Ihid., hb. 1, cap. Q'S
mal ne sont pas des êtres), Ja raison propre de la connaissance divine de cet être, c'est que Dieu en est Fauteur.
Il s'ensuit évidemment que Dieu connaît nos actes libres, précisément parce qu'il les cause. Ce sont les paroles mêmes de l'Angélique Maître : « Dieu, dit-il, connaît nos pensées et nos volontés dans sa causalité, parce qu'il est l'universel principe de l'être. En efiet, par la science qu'il a de sa propre essence, il connaît les autres choses, de même qu'en connaissant la cause on connaît les efléts. Dieu donc connaît, en voyant son essence, tout ce qu'embrasse sa causalité. Mais la causalité de Dieu s'étend aux actes de l'intelligence et de la volonté... Dieu connaît donc nos pensées et nos volontés ^ »
Quoi de plus clair que cet enseignement? Dieu est cause de nos actes libres, et c'est pourquoi il les connaît.
Mais .une difficulté se présente d'elle-même : comment la causalité divine se concilie-t-elle avec l'indépendance de notre volonté?
Saint Thomas a prévu l'objection. Il y répond en ces termes : La volonté est maîtresse de ses actes, il est en sa puissance de vouloir et de ne vouloir pas. Cette indépendance est in-
1. Coyil. dent., lil). 1. cap. 68. — Cf. 5. lit., qu. 57, arl. 'i. — I(j de Malo, art. 8.
86 DÉCRETS PRÉDÉTERMINANTS.
compatible avec la détermination de la faculté ad unum^ ou la violence d'un agent extérieur; mais elle se conçoit fort bien sous l'influence de la cause première, de qui la volonté reçoit Têtre et l'opération. C'est pourquoi rien n'empêche de reconnaître que Dieu, Cause Première, est vraiment cause de nos volontés, et par suite les connaît en se connaissant luimême ^
Telle est la véritable doctrine thomiste sur le « médium » de la prescience de Dieu. L'essence divine est l'espèce intelligible unique de toute la connaissance que Dieu possède des êtres autres que lui-même ; et sa force représentative se mesure exactement à sa causalité 2. « In tantùm se extendit scientia Dei , in quantum se extendit ejus causalitas^. »• L'étendue de la science divine est l'étendue même de sa causalité.
Yeut-on pénétrer la raison profonde de cette doctrine? C'est que toute connaissance exacte est un rapport, une égalité, entre le sujet connaissant et l'objet connu : adœquatio rei et intellectûs. Eh bien, quelle perfection pouvons-