‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 24 sur 144 · S. th., 1 p., qu. 14, art · texte numérisé non relu

S. th., 1 p., qu. 14, art

nous concevoir clans le Premier Être, qui soit le fondement d'un pareil rapport entre lui et les objets de sa prescience? Aucune autre, sinon qu'il est en acte relativement à ces objets; car être en acte, c'est avoir une chose avec perfection. La prescience divine est donc fondée sur ce que Dieu est en acte tout ce qu'il connaît. Mais être en acte, c'est précisément être cause : agens agit, in quantitm est actu. Voilà pourquoi la causalité divine est la raison formelle et la mesure de la prescience de Dieu.

Que s'ensuit-il, sinon que les décrets prédéterminants, qui constituent la causalité effective de l'essence et des idées divines, forment aussi le « médium » où Dieu connaît tous les êtres, où il les voit de ce regard éternel qui embrasse tous les temps.

Dieu connaît en tant qu'il est cause.

Or, il est cause par ses décrets.

Donc, sa science suppose ses décrets.

La théorie thomiste de la prescience divine est tout entière dans cet argument.

Essayons de concevoir en Dieu la formation de la prescience des créatures, et la part de la volonté dans cette mystérieuse vision.

La perfection de l'Être divin est inépuisable; aucune réalité ne reproduira jamais cet idéal.

88 DÉCRETS PRÉDÉTERMINANTS.

Avant toute hypothèse, dans le pur absolu de son essence, Dieu voit clairement l'infini de sa perfection, et , dans cet océan sans rivages, l'infinité des êtres et des mondes , chétives gouttes d'eau, qu'il peut répandre hors de son sein. Parmi ces mondes possibles se trouve cet univers. Dieu le contemple jusque dans ses moindres détails ; il en connaît les soleils et les brins d'herbe; pas un atome n'échappe à son regard. L'évolution des cieux, les lentes transformations de la terre et toute l'histoire des hommes se déroulent devant lui ; le plus petit phénomène, la moindre de nos actions , apparaissent à sa vue. Telle est la science de Dieu, dès avant l'origine des choses, alors que tout n'est encore que possible et que la volonté divine n'a pas fait acte de liberté. Soudain Dieu a fait son choix entre les mondes; il veut, il commande librement la création de cet univers. Par cet acte unique, qui atteint tout le plan du monde, par ce seul décret, qui ordonne tout ^ Dieu devient cause effective d'êtres distincts de lui, alla a se ; du même coup '2, l'essence divine

1. Le décret par lequel Dieu détermine la création de l'univers n'est qu'un seul acte en Dieu et sa substance même. Mais ce décret unique atteint distinctement toutes les créatures, tous leurs accidents et toutes leurs opérations. C'est pourquoi, i^atione volitorum, on peut compter autant de décrets divins qu'il y a dans l'univers de choses que Dieu veut ou permet. {S. th., 1 p., qu. 19, art. 3, ad 4. — Coni. Gent., II, 76 et 77.)

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