S. th., 1 p., qn. 19, art
(le faire obstacle à l'exercice du libre arbitre, en est, au contraire, la source première et la dernière raison. Si nous agissons librement, c'est sans doute parce que notre volonté est libre, mais c'est, premièrement, parce que Dieu le veut. Le libre arbitre des créatures n'a rien à craindre de l'irrésistible efficace de la volonté de Dieu ; car cette irrrésistible efficace est précisément la raison fondamentale de la pleine et parfaite liberté de nos actes ^
« La cause de tout ce qui est, dit Bossuet, c'est la volonté de Dieu, et nous ne concevons rien en lui par où il fasse tout ce qui lui plaît, si ce n'est que sa volonté est d'elle-même très efficace. Cette efficace est si grande, que non seulement les choses sont absolument, dès là que Dieu veut qu'elles soient, mais encore qu'elles sont telles, dès que Dieu veut qu'elles soient telles; et qu'elles ont une telle suite et un tel ordre, dès que Dieu veut qu'elles rai(int... Comme donc un homme est, dès là ([ue Dieu veut (fu'il soit ; il est libre, dès là que Dieu veut qu'il soit libre; et il agit librement, dès là que Dieu veut ({u'il agisse librement; et il fnit librement telle ou telle chose, dès là que Dieu le veut ainsi... C'est que la cause pre-
1. s. th., iul •>. — Ibid., 1 1)., ([u. Il, art. 4. — Volunliis (livina est ugens fortissimurn. Undc oportet ejus oirectum oi omnibus modis assiinilari, ut non solùni fiai id quod Deus vult fieri,... sed ut liât eo modo ([uo Deus vult illud lieri. (23 de Veritate, art. 5.)
68 DÉCRETS PRÉDÉTERMINANTS.
mière et universelle, d'elle-même et par sa propre efficace, s'accorde avec son effet, parce qu'elle y met tout ce qui y est, et qu'elle met par conséquent dans les actions humaines, non seulement leur être tel qu'elles l'ont , mais encore leur liberté même ^ »
Telle est la profonde doctrine de saint Thomas sur la causalité de Dieu et la force des décrets divins.
Il s'ensuit que les arguments dialectiques que l'on voudrait en tirer contre notre libre arbitre ne concluent à rien.
Si l'on dit, par exemple : ce que Dieu veut doit nécessairement arriver; on répond que cette nécessité est conditionnelle, et de la conséquence logique seule, mais point du tout absolue, et du conséquent. Supposé que Dieu veuille qu'une chose soit, la raison en déduit, avec une rigoureuse logique, que cette chose sera : nécessité de la conséquence; mais elle ne peut en déduire que cette chose arrivera comme un effet nécessaire en soi, ce qui serait la nécessité du conséquent, puisque l'irrésistible efficace de Dieu ne nuit aucunement à la contingence des causes prochaines et" de leurs effets. Tout au contraire, de ce que Dieu .veut qu'une chose soit, la raison doit conclure, avec la même rigueur logique, et que cette chose