RÉPLIQUE AU 11. 1'. DE RÉGNON
serait-ce pas parce qu'ils les ont jugées indéfendables ? Je le demande a tous les Congruistes qui ont suivi Suarez et Bellarmin dans leur évolution (page 81. note 2.) Je le demande au R. P. de Régnon , néomolinîste , qui juge le comment de la science moyenne inexpiicahle et le concours simultané antithomiste et irrationnel. — « C'est, dit le Révérend Père, pour avoir enlin la paix avec les disciples de Bannez. » — Je joins avec plaisir ce noiweaa motif à ceux qu'invoquent d'autres molinistes : par exemple, la panique jetée dans le camp des molinistes purs (page ô1, note 5), une prudence administrative (page 51). I/amour de la paix, c'est une bonne chose sans doute; mais le Révérend Pèrec'"sîime-t-il (ju'on puisse faire une paix solide hors de la vérité? — Je le demande encore : l'abandon que les Jésuites ont fait du Molinisme pur dans les. fameuses Congrégations n'autorise-t-il pas à dire que ce système n'est pas sorti de ces Congrégations tout a fait indemne ?
— Mais, dit le Révérend Père, la note manuscrite de Paul V?
— Kh bien, celte note manuscrite, quelle réponse nous apporte-t-elle, je vous prie, à la question soulevée par le décret d'Aquaviva et l'abandon du pur Molinisme dans les congrégations de Auxiliis? V lit-on que le pur Molinisme n'ait pas été rejeté par les congruistes en ce qui regarde la prédestination à la grâce eflicace et ii la gloire, comme il l'est aujourd'hui par quehiues néomollnistes sur les points de la science moyenne et
da concours simultané? — Y avez-vous vu que les Jésuites aient exposé et défendu le Molinisme pur dans les Congrégations? Non, n'est-ce pas? La note manuscrite de Paul V ne contredit pas le décret du P. Aquaviva. Dès lors la question demeure : le Molinisme pur n'a-t-il pas été jugé insoutenable par les confrères mêmes de Molina?
J'accorde bien volontiers que le livre de Molina n'a pas été proscrit par le Saint-Siège. Mais la note de Paul V prouve qu'il en avait été question : « etsi eâ de reprimum cogilatum sit, » dit le cardinal Arrigone. Ne prouve-t-elle pas aussi qu'il y avait un projet de bulle pour condamner certaines propositions réprouvées par les deux partis? «-Bttllam edi posse, quâœrtœ quœdam,prop})siîiones, de quihus inter utrosgue constet, condemnentur . » Ainsi opine Bellarmin. Ne connaissez-vous pas, mon Révérend Père, certaines propositions condamnées à la fois par les thomistes et les congruistes ? — et d'autres rejetées en même temps par les thomistes et les néomolinistes? Je le sais, il n'y a pas eu de bulle. « Propositionem illam non placere, » dit le Pape. Mais il ajoute : « Ampliiis deliberari posse de prophd illâ quœstione propositionum. »
Sans doute, Paul V déclare catholique la doctrine des Jésuites. Mais quelle est cette doctrine? Est ce le Molinisme pur, que les Jésuites n'ont pas osé défendre dans les Congrégations? N'est-ce pas plutôt la seule doctrine qu'ils y aient exposée et défendue, à savoir, le Congruisme?
D'où je conclus, mon Révérend. Père, que, si
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le livre de Molina n'a pas été condamné, la théorie du pur Molinisme n'est pas sortie avec honneur des Congrégations de Auxiliis, et que la note manuscrite de Paul V ne met pas cette théorie sur le même pied que le Thomisme et le Congruisme.
N'y a-t-il dans ces inductions qu'un raisonnement sournois? Le R. P. de Hégnon, qui s'amuse a analyser mon « mouvement tournant » contre le pur Molinisme, ne ferait-il pas mieux de montrer par où le pur Molinisme (qu'il abandonne sur le comment de la science moyenne et le concours simultané, de même que les Congruistes le lâchent sur la prédestination ii la grâce efticace et à la gloire), échappe a ce mouvement tournant?
Tenez, mon Révérend Père, je cède moi aussi à « l'amour de la paix » . Je vous propose de souscrire ensemble aux conclusions d'un docteur qui n'avait pas coutume de traiter les questions sérieuses par des bons mots, plaisanteries et quolibets. Vous pèserez ses paroles, comme il l'a t'ait lui-même avant de les écrire ; vous remarquerez les nuances du style, elles sont très dignes de considération. A la vérité, cet illustre docteur était thomiste; mais il a nom Renoît XIV, et il parle en Pape dans le document dont je vous offre un extrait*.
