De grâtia ClirisU, disp. 3, art
les créatures agissent par la vertu de Dieu, dont elles sont les instruments. Le langage traditionnel €t thomiste est habilement conservé; mais dans quel sens? Dieu meut le libre arbitre par la connaissance qu'il opère en nous avec nos facultés intellectuelles et par les désirs spontanés qu'il e.^cite dans la volonté. C'est tout, car on ne doit pas mettre en compte que Dieu donne et conserve l'être aux causes secondes. Tout se réduit donc à affirmer que Dieu « concourt physiquement » aux « antécédents physiologiques et psychologiques » de l'acte libre, aux « motifs » , comme dirait un déterministe''.
1. Réeeniment un nioliiiisle ajoutait, pour faire ressortir la causalité première de Dieii, que le concours divin précède la détermination de la cause seconde, puisque celle-ci le détermine, et que, évidemment, « determinatio prœsupponit id quod est determinabile. » On ne peut pas avouer plus naïvement que la cause seconde a sur Dieu la priorité de l'agent sur le patient, de l'acte sur la puissance, du parfait sur l'imparfait. Est-ce ainsi que l'esprit conçoit Dieu Cause Première? (P. Labousse, s. j.) Le P. Liberatore cite Suarez (Disp. metaph. disp. 22. sect. 3) : « Dislinguendo secundum rationem illam aclionem, ut est a causa prima vel ut est a causa secundâ, dici polest per prius et principalius esse a prima, quam a secundâ : et simili modo dicetsr causa prima prias naturâ influere in illam actionem, quam secundâ. -•" Quia causa prima allior est et nobiliori magisque independenli modo influit in effectum 2" Quia causa prima respicit per se primo aclionem illam sub quâdam universaliori ratione ; nam causa prima influit in quemlibet effectum vel actionem ex eo prœcisequod aliquid entitatis participât; causa auteni secundâ semper influit sub aliquâ posteriori magisque delerminalà ratione enlis. Unde fit 3° ut influxus causse primse
LE CONCOUP.S SIMULTANÉ ET LA CAUSE PUEMlÈi'.E. 17Ô
Il est clair que le moindre défaut de cette explication, c'est de ne pas même toucher la difficulté « véritablement sérieuse » . Il ne s'agit pas. en effet, de savoir comment Dieu influe sur nos actes par leurs antécédents physiques ou moraux, mais comment Dieu est cause première efiiciente de l'acte libre lui-même. Voilà le « [)oint faible » de II théorie moliniste. Si Dieu ne produit l'acte de la cause seconde que par un concours simultané (pii est de soi indifférent, Dieu n'est pas la cause [)remière de cet acte, il ne nient pas la créature a agir, il ne la « fait » pas « passer à Tacte » . Loin (jue la cause créée soit l'instrument de la vertu divine, il semble plutôt que l'influx divin soit soumis a la vertu créée, puisque, étant de soi indéterminé, il est déterminé à cet acte par l'influx de cette cause. Sans doute Dieu, j)ar son contours simultané, serait cause physique transcendante de l'opération, car c'est lui qui produirait l'être im-
rx se el iienere suo dicnlur etiam prior subsislemii consequentiâ, (juanï inler priorilalos iiatuni} Arisloleles posuil; nam inlluxus cans<*\) prima} absoliUo iioii peni'et a caiisA, secundâ^ spil (pianluin est ex suo génère î)olesl esse sine illâ, non vero e con verso. » — CeLi veut dire que, si l'on compare Dieu el la rréaUiie avec l'action ou l'effet produit, on trouve (jne la causalité de Dieu l'ompoile, à certains égards, sur la causalité de la créature, ce que je ne conteste nullement. Mais la causalité ce Dieu est-elle première à tous égards ? Voilk le ])oint. Or, il est manirosle (pie dans la théorie du concours simultané Dieu n'est pas réellement cause première de r»!/!/', du passage H l'acte, j)uisque l'inllux divin est de luimême indifférent à Vagir, et que c'est l'iHllux ])arliculier de la créature qui l'y détermine.
174 THOMISME ET MOLIMSME.
médiatement, mais il n'en serait pas la cause première, puisqu'il ne serait pas cause que la créature agît : « Causa esset operationis, non autem causa operandi. » Dans cette théorie, les antiques formules traditionnelles : « Deusfacit utfaciamus. — Deus est cau^a omnibus operantibus ut operentur », qui seules expriment bien la plénitude de la causalité divine, et qu'il serait téméraire d'abandonner, ces formules si précises sont amoindries, perdent leur force, paraissent outrer la vérité.
