S. th., 1 p., qu. 23, art. 5, ad
RÉPLIQUE AU W. V. DE UÉGNON. 2il
et do la réprobation des uns pluiôt que des autres, de Pierre et de Judas.
Avez-vous remarqué, mon Révérend Père, ([ue la question des nwtlf.i de la réprobation négative coïncide avec celle de la condition de la volonté salvilique? — Voyez plutôt. Pour quelle raison Dieu ne choisit-il pas pour Judas un ordre providentiel de prédestination? Quelle esi la condilion de la volonté salvilique par rapport au libre choix de Dieu concernant Tordre providentiel où Judas a été placé? La même réponse sufiit évidemment aux deux questions. Le motif pour lequel Dieu ne c/ioisit pas un ordre i)rovidentiel aboutissant au salut est aussi la raison pour laquelle la volonté salviUque n'est pas absolument et'Ucace : c'est la condition de la volonté antécédente.
Or, vous avez dit : « Deus vult saloare Jadam, si vdii Judas » .
Vous dites maintenant : C'est « par pure bonté » que Dieu choisit de, donner a Judas une grâce ineflicace, que Dieu choisit de placer Judas dans un ordre providentiel aboutissant a Timpénitence finale et à^l'éternelle damnation.
Est-coque la « pure bonté » de Dieu ferait obstacle a la volonté salvilique? Diriez-vous : Deus vult salvare Judaui, nisi obstet divina bonitaa !:^
Je serais curieux de vous entendre accorder ces deux conditionnelles : Deus vult salvare Judam si celii Judas. — Deus vult salvare Judam, nisi obstet divina boni tas.
Expliquez-nous donc, je vous prie, en (|uoi la
IG
242 THOMISME ET MOLIMSME.
Bonté divine fait obstacle au choix d'un ordre providentiel aboutissant au salât, — au choix d'une grâce efficace de conversion.
Que j'aime mieux mon humble réponse thomiste î « Non est ratio inquirenda quare hos convertat (Deus), et non illos; hoc enim ex simplici ejus voluntate dependet. — Quare hos (Deus) elegit in gloriam, et illos reprobavit, non habet rationem nisi divinam voluntatem » . — Oui, mon Révérend Père, « notre ambition se borne là et notre théologie ne prétend pas deviner des mystères dont Dieu ne nous a pas parlé » .
Laissez-moi regretter, mon Révérend Père, que vous n'ayez répondu qu'à une de mes « 'solennelles sommations ». Nous, thomistes, nous essayons bien modestement, avec saint Thomas, de trouver dans l'Intinie Perfection de Dieu les raisons pour lesquelles il y a des prédestinés éteins réprouvés. « Ex bonitate divinà ratio sumi potest prsedestinationis aUquorum et reprobationis ailquorum K
Voilà pourquoi j'ai posé ces trois questions spéciales :
1° N'est-ce pas gratuitement que Dieu a fait choix d'un monde où il y a des prédestinés et des réprouvés?
2^ Dans quelle intention, pour quel motif, Dieu a-t-il choisi cet ordre de choses?
1. s. th., 1 p., qii, 23, art. 5, ad 3. — Cf. 3 Cont. gent., cap. ^61. • .
RÉPLIQUE AU U. 1». dp: UÉGNOX. V^ô
3^ En(in, comment accorder ce libre clioix de Dieu avec sa Bonté inlinie et sa volonté salutaire universelle?
J'attends encore, mon Révérend Père, que vous fassiez « trois réponses courtes et claires » a ces « solennelles sommations. »
Le H. V. de Régnon a écrit avec une noble assurance : « Je ne crains pas trop, pour mon modeste Molina, qu'on lasse descendre dans l'arène saint Thomas, car j'ai lieu de penser que le géant tendra la main au pygmée^ »
En toute franchise, je voudrais voir celte poignée de main.
De quelle entente serait-elle le gage? Saint Thomas fournirait-il ii Molina le comment de la science moyenne, ({ue les néomolinistes renoncent a expliquer? Molina sacrilierait-il son concours simultané , (lue les néomolinistes proclament antithomiste, et pour lequel ils redoutent les objections delà [)ure et subtile métaphysique? Saint Thomas jetterait-il un voile sur la gratuité et les u/odfs de la prédestination et de la réprobation? ou bien Molina consentirait-il a s'expli(iuer là-dessus thomistiiiuement par des réponses courtes et claires?
Quoi qu'il en soit, en attendant cette rencontre du géant et du pggmée, je maintiens, malgré les spirituelles réponses du R. \\ de Régnon, que
'1. Science catholique du 15 aoùl 1889, p. 545.
Dominique Soto est « clairement, énergiquement thomiste » , — que le Molinisme pur a subi un grave échec dans les congrégations de Auxiliis, — et que ses théories sont inutiles pour résoudre les trois questions spéciales du problème de réleclion divine relative aux « histoires » de prédestinés et de réprouvés.