« Tu scis in celeberrimis qusestionibus de praedestinatione et gratià, et de modo conciliandi
1. « Epistola apologelica pro Gard. Ilenrico Norisio ad Supremum Hispaniae Inquisiloreni, 31 julii 1748. »
humanam libertatem ciim omnipotentiâDei, multipliées esse in scholis opiniones. Thomistœ traducuntiir iiti destructores humanse libertatis, et uti sectatores nediim Jansenii, sed etiam Calvini ; sed quum ipsi ohjectis apprime satisfaciant, nec eoriim sententia faerit iinquam a Sede Apostolica reprobata, in ea Thomistae impune versantnr, nec fas €st ulli superiori ecclesiastico in prsesenti rerum statu eos a sua sententia removere. Augustiniani traducuntur tamquam sectatores Baii et Jansenii : reponunt ipsi se humanae liberlatis fautores esse, €t oppositlones pro virihus éliminant ; cumque eorum sententia usque adhuc a Sede Apostolica damnata non sit, nemo est qui non videat a nullo prsetendi posse, ut a sua sententia discedant. Sectatores Molinœ et Suaresii a suis adversariis proscribuntur perinde ac si essent semipelagiani : Romani Poutifices de hoc moliniano systemate usque ADHUC JUDiciuM NON TULERUNT, et idcirco in ejus tuitione prosequuntur et prosequi possunt. »
C'est entendu, n'est-ce pas, mon Révérend Père? Thomistes et molinistes sont libres devant la sainte Église de Dieu. Ni les molinistes ne sont semipélagiens, ni les thomistes ne suivent les traces de Calvin et de Jansénius, quoiqu'en aient dit Bellarmin et Duperron ou ceux qui les citent. Mais, retenez-le bien, vous qui affirmez que le Thomisme « se heurte à la sainteté et à la bonté de Dieu, aux dogmes de la liberté humaine et de l'imputabilité des mérites, peut-être même à un décret de foi, et qu'il ne se tire de ces difficultés
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((lie par des explications prolixes et confuses » , retenez-bien, je vous prie, (ju'au ju^^ement du Pape Henoît XIV, les thomistes « objectis Appp.imk satisfaciimt. » Pour moi, soyez-en sûr, je me souviendrai lidèlement que <( Romani Pontilices demolinia"0 systemate iisfjue adhac judiciuni non tiilerunt»; je n'oublierai pas les paroles de Paul V dans sa note manuscrite : « dicant Nos postea decreturos esse; » et me servant d'un vieil adage, je redirai avec notre brave Billuart : « Adhuc sub
JUDICE Lis KST. »
Passons au molinisme de Soto.
III. — Le W. P. de Régnon trouve les textes de Soto « clairement, énergi(]uement molinistes. » Voudrait-il bien nous expliquer par quelle étrange hallucination Molina a vu dans les textes de Soto une oj)inion contraire à la sienne? une [)rémotion tombant sur la cause et qui produit elïicacemenl l'agir? (Pages 95-98.)
Le Révérend Père déclare «admettre la distinction du sens composé et du sens divisé comme l'admet Soto. » Je suis heureux de constater ce progrès du néomolinisme sur le molinisme de Molina, car Molina disait, lui : Soto et Véga « conlugiunt ad sensum composiium etdivisum, vijqne iiilelliyas quid sibi velint, et (juo pacto eà ratione llb(Mtatem arbilrii tueantur. » (Page 1)(), note 1.) Je rélicite le U. W de Régnon d'avoir acquis Tintel ligence de la distinction thomistique, en même temps qu'il comprenaitquelecomme/if de la science
moyenne est inexplicable, et que le concours simultané ne peut se soutenir.
Une question, mon Révérend Père. Tous les molinistes ne disent-ils pas, comme le R. P. Baudier (page 101, note 1), que « liberum arbitrium, motum et excitatum a Deo, potest dissentire etiam in sensu composito? » Pourquoi donc Soto, s'il est moliniste, enseigne-t-il expressément que « liberum arbitrium potest dissentire tantum in sensu diviso ? »
Quant au « tune cessabit concursus Dei, » que le R. P. de Régnon semble croire antithomiste, nous verrons dans Texposition du Thomisme qu'il n'est rien de plus facile à entendre. Goudin, qui n'a jamais passé pour moliniste , parle comme Soto, et il suit en cela Jean de Saint-Thomas, autre fameux thomiste^ Si les molinistes voulaient entendre que sous la motion divine, et en raison môme de la priorité et de l'efticacité de cette motion, le libre arbitre jouit pleinement de son indépendance et du domaine de ses actes, que d'arguments en pure perte ils s'épargneraient contre la prédétermination physique ^î
Telle est ma réponse aux quatre reproches que m'adresse le R. P. de Régnon. Il nous reste à voir comment le Révérend Père défend le Molinisme pur des arguments que j'ai dirigés contre ce système.
4. Philosophia, de prœmotione, art. 7, ohj. 2, ex laesione liberlatis.