Entre autres, le scoliste Frassen
LE PP.OlUvI-lME DE L\ P P. É DESTIN AT ION. 211
l'effroyable abîme flu bbre cboix que Dieu fait gratuitement des prédestinés et des réprouvés. Mais nous avons entendu Molina lui-même reconnaître îe mystère insondable de l'élection divine. «0 Altitudo ! » De ce côté, la doctrine des molinistes ne donne aucun avantage.
A-t-elle quelque appui dans les Écritures? Y liton que la prédestination à la gloire n'est pas un acte gratuit de la Bonté de Dieu? — Les thomistes •en conviennent, l'Kcriture enseigne ouvertement que le ciel est la récompense du mérite et la glorilication des élus une œuvre de la Justice divine ; de môme que l'enfer est le châtiment du pécheur impénitent et la sentence de damnation l'acte d'un juge irrité. Que s'ensuit-il? Uniquement que Dieu, quand il agit suivant l'ordre de la justice, rend à chacun selon ses œuvres et distribue récompenses et châtiments d'après la connaissance qu'il a des actions des hommes. Mais Tordre d'intention , lequel aboutit au décret créateur, n'est pas Tordre de la justice : c'est celui de la Bonté. Car Dieu crée, non par justice mais par bonté, et tout ce qu'il veut, qui l'amène à l'acte de création, appartient à Tordre intentionnel de la (inalité, qui a pour principe la Bonté inlinie. Il n'y a donc aucune contradiction à dire (jue Dieu veut donner la gloire comme récompense dans l'exécution, et que cette volonté, qui est de Tordre d'intention, est toute gratuite*. Du reste, je n'ai pas à défendre ici la
I . N'oici la formule très claire et très précise des lliomis-
212 THOMISME ET MOLIMSME.
doctrine des thomistes : il me suffit de montrer que les Écritures divines, qui nous apprennent que la gloire est la récompense des mérites, — ce qui ne peut se concevoir que dans l'ordre de la justice, — ne disent rien de contraire à la gratuité directe de la prédestination à la gloire enseignée par les thomistes , car ceux-ci entendent parler uniquement suivant l'ordre de l'intention ou de la cause finale, qui est l'ordre de la Bonté.
Dira-t-on que le principe thomiste conduit à admettre que Dieu veut punir avant de prévoir la faute, ce qui est horrible à penser et à peine croyable des tyrans les plus inhumains? On peut nier sans crainte cette conséquence abominable. La peine n'est pas la fm du péché, comme la gloire l'est des bonnes œuvres et du mérite. Ce n'est pas le châtiment des coupables qui fait qu'il est bon de permettre le péché. Punir est essentiellement œuvre de justice, et n'apparaît comme un bien que supposé le crime commis. Voilà pourquoi la conséquence horrible que l'on impute odieusement à ce principe des thomistes n'y est nullement contenue. De ce que Dieu veut la hn avant les moyens, il est faux de conclure que Dieu veut punir avant de vouloir permettre les fautes. Le supplice n'est pas la « fin » de la permission du péché K
les : « Deus non vult dare glonam gratis, — sed vult gratis dare gloriarn ut mercedem pro uieiilis. » Cf. Billuarf, de Deo, dis. 9, art. 4 et o, — Dieu ne veut pas donner la gloire à titre gratuit; mais la volonté qu'il a de la donner comme récompense est une volonté toute gratuite.