C'est donc à bon droit que le R. P. de Régnon, après avoir dit qu'« il faut renoncer à expliquer le comment de la science moyenne » , ajoute que « de quelque manière qu'on entende le concours simultané, on rencontre devant soi les objections d'une subtile métaphysique » , et que « cette difficulté de métaphysique est véritablement sérieuse ^ » .
Voilà pourquoi la théorie du concours simultané, qui établit l'accord entre l'opération divine et notre libre arbitre sur la négation de la causalité première de Dieu, est rejetée par les thomistes. La raison, qui pose ce grand problème, doit le résoudre et non le supprimer.
Quelques néomolinistes remplacent le concours simultané, qu'ils jugent contraire à saint Thomas-etcà la raison, par une certaine prémotion physique. Dieu, disent-ils, dans toute action, meut physiquement la cause seconde; mais cette motion est déterminée, spécifiée par la cause où elle est reçue :
\ . Bannez et Molina, p. 114, 171 , 172.
i.E cONCour.s simultam': kt la cause piU'M1Ki\e. I/o
ce n'est donc pas uue prédélerminalion En outre, dans la volonté, l'acte délii)éré on libre n'est pas une réulilé distincte de l'acte indélibéré ou spontané et nécessaire qui le pié.'èJe : le libre arbitre n'est fas une puissance aclivc. En consétjUt'iice, pas n'est besoin de nriettre dans la volonlé une pi'émolion physique [)articulièi'e pour la production de l'acte libre. — (^f. R. P. de llégnon, liannez et Molina; — II. P. IJaudicr, Reme des sciences ecclésiastiques, année 1887, page 553.
Voici en jieu de inots mon jugement sur ce nouveau système moliniste : 1" il paraît sauver la causalité première de Dieu, mais en niant la causalité, l'arlivilé ijhysifjue du libie arbitre. .Molina sujjpriine un l'es ler[nes du problème, les néomolinistes suppriment le terme opposé : ce n'est pas nue bolution. — 2" La négation de la réalité physique distincte do l'acU* délibéré ou libre est plus audacieuse que londée. La conscience, la raison, l'opinion commune des deux jiartis molinisle et tbornisle, affirment cetlv. réalité. « Electio et volunlas, id est ipsum vellc, sunt diversi actus, sed tamen pertinent ad unam potentiaui ; sicut etiam intelUyere elratiociaari. »{S. th.^ I. p., |. 83, art. 'i, ad 2.) Dire que le libro arbitre est seulement ia faculté iVncceptcr ou de ne pas accepter l'acle indélibéré, de consentir ou de dissenlir, c'est St^ payer de mots. Accepter, ne pas acceplei', est-ce rien ou quelque choseP « Quandocumque dicitur aliqua res picieeligi alleri, adjungilur ibi aliqua 0[)eratio eli-îcnlis. » (1, 2, (ju. 13, art. 4, ad 3.) — 3° Pour ce qui regarde la prérnotion physique, on confond l'indifférence de spécificaHun avec l'indifférence d'exercice. Les thomistes, avec saint Thomas, enseignent ijue la motion divine est déterminée spécifiquement et particularisée par la cause seconde («jui est mue (3 Cont. qent , cap. 65), car Dieu meut chaque agent selon sa nature j)ropreetses dispositions présentes. iMais ils disent en môme temps que la motion divine délennine la cause seconde à lexcrcice ou au passage à l'acte, car il est impossible de concevoir que Dieu mejive une cause à agir et que cette cause ne soit (tas mue et n'agisse pas en effet. (S. th., I, 2, qu. 10, art. 4, ad 3). — Du reste, cette nouvelle théorie est combattue par les molinistes eux-mêmes, u Nous félicitons vivement le P. Schiaflini, s. j., d'avoir réfut''' si solidement la prémotion déterminante des bannésiens et la prémotion indijférente.
oii quplqiiPs Ihéologiens récents croient Irouvei* un terrain de conciliation à nos yeux impossible. » (Éludes religieuses, janvier 1889). Le P. Piccirelli, s. j. (de Deo, disp. 3, n. 133) dit simplement : « Si vei-a loqui fas sit,auctores hos D. Tliomae mentern non acn teticisse, induhium videlur . »