‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 126 sur 144 · Bannez et Molina, p · texte numérisé non relu

Bannez et Molina, p

LE PROniJvME DE l> A l'HK DESTINATION. 180

ses œuvres, libre dans ses dons, impénétrable dans ses desseins, choisit entre tous les autres un de ces ordres pour le bien qu'il contient, et ce choix décrète de toute éternité le sort éternel de l'homme. Car si Tordre choisi correspond a une histoire qui aboutit ii la persévérance linale , rhomme est par là même prédestiné. Si Tordre choisi correspond a une histoire qui aboutit à Timpénitence finale, Thomme oM par là mnne réprouvé. Ce choix entre les ordres où Thomme peut être placé ne dépend nullement de l'homme, mais Thistoire qui y correspond dépend en partie du libre arbitre... Ne demandez pas a Molina pourquoi Dieu a choisi tel ordre plutôt que tel autre, ni pourquoi, j)ar ce choix, il a prédestiné saint Pierre et réprouvé Judas. Molina ne répond a celte question indiscrète que par Texclamation de TApôtre : O Altitudo^ ! »

1. Ikinnez cl Molina^ pp. 151-153. — On ne doit pas s'effrayer d'un mol. Réprouver ne signifie pas ici Vaclc de juslicc par leiiuel Dieu porle contre certains hommes une seiUence de condamnation aux peines éternelles. Un pareil anêi ne saurait être conçu en Dieu avant la prévision certaine des démérites futurs ou de la mort dans le péché. Il constitue la réprobation appelée positive. (Cf. lîilluarl, !)cn'probali(mi;,[\v[. 9. § 1.) — J'entends ici par réprobation le décret divin qui décide qu'il y aura des hommes avec une existence aboutissant par leur faute à la danniation. Par ce décret, Dieu veut et produit tout le bien qui se trouve dans la vie de ces hommes, mais il permet aussi qu'ils manquent leur lin dernière. Or, dit saint Thomas (I p., qu. ^23, art. 3) : « Velle permittere aliiiuos a fine \'\[x îeternio delicere, hoc dicHur rcproharc. » C'est ce (|ue les thomistes désignent sous le nom de rJproba-

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Ainsi donc , il « ne dépend nullement de l'homme » d'être élu à une existence de prédestiné ou à une existence de réprouvé, et cette libre élection, que Dieu fait selon son bon plaisir, « décrète de toute éternité le sort éternel de l'homme» , « prédestine » les uns et « réprouve » les autres.

Écoutons Molina. En cette grande question, il •faut entendre la parole du Maître. « Le point mystérieux , dit-il , l'insondable abîme du conseil divin, se trouve ici : Dieu connaissait une infinité de moyens avec lesquels les non-prédestinés seraient parvenus librement à la vie éternelle; il connaissait aussi une infinité de moyens avec lesquels les prédestinés se seraient librement perdus et eussent été réprouvés. Alors, sans aucun égard à cette prescience, uniquement selon son bon plaisir, Dieu a choisi pour les uns et pour les autres ces moyens déterminés avec lesquels il savait que les uns n'arriveraient pas à la vie éternelle et seraient réprouvés, tandis que les autres y parviendraient et seraient prédestinés ^ »

tion négative. (Cf. Billuart, ibid., § 3.) — H y ^^^ (les niolinisles qui préféreraient le mot de non-prédestination. « De vurbis non est dimicandum. » Le R. P. de Régnon n'hésite pas à appeler réprobation le choix que Dieu fait secundum beneplacitum d'ordres providentiels aboutissant à la perte éternelle, ou d'« histoires » de" réprouvés U se rapproche ainsi de la terminologie des thomistes.

1. « Punctum prœdeslinationis, abyssusque inscrutabilis divini judicii, in eo sunt posila, quod cum Deus infinitas alias providendi non prsedestinatis rationes noverit, quibus pro eâdem ipsorum liberlate in vitam devenissent œternam,

LE l'ROBLK.ME DE LA PUÉDESIINATION. 11)1

Est-ce assez clair? Le libre choix de Dieu qui « décrète de toute éternité le sort étemel de l'homme, » qui « prédestine » les uns et « réprouve » les autres, cette élection gratuite, cette séparation effroyable n'a d'aucune manière pour cause, motif ou condition, la prescience moyenne des actes futuribles des hommes. C'est le sentiment de Molina et des siens, non moins que celui des thomistes; c'est la vérité de la foi catholique et la décision du bon sens'.

fiiissenlque proindo iH-.Tdestinati ; ilomque infinitas alias noveril raliones providendi pr;i3deslinalis, quibus siiû liberlaie beatitudinein aniiUerenl, fuissenlque reprobi ; — pro suâ tanl'um lihcrâ voluntatc, cl non pw ijualitate usas liberiarbiiriiprœvisij ne ut conditionc qaidcm sine quâ non^ euni providendi inoduni ulriscjuc nlegeril, per qiieiii pnevidil, illos in vilain îElernam pro suà liberlate non perventuros, lios vero devenlnios esse, aUiue ideô illos fulums reprobos, bos vero prîedeslinalos exislere. » {Concord./\\\ qu. 23,arl. ï et 5. dis;). I, tn Mnb. 1 1 , édil. Lelbielhuix, p. 522). — « Neipie (pio I l)e;is hnnc polins elegeril in vilani ,'clern:un, quàin alinui,... alla dalur cuitsa, ratio nul conditio, etiam sine quâ non, ex parte usùs liberi arbilrii ipsoruni aut alioruin praivisi, ob quani illos pnudestinaveril, volueritque illis ea média per (pue prievidebat ptMvtMilnros ilUts in vilarn ;etornaiii, auteur poliiis h;ec ipsa voluerit eis, qnàin aliis; sed id loiuni in sohun liberani ac niis(3ricordeni Dei voluiitatein est référendum, qui pw solo suo bcncplacito id ilà vol ni t. » {Concord.^ t6irf., p. 515). — « Auguslinus tnerilô asseruil, pricdeslinalionem non fuisse secan diun prœscicntinm usùs liben arbiliii, (|uasi Deus dona graliaî cl priedesti nation is pro qualitate usCis liberi arbilrii pra}visâ slalueril conferre, sed fuisse pro solâ sud Itbcrà voluntatc : id quod 1). Thomas et communior scbolaslicorum senlenlia, algue nos cum illis amplexali sum us. » {Concord., ibid.j memb. 6, p. 46G. Cf. ibid., pp, 450-451.)

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