Il est ilélerminé quant ii Vespècc de l'acte et quant à
doute, cette détermination est quelque chose de parfait, comme l'acte par rapport à la puissance. Je ne veux pas dire que la détermination soit une entité réellement distincte du concours lui-même; ce serait une ridicule imagination. Mais on ne peut nier raisonnablement qu'il ne soit plus parfait, pour toute cause, d'agir en effet que de pouvoir agir, et, pour le concours divin, d'être déterminé ou en exercice qu'indifférent ou en puissance à plusieurs actes. Cela semble un peu subtil, mais ce n'en est pas moins vrai.
11 reste a chercher la cause de cette détermination du concours divin.
— C'est la cause seconde, dit Molina.
— Et comment concevoir, réplique-t-on, que la cause seconde perfectionne le concours de Dieu? C'est nier ouvertement la causalité première universelle du premier être.
— Le concours divin, dit Suarez, est déterminé de lui-même quand Dieu coopère à un acte particulier.
Vexercke de ractivité. Pour les ihomislcs, la motion divine est hien déterminée quant à l'espèce de l'acte par la cause seconde ; niais celle délerminalion n'est pas une sorte d'action de la cause seconde sur la molion de Dieu : c'est plutôt Dieu qui accommode lui-même sa molion à la nature et aux dispositions actuelles de la cause qui la reçoit. Celle détermination thomistique de la motion divine {)ar la créature n'ôle donc rien à la causalité de Dieu. La difficulté qui se lencontre dans la théorie nioliniste vient de ce que la cause créée détei'mine par sa coopération le concours divin à Vcxercice de l'activité, à la production effective de l'acte. (Cf. Goudin, de Prœmotione^ art. 1, in fine. Pkilosoph., vol. 4.)
LE CONCOURS SlMULTANl': ET LA CAUSE rr.EMIKI\E. 165
— Comment cola, demandent les thomistes? Serait-ce parcn que Dieu, ayant prévu par la science moyenne que la cause libre dans ces circonstances se déterminerait à cet acte, donne un concours déterminé à cet acte, suivant cette prévisio!!? Poussons plus avant la difficulté « véritablement sérieuse » . Dieu prévoit-il que la cause seconde se déterminerait à cet acte avec le concours ou sans le concours?
— Avec le concours, répond Suarez, puisqu'il est impossible que la cause seconde fasse rien toute seule.
— Fort bien, mais alors le concours avec lequel la cause seconde se déterminerait, est-il de luimême déterminé avant la détermination prévue de la cause seconde, ou non? — S'il est de luimême déterminé à tel acte, comment la cause seconde agit-elle avec liberté? comment Facte opi)osé est-il en sa puissance?
— Le concours est de lui-même indéterminé, ré[)ondent tous les Molinistes, car, avec ce même concours, la cause libre pourrait se déterminer à Facte opposé.
— Donc, concluent les thomistes, il faut toujours venir a dire que Dieu attend de la cause seconde la détermination de son propre concours, le perfectionnement de sa propre coopération. D'où il suit que, de quelque manière qu'on l'explique, c'est toujours la cause seconde qui détermine le concours divin h l'exercice, qui est la cause déterminante de l'opération, et qui, par le
164 THOMISME ET MOLIMSME.
fait, supplante la cause première. Dieu marche a la remorque des causes créées.
Voilà bien le « point faible » de la théorie de Molina. Les néomolinistes ont touché juste'.
Mais on peut serrer de plus près le concours simultané et mettre mieux en évidence la négation qu'il contient de la causalité première de Dieu.
Voici l'argumentation thomistique en bonne forme :
Toute perfection des causes secondes procède de Dieu comme de la cause première.
Or, c'est une perfection des causes secondes de produire elles-mêmes leurs actions, de passer à l'acte.
Donc, qu'une cause seconde passe à l'acte, c'est un effet de l'action de Dieu.
Mais, dans la théorie du concours simultané,
1. chose curieuse ! cette même critique que les néomolinistes font du concours simuilané de Molina, iMolina l'avait déjà faite de La prémolion indifférente que soutiennent encore certains néomolinistes. H y a des molinisles, en effet, qui disent que Dieu prémeut et prédétermine au premier acte, à l'acte indélibéré; mais ils veulent que celte prémolion soit inilifférente ad hoc vel ad illud, et que le libre arbitre seul se détermine et détermine la jviotion divine à produire tel ou tel acte libre en particulier. Molina fait la remarque-suivante : <i nia applicalio ad hoc potius pariiculare, quam ad aliud, quse a solo esset libero arbitrio, csset quid reale, et non ex motu et applicatione Dei per concursum genferalem, atque adeo aliquid, secundum aliquid reale sui, non esset a Deo per concursum universalem ». (Concord., qu. 14, art. 13, disp. 30. édit. Lethielleux, p. 177.)