CHAPITRE TROISIEME
LA CAUSALITE DE LA PRESGIENXE.
1^' antériorité apparente de la prescience de Dieu sur l'exercice de notre libre arbitre ne fait point obstacle à la liberté de nos actes futurs. Mais la causalité de cette prescience et sa priorité, en tant que cause infailliblement efficace de toutes nos actions, que fait-elle de notre libre arbitre? C'est la seconde difficulté contre la prescience des futurs contingents.
Mettons d'abord cette difficulté dans tout son jour, (^n montrant la causalité de la science divine.
Le Docteur Angélique établit entre la science de Dieu et les créatures le rapport de cause à (^ftet. Voici les expressions qu'il emploie d'ordinaire : « La science de Dieu est aux choses créées comme la science de l'artiste à l'œuvre
60 DÉCTETS PRÉDÉTERMINANTS.
d'art » — « Sic scientia Dei se habet ad omnes res creatas, sicut scientia artificis se habet ad artefacta^ »
En effet, dit-il, dans toute connaissance il y a assimilation du sujet connaissant à l'objet connu. La vision, par exemple, se produit au moyen d'une apparence ou image, qui est comme une impression de l'objet dans l'organe de la vue. Un semblable phénomène se passe dans toute connaissance intellectuelle. Ces images ou idées, que les scholastiques appellent espèces sensibles ou intelligibles, assimilent, d'une certaine façon, le sujet à l'objet. C'est par elles que l'âme devient tout, « fit omnia, » selon le langage expressif d'Aristote.
Cela supposé, le Maître raisonne ainsi : « Quand deux ou plusieurs êtres se ressemblent, et partant constituent une certaine unité, ils doivent, sous ce rapport, se ramener à l'unité d'une seule cause, l'unité de Tefifet exigeant Tunité de son principe. » Il s'ensuit que, dans toute connaissance, il faut, ou que la science soit cause de l'objet, ou que l'objet soit cause de la science, ou que la science et l'objet soient deux effets d'une même cause. Pour nous, ce sont les objets qui causent la science ; c'est l'objet coloré qui produit la vision de la couleur. Mais les objets connus de Dieu ne peuvent ,pas être causes de la science divine,