plus lard. » (Reçue des sciences ecclésiastiques, année 1887, p. 259.) Ce qu'il faut ajouter i l'opinion de Molina, ou [)lulôl ce (jui! faul mettre à la place, n'empéche-l-il pas le fond de la doctrine d*>'lrc d'une exac- Htude parfaite?
dût recevoir de la cause seconde sa propre détermination.
« D'après Suarez, ce concours était complètement déterminé, et cette manière de voir était d'une logique plus serrée, car une action qui se termine formellement à un effet déterminé est elle-même déterminée. Mais alors on demandait, avec quelque malice , d'où provenait cette détermination. De Dieu? L'homme alors cède infailliblement. De l'homme? Mais, puisque le concours divin est essentiel à la moindre mise en acte, comment la cause seconde peut-elle, sans concours, procéder à cette détermination du concours divin ^?
« De quelque manière qu'on entendit. le concours simultané, on rencontrait donc devant soi les objections d'une subtile métaphysique... C'était là \q point faible de la théorie des Jésuites, et leurs adversaires savaient où diriger les coups de leur dialectique.
« Les premiers pouvaient dire, il est vrai, pour dernière réponse , qu'après tout il valait mieux avouer les obscurités de la coopération divine que compromettre le dogme de la liberté humaine.
1. Suivant le P. Piccirelli, s. j. {de Deo, disp 3, n. 148- 153), il n'y a pas de dilTérpuce entre Suarez el Molina sur la détermination du concours divin aux opérations des causes libres, mais seulement des causes naturelles el nécessaires. D'après l'un et l'autre, le concours divin à nos actes libres est de luimême indéterminé, indifférent, général, quoad exercilium el quoad specificationem. La détermination provient de la cause seconde seule.
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Mais par la ils prêtaient aux thomistes roccasion d'une belle réplique. — Enfin, vous convenez, disaient ceux-ci, que dans les deux systèmes on aboutit il un mystère. Partant de la liberté humaine, vous ne pouvez expliquer d'une manière satisfaisante la coopération de Dieu » (ni sa prescience, ajouterai-je). « Pourquoi nous faire un reproche il nous qui partons du dogme de la coopération divine, car lii aussi il y a un dogme, si nous éprouvons quelque difliculté ii expliquer le jeu de la liberté humaine? Eh bien! mystère pour mystère, nous vous laissons la besogne de plaider pour les droits de l'homme, et nous mettons la piété de notre religion ii maintenir avant tout les droits de Dieu. »
Ainsi parle le R. P. de Régnon, et il ajoute aussitôt : « Cette difliculté de métaphysique contre le concours simultané est, ii mon avis, véritablement sérieuse et, puisque saint Thomas ne l'a pas signalée, j'en conclus qu'il ne comprenait pas l'opération divine dans les créatures comme les partisans du concours simultanée »
Tout ce raisonnement des molinistes contre la théorie de Suarez et de Molina paraît assez juste. Arrétons-nous-y un moment. En fait, quand Dieu opère actuellement avec une cause seconde, le concours divin nest pas indifférent et général, mais déterminé ii cet acte particulier 2. Sans nul