‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 135 sur 144 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

RKPJ.IQUE AU R. P. DE REGNON.

La Science catholique du 15 août et celle du 15 septembre 1889 contiennent une spirituelle réponse du \\. P. de Régnon, s. j., aux articles que j'ai publiés dans cette Revue contre le Molinisme. Il y a de l'esprit, beaucoup d'esprit.

Quels méfaits n'ai-je pas commis contre ce « pauvre Molina ! » J'ai tenté un « mouvement tournant » contre son livre de la Concorde; j'ai formulé dans ce but un « raisonnement sournois » ; j'ai « sopbistiqué l'histoire » de peur de paraître innover; je n'ai pas apprécié le « joj'au théologique » découvert par le P. Schneemann. Après l'avoir « mis en fourrière » , je me suis rendu coupable de « vivisection » sur ce « pauvre Molina» ; je l'ai mutilé, décapité; je lui ai mis une « fausse tète » ; je l'ai défiguré, désarticulé, disloqué; je l'ai jeté sans pieds ni tête devant « tout un amphithéâtre » pour démontrer « qu'il ne court pas mieux que les autres. » Horreur! Kn vérité, si l'esprit tenait lieu de logique chez les philoso-

216 THOMISMK ET MOLINISME.

phes et les théologiens, je serais bien mal en point. Qii'ai-je fait, mon Dieu ! pour mériter un pareil feu d'artifice?

Mais les traits d'esprit ne sont pas des raisons.

Je ne m'attarderai pas à ramasser fous les traits que me décoche le Révérend Père. Ce serait mêler des personnalités^u débat. Rien de plus fastidieux et ridicule. Restons sur le terrain impersonnel des faits et des doctriiies.

Le R. P. de Régnon a-l-il défendu le Molinisme pur contre mes arguments critiques? Voilà le point.

Deux petits mots avant d'ouvrir la discussion.

Je vois avec plaisir le R. P. de Régnon reconnaître de bonne grâce que Fra Paolo Sarpi a fabriqué sur les Dominicains de Trente une hisriette calomnieuse. Le Révérend Père fait son mea culpa d'avoir conté cette fausseté. Ce n'est pas le seul défaut qu'il y ait dans le livre du Révérend Père ; mais je n'ai pas pris à tâche de les relever tous.

Je n'accepte pas l'honneur que me fait le Révérend Père de me laisser aux prises avec Bellarmin et Duperron. J'ai opposé avec confiance à ces illustres Docteurs l'autorité de Bossuet, des Papes Paul V et Benoît XIII, et même celle de l'historien de Trente, le cardinal Pallavicin, pour ne rien dire de notre Dominique Soto. Le Révérend Père n'ayant pas même essayé d'ébranler ces autorités, le lecteur sait ce qui reste des assertions

RÉPLIQUE AU R. P. DK RÉ(JNO\. 217

de Diiperron et Bellarmin contre la prédétermination physique (pa<,^es 85-95).

Cela dit, venons au fait.

Dans son article du 15 août, le Hévérend Père me reproche vivement quatre choses : 1" de faire contre le Molinisme pur un raisonnement sournois ; 2' de prétendre que Soto est clairement et énergiquement thomiste ; 5" de ne pas traiter d'abord la question théologique préjudicielle. « si rhomme, sous rinlluence de la grâce efficace, est en tel état qu'il dépende de lui de consentir ou de disspntir ; » 4" enlin de supposer toujours, suivant la tactique séculaire des thomistes, que le Thomisme est l)ien la doctrine de saint Thomas.

Je vais essayer de me justifier en quelques mots.

I. — Pour ce qui est de mon silence sur la question théologique préjudicielle et sur le thomisme de saint Thomas, tous mes lecteurs savent bien que je me suis proposé principalement dans les articles publiés jusqu'ici de faire la critique du Molinisme. (^est tout ce (juc j'avais promis, et je pense avoir l'cmpli ma promesse. Au lieu de récriminer contre le plan que j'ai suivi, ne serait-il pas plus il propos de résoudre mes arguments contre la science moyenne et le concours simultané? Nous verrons plus tard si saint Thomas est vraiment thomiste, et comment les thomistes entendent que, sous l'inlluence de la grâce el'ticace, il dépend de l'homme de consentir et de dissentir.

218" THOiMISME ET MOLINISME.

Pour le moment ce n'est pas la question. Il s'agit ici du Molinisme et de la critique que j'en ai faite au point de vue tbomistique et rationnel. C'est làdessus qu'il faut répondre. Le R. P. de Régnon qui juge « qu'il faut renoncer à expliquer le comment de la- science moyenne, » et que le concours simultané n'est pas de saint Thomas et ne résiste pas aux objections d'une subtile métaphysique, voudra-t-il faire la réponse désirée?

IL — Ma sournoiserie contre le Molinisme pur consiste, paraît-il, en ce que je distingue entre le livre de Molina et la théorie du pur Molinisme. Je déclare que le livre n'a pas été condamné, mais je fais entendre que la théorie n'est pas sortie indemne des Congrégations de Auxiliis. « La patience échappe, s'écrie le R. P. de Régnon, en face de cette placidité avec laquelle les bannésiens répètent toujours les mêmes insinuations sans tenir compte des faits. »

Je croyais avoir tenu grand compte des faits. Voyons un peu. Je résume mon argumentation.

Le P. Aquaviva, général de la Compagnie de Jésus, déclare dans un décret que ce n'est pas le Molinisme pur qui a été exposé et défendu par les Jésuites dans les Congrégations de Auxiliis, mais bien le Congruisme. Le R. P. de Régnon avoue le fait expressément, et tance même les molinistes qui ne veulent pas l'admettre.

Je demande au Révérend Père pourquoi les défenseurs de Molina n'ont pas défendu dans les Congrégations les théories de leur confrère. Ne

Page 1