Concord., édit. LeUiielleux, page
258 THOMISME ET MOUNISME.
tuit. « Utique neque quoci Deiis hune potins ordinem elegerit quam alium. . . , neque proinde quod in Christo hos potius elegerit in vitam ^eternam qaam âlios, neque item quod per Christum ea média eis conferre slatuerit, per quae prsevidebat eos pro sua iibertate (aut aliorum, si essent parvuli) perventuros in vitam seternam, — ulla datiir causa, rai io aut condilio, eliamsine qua non, ex parte usus liberi arhitrii ipsorum aut aliorum prœvisi, ob quam i[\os prœdestinaverit , volueritve iilis ea média per quae praevidebat perventuros illos in vitam aeternam, aut cur potius Ii3ec ipsa voluerit eis quam aliis, — sed id totum in solam liberam ac miséricorde m voluntatem Dei est référendum , qui pro solo siio beneplacito id ita voluit^. » (Page 190, note.)
La réponse est claire. Eh bien, cet acte de la volonté divine, ce choix (elegerit), ce décret (statuer it), ne peut-on pas l'appeler « prédestination » ou « réprobation, » selon qu'il décrète de donner des grâces que Dieu sait devoir être efilcaces, ou des grâces que Dieu sait devoir rester inefficaces ? selon qu'il décrète un ordre providentiel aboutissant au salut, ou un ordre providentiel aboutissant à la perte éternelle?
Molina lui-même, dans la demande et dans la réponse, paraît employer dans ce sens le mot prœdestinare aux endroits que nous avons soulignés : cur a Deo prœdestinatus sit — ob quam illos prœdestinaverit. Quant au R. P. de Régnon : « Par
'I. Concord., édit. Lelhielleux, page 315. .
l'.Kl'I.lQUE AU H. r. DE l'.I^GNO.S. 2Ô*.)
ce choix, (lit-il (qui dccrèle de toute e^ternité le sort éternel de riiomme. et qui ne dépend nullement de l'iiomnae), Dieu a prédestiné saint Pierre et réprouvé Judas. » On peut donc appeler prédestination ou réprobation le décret librement choisi et porté par Dieu , qui iixe le sort éternel de riiomme'.
Ai-je pris tellement à contresens les mots prédestiner et réprouver que j'aie faussé la solution moliniste dans la question spéciale du libre choix de Dieu concernant les « ordres providentiels » , les « histoires » de prédestination et de réprobation? Ai-je fait endurer h ce « pauvre Molina « une « désarticulation » si cruelle? l'ai-je si atrocement vivisecté"^
III — « Maintenant que tout est remis en place, j'arrive à la question spéciale. » Ainsi s'ex-' prime le R. P. de Régnon. J'adopte pleinement cette formule.
Le Révérend Père pose ainsi la question spéciale : «Pourquoi Dieu a-t-il choisi de donner à Judas une grâce dont il prévoyait l'abus, plutôt que de lui donner une grâce dont il prévoyait le bon usage? »
Puis le Révérend Père ajoute gravement : « Je réponds aux solennelles sommations du 11. P. Gay-
1. (jioudin s'exprime ainsi • « Praîdeslinatio est dccretum quo Deus stuluil hune hominem pr;e alio in viis ad saluteni cerlo ducenlibus collocare. » 1:1 Billuarl dit que la réprobation consiste « in actii posilivo quo Deus mit pcrmiUere aliquos cul{)a sua delicere a gloria. »
240 THOMISME ET MOLIMSME.
raud et, au lieu d'une réponse qu'il demande, je lui en donne trois. — Première réponse : Je n'en sais rien! — Deuxième réponse : Il n'y a pas de réponse à faire J — Troisième réponse : Par pure bonté ! »
Merci, mon Révérend Père, vous êtes bien bon de donner « trois réponses courtes et claires » a une de mes « solennelles sommations » . Que n'avez-vous répondu pareillement à celle-ci : Pourquoi Dieu a-t il choisi de placer Judas dans un ordre providentiel aboutissant à la perte éternelle plutôt que de le placer dans un ordre providentiel aboutissant au salut? — Est-ce que vous « n'en savez rien »? — Kst-ce qu' « il n'5^. a pas de réponse à faire» ? — Est-ce « par pure bonté» ?
Pour moi, tbomiste, je n'ai qu'une réponse à votre question spéciale, « qui a trait à la prédestinatioM gratuite à la grâce » , mais elle est de saint Thomas : « Non est ratio inquirenda quare hos convertat (Deus), et non illos ; hoc enim ex simplici ejus voluntate dependet ^ » .
Et pour la question spéciale que j'y ajoute, et qui a trait à la prédestination totale, jo n'ai non plus qw'une réponse à faire ; mais elle est aussi de saint Thomas : « Quare hos (Deus) elegit in gloriam, et illos reprobavit, non habe.t rationem nisi divinam voluntatem^. »
Voilà le motif thomistique de la prédestination
\. 3 Conl. gent., cap. 161.