Cont. gent., lib. 1, cap
objets; « scientia Doi est prier quàrn res naturajes et raensura earum », comme nous l'avons dit en montrant la causalité de la divine prescience. On ne saurait concevoir en lui une espèce produite par l'impression d'un objet quelconque, rien ne pouvant agir sur Dieu d'aucune manière. L'essence divine est donc la seule espèce intelligible de toute la connaissance de Dieu^
Il s'en suit (jue l'on doit chercher en Dieu seul la raison pour laquelle l'essence divine représente l'objectivité des choses connues de Dieu 2.
Cette conséquence est très importante et doit être pesée avec soin. Si Dieu puisait sa science dans les objets, ainsi (jue nous faisons nousmêmes, c'est dans ces objets qu'il faudrait chercher la raison de leurs espèces dans l'intellect divin. Le dernier pourquoi de ma vision.
1. Co7it. Ge7iL, lib. 1, cap. 4(5. — »S. th., 1 p., qu. li, art. 5, ad 2.
2. Si je ne me trompe, c'est ici le point central des controverses entre thomistes et molinistes : comment l'essence divine contient-elle nos actes libres? quelle est la raison propter qu'ici de rintelligihilité de ces actes dans l'essence divine? — Les néomolinistes avouent (jne, pour eux, c'est 1' « inexplicable mystère. » Les thomistes pensent que \q propter qiiid cherché se trouve dans la causalité : l'essence divine contient nos actes libres, parce qu'elle en est la cause première; le mystère inelfable, c'est la manière dont la cause première contient et produit ses ell'ets.
82 J)ÉCRETS PRÉDÉTERMINANTS.
par exemple, c'est l'impression de l'objet coloré sur l'oeil et le cerveau. Mais Dieu tire sa science de lui-même, et loin que Tobjet soit en lui la raison de l'espèce, c'est l'espèce qui est la raison de la réalité de Tobjet. Par conséquent, c'est dans l'essence divine seule que l'on doit trouver la raison des espèces qu'elle contient.
Je vois une statue. La cause de ma vision c'est, en dernière analyse, la statue elle-même, qui nécessairement préexiste à ma vision. Mais cette statue, avant d'exister, a eu dans l'esprit de l'artiste une idée exemplaire, que l'artiste avait conçue indépendamment de la statue, et qui même est cause que la statue existe. Où chercherons-nous la raison, la cause de cette idée exemplaire? Non pas dans la statue, évidemment, mais dans l'esprit, dans le génie de l'artiste.
Ainsi de la science de Dieu, qui se rapporte à ses objets comme l'idéal de l'artiste à l'œuvre d'art. C'est dans l'essence divine seule qu'il faut en découvrir et en montrer la raison totale.
Or, s'il est une doctrine clairement enseignée par saint Thomas, c'est, sans nul doute, que l'essence divine est esiDèce intelligible, précisément en tant qu'elle est cause. La causalité de Dieu, telle est la raison propre et formelle, la mesure exacte, de sa science des créatures.
^Bossiiet exprime ainsi cette vérité : « Le rapport de cause i\ effet étant le fondement essentiel de toute la communication qu'on peut concevoir entre Dieu et la créature, tout ce qu'on supposera que Dieu ne fait pas demeurera éternellement sans aucune correspondance avec lui et n'en sera connu en aucune sorte ^ »
Mettons en pleine lumière la pensée de saint Thomas.
En quelque endroit de ses ouvrai^es que rAngéli({ue Docteur traite de la prescience divine, partout et toujours on trouve le môme raisonnement. « La parfaite connaissance de la cause, y est-il dit, ne se conçoit pas sans la connaissance des effets. Or Dieu, cause première de toutes choses, a de lui-même une connaissance très parfaite. Donc il sait tout ce (jue contient son infinie causalité. » Telle est la preuve thomiste de la science que Dieu a des objets autres que lui-même-.
D'où l'on voit que l'essence divine est Ves-
1. Traité du libre arbitre, chap. 3. « Ciim Deus cognoscit ros })or essentiam suaiii qua^ est causa reriim, codent inodo roj^noscit ros, ([iio modo esse rébus tradidit : uudé si alitfuid est iu rébus uon cognitum ab ipso, oportet (juod circà iUud vacet divina operatio, id est. quod non sit opcralum ab ipso. » (1 Sent. dist. oO. (ju. 1, art. L)
2. S. th., 1 p., qu. 14, art. 5. — Cont. Gent., Ub. 1, cap. 'ii>. — Qu. 2 de Verilate, art. 4.
84 DÉCRETS PRÉDÉÏER^IINANTS.
pèce intelligible de toutes choses, en tant qu'elle est cause de toutes choses : « essentia divina est universale médium quasi universalis causai » La raison formelle de l'intelligibilité des êtres dans l'essence divine, c'est sa causalité.
Parcourez tous les endroits où le saint Docteur traite de la science de Dieu, dans toutes les questions vous le verrez faire appel à la causalité divine. S'il veut montrer que Dieu a une connaissance distincte et précise de chaque chose : il faut supposer, dit-il, que Dieu est cause de tout être ; « Deum esse causam omnis entis, supponatur^. » Se propose-t-il de prouver que Dieu connaît, non seulement les genres et les espèces, mais encore les individus en particulier, et tout le détail des événements et des phénomènes de la nature? c'est toujours sur la causalité de Dieu qu'il appuie ses démonstrations 3. Enfin, selon saint Thomas, la mesure de la science de Dieu c'est sa causalité même : « Omnia Deus cognoscit, suam essentiam cognoscendo, ad quse sua causalitas extenditur ^. » Par conséquent, quel que soit l'être connu de Dieu (l'imperfection et le