LE CONCOURS SIMULTANÉ ET LA CAUSE PREMIÈRE
Dieu n'est pas cause de cette perfection des causes secondes qui consiste a passer a Pacte.
Par conséquent, la théorie du concours simultané soustrait quehiue chose a la causalité première de Dieu.
C'est un raisonnement simple et concluant.
Faut-il démontrer que Dieu, avec le concours simultané, ne « fait » pas passer a l'acte les causes secondes? que ce n'est pas un effet du concours de Dieu, si la cause seconde « produit son action » ? Mais les molinistes ne le nient point. C'est une suite immédiate et nécessaire de ripdifférence du concours divin. Dirr», en effet, que le concours de Dieu ne détermine pas les causes secondes a agir, qu'est-ce en réalité sinon déclarer ({ue Dieu ne fait pas passer à l'acte les causes secondes? Si le concours divin est de lui-môme « prêt a toute action », comment serait-il cause de la production d'une action déterminée plutôt (jue de l'autre? Les molinistes aiment a délinir la cause libre, la cause qui, étant munie de tout ce qui est requis pour agir, et principalement du concours divin, est eu puissance a agir et à n'agir pas. 11 est clair que ce qui laisse la cause libre en puissance quant à l'exercice de son activité ne la fait pas passer a l'acte. Quoi de plus évident ' ?
I. Los lliomisles diseiU : Dans le syslèmc inolinisle, que rhoinme veuille et agisse, cela vient du seul libre arbitre. K Ijicore un argument, dit le U. P. Baudier, s. j., auquel les bannésiens doivent renoncer. » Pourquoi cela, mou Révérend
166 THOMISME ET MOLIMSME.
Mais est-ce une perfection de « passer de soimême a l'acte » , de « produire son action » ?
Il est ridicule, d'après les Molinistes, dédire que « passer à l'acte » et, pour les causes libres, « se
Père? — Parce que « dniis l'acte bon, i! n'y a rien qc.i nevienne de la grâce, ni réalilé, ni ii:o<le, pas même le libre consentement^ qui d'ailleurs n'est que l'acle même, {suisque cVst la grâce qui donne à l'iîomnie le pouvoir (de consentir ou d'agir) jj. — Vous n'avez pas d'autre raison, mon Piévérend Père? Eh bien! je ne renonce pas du tout à mon aigument^ je l'appuie au contraire sur vos pi'opres paioles. Je dis que la grâce molinisie ne fait pas que riiomme veuille et agisse. Vous répliquez qu'elle fait que l'homuie puisse <igir. J'accorde ce que vous dites et je retiens ce que je dis : la grâce molinisie qui fait que l'homme puisse agir ne fait pas (|u'il i^euille et agisse en efiet. Où est la conlradiclioîi? Vous parlez du pouvoir, je parle de Vagir. Vous me concédez dune que, dans votre système, Dieu n'est pas cause première que l'homme veuille et agis€e avec la grâce et suivant la grâce qu'il a reçue. « La grâce, dites-vous, donne seulement à l'acte d'être bon surnaturellenjenl j en d'autres termes, elle fait que lliomme PUISSE produire librement un acte surnaturel. » C'est bien cela : que je puisse agir, cela vient de Dieu ; que j'agisse en effet, cela vient premièrement, uniquement, de moi-même. Vous citez Molina : « Que l'un se convertisse, dit-il, avec le secours par lequel un autre ne se convertit pas, ce n'est pas l'effet du seul libre aibitre, mais aussi de la giâce ; la grâce prévenante devient coopérante dans celui qui i:e convertit et point dans l'autre. Celui-ci ne se convertit pas par le fait de son libre arbitre ; celui-là se convertit par la grâce à laquelle il consent. » (Concord., qu. 14, art. 4 3, disp.40, à la iiiij. El qu'est-ce qui fait, je vous prie, que la grâce prévenante devient coopérante, que celui qui se convertit y consent? Voilà le point. Le libre arbitre ne fait rien sans concours ou sans grâce, d'accord; mais lequel des deux est cause première déterminante qu'un acte soit produit: le concours, ou le libre arbitre ?