Licet culpa terminelur ad pœnam, sicut njeriturn ad
LE rUOBLÈME DE LA PRÉDESTINATION. 215
On le voit, le principe de la lliéorie moliniste sur la prédestination ;i la gloire n'a aucun fondement ni tlicologique ni rationnel.
Où donc est l'avantage de cette théorie? Seraitil en ce qu'elle fait voir clairement (ju'il dé{)end de l'homme que la grâce reçue soit efficace pour le salut, et qu'il est au pouvoir de l'homme de se sauver ou de se perdre? Certes, cet avantage serait grand s'il était réel ; mais nous savons que cette théorie suppose la science moyenne et le concours simultané. Or, il n'est pas d'opinion plus contraire ii notre libre arl)itre que la science moyenne; il n'en est pas qui amoindrisse la causalité divine autant que le fait le concours simultané. L'avantage de la prédestination post prœvisà mérita est donc tout en apparence; au fond, la difficulté reste tout entière, le problème n'est pas résolu.
.rai terminé la critique du Molinismc. Va\ résumé, la théorie de Molina peut se réduire ii deux négations et un malentendu : négation des décrets prédéterminants, négation de la prémotion physique, malentend a sur le problème de la prédestination. C'est un système d'opposition plutôt (ju'une doctrine. Mis en présence de la grande question de
pr.Tmiiim, laiiii'n iMilpi non inkiiâHuy propler pœnam, slcut merilnm propler prinniuiii. (I. p., qu. 48, art. 6, ail l.) — Cf. nilliiarU de Iko, dis. 9, art. 9. ^' 3.
214 THOMISME ET MOLIXISME.
l'accord de notre libre arbitre avec la Providence de Dieu, le Molinisme a imaginé une Prescience qu'il n'explique point et dont on ne peut assigner une raison sans contredire l'idée essentielle de la liberté; un concours qui amoindrit l'idée de la cause première et soustrait à son influence ce qu'il y a de meilleur dans l'activité créée. Dans le mystérieux problème de l'élection divine, il ne touche pas à la gratuité et aux motifs du libre choix de Dieu par rapport à la destinée éternelle des hommes ; il n'essaie même pas de concilier la non prédestination gratuite avec la Volonté salutaire générale qui est en Dieu ; enfin, sa prédestination post prœvisa mérita ne repose sur rien de solide. Voila pourquoi le Molinisme ne satisfait point la raison. Très habile a amasser des nuages sur les opinions thomistes, il se fait des adeptes par cette méthode ; il prend pied dans l'obscurité des problèmes et exploite les ténèbres contre les théories opposées : c'est là toute sa force. Pressé lui-même par une logique serrée, il se montre sans bases dans la métaphysique , instable et changeant dans ses théories, plus effrayé des. diflicultés que ferme sur les principes. Contredire le Thomisme, voilà son caractère. Aussi le Molinisme n'est pas un système où la raison se puisse fixer.