Traité du libre arbitre, chap
sera en effet, et qu'elle sera contingente, si Dieu veut qu'elle le soit. La théorie thomiste mène la raison jusque-là *.
Et si quelqu'un avançait cette proposition : si Dieu veut qu'un homme agisse, cet homme ne peut pas ne pas agir; on répondrait, selon saint Thomas, que la proposition est vraie au sens composé, et fausse au sens divisé. La causalité divine est si efficace, que le contraire de ce que Dieu a décrété n'arrive jamais ; mais aussi, parce que cette causalité est très efficace, elle n'ôte pas à la cause seconde contingente et lihre la puissance du contraire : « ordo ille non compatitur secum istum eventum, quamvis compatiatur secum istam potentiam^. > Si donc l'homme agit quand Dieu le veut, ce n'est pas ([u'il n'ait on réalité le pouvoir de ne pas agir, mais c'est uniquement à cause de l'infaillible (^ffîcac(^ de la cause première.
Qu(U(j[u\in dira-t-il que le décret divin a la priorité de cause sur le libre arbitre, et que, par suite, l'acte du libre arbitre est déterminé en Dieu avant que le libre arl)itro n'agisse?
Gela est vrai; mais il faut remarquer aussi que Dieu ne détermine^ aucun e^bt (|ue mo^^en-
1. .s. (h., 1 p., ([II. Il), art. s, ud L — Cont. Gent., lib. 1, cap. ^^).
2. Quaist. (3, de Veritale, art. 3, ad 7 et 8. — C)f. qu. 23, art. ô, ad 3.
70 DÉCRETS PRÉDÉTERMINANTS.
liant les causes prochaines et selon leur nature. D'où l'on voit que la prédétermination divine n'atteint l'effet que par la cause, et que l'effet n'est pas déterminé en Dieu indépendamment de celle-ci. C'est mal comprendre la causalité de Dieu que de s'imaginer que les effets sont en lui, et qu'il les décrète, pour ainsi dire, sans regarder aux causes secondes. A parler avec une précision un peu subtile, mais qui exprime bien la vérité, Dieu ne décrète pas l'acte ou l'effet, il veut plutôt que telle cause agisse et le produise. D'où l'on peut voir qu'il ne faut pas imaginer en Dieu une détermination de l'effet avant que la cause seconde ne soit déterminée à agir.
Cette remarque faite, écoutons saint Thomas répondre à l'objection :
Les conséquents, dit-il, ne sont déterminés dans leurs antécédents que suivant l'efficacité de ces antécédents. Voilà pourquoi les effets de la volonté divine n'ont d'autre nécessité que celle que Dieu veut qu'ils aient, ou la nécessité absolue, si les causes prochaines agissent par nécessité de nature, ou la nécessité conditionnelle et de conséquence seulement, si les causes secondes sont contingentes ^
La prédétermination du décret divin ne nous enlève donc pas notre libre arbitre. Au contraire, son efficacité en est le premier principe.