‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 26 sur 144 · Saint Thomas divise toujours la science de Dieu · texte numérisé non relu

Saint Thomas divise toujours la science de Dieu

Cependant, il est facile de montrer , suivant les principes de la doctrine thomiste, que cette divine prescience est fondée sur le décret de la volonté. Ces futurs conditionnels sont, en effet, pour parler comme Cajétan, des raisons d'être surajoutées à l'essence des choses possibles, des adjonctions coiUinfjentes. Par conséquent, l'essence divine ne les représente pas d'ellemême nécessairement, mais en vertu d'un libre (h'^cret de la volonté divine. Ce décret la constitue véritablement cause, et partant exemplaire, de cette sorte d'objets. D'où Ton voit que ces futurs conditionnels, de même que les futurs absolus. Dieu les connaît dans son essence déterminée par la volonté.

On peut expliquer ainsi cette divine prescience.

Les choses voulues de Dieu et réalisées dans le temps ne sont pas sans liaison entre elles. Nous les voyons soumises à des lois qui sont les règles fixes du gouvernement divin. Ces lois, (raprès la grande théorie scientifique de ré(pii valence des forces naturelles et de révolution progressive de l'univers, se réduisent à un petit nombre de principes généraux, dont elles semblent découler avec une rigueur ma-

on deux parties seulement : simple intelligence et vision. 11 no i)arlc jamais d'une science intermédiaire. {S. th., 1 p., (|u. U, art. 9. — Cont. (jent., L G(j.)

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thématique. Peut-être même est-il vrai que tous les phénomènes de la nature, les faits du monde inorganique et les mouvements de la vie, les révolutions des astres et les changements qui s'accomplissent sur la terre, ne sont que les effets variés d'une force initiale unique, appliquée dès l'origine à une seule masse de matière, suivant un mode unique primordial d'action. Quoi qu'il en soit, l'observation des faits qui se passent sous nos yeux , la science des lois qui les régissent, donnent au savant, avec la prévision de l'avenir, la parfaite connaissance de tous les phénomènes qui se produiraient dans des cas semblables, en vertu de ces lois. L'astronome calcule e't prédit longtemps à l'avance les faits du monde sidéral ; il pourrait répondre avec la même certitude sur une infinité d'hypothèses et de problèmes. Le physicien et le chimiste n'ignorent pas quels seraient, dans telles circonstances, les effets des agents dont ils connaissent l'activité. Sans nul doute, l'esprit assez puissant pour embrasser les premiers principes des choses et toutes leurs conséquences découvrirait dans leurs causes tous les phénomènes réellement futurs, et, du même coup, tous ceux qui s'accompliraient, par ies mêmes lois, dans la série sans fin des circonstances semblables que l'on peut imaginer. La même science, par les mêmes principes, connaît les futurs absolus et les futurs conditionnels.

FONDEMENT J)E LA PKI<:8CIENCE. IJo

Ainsi Dieu, par Ln connaissance des lois providentielles qui régissent l'univers, étend son regard au nombre infini des futurs conditionnels qui se rattachent à Tordre des causes naturelles et de leurs efiéts. 11 n'ignore rien de ce qui arrivera certainement, ni de ce qui arriverait, en vertu des lois établies, dans toute hypothèse qui se puisse concevoir. La science de ces futurs hypothétiques, loin d'être indigne de Dieu, est une suite nécessaire et toute simple de la claire et parfaite vision des phénomènes du temps.

On peut concevoir de même, par analogie, la divine prescience des futurs conditionnels libres. Dieu ne mène pas au hasard et sans règle les agents volontaires. 11 y a des lois providentielles pour le monde moral aussi bien que pour le monde physique. Ces lois, dictées par l'Infinie Sagesse à l'Infinie Bonté, dirigent la Toute-Puissance dans le gouvernement des créatures intelligentes et libres. C'est sur elles que Dieu règle la distrilmtion de ses grâces. Il voit, en elles, comment il agirait dans mille circonstances possibles, (fui ne seront jamais; et, par là, il connaît une infinité de futuribles. Il voit, par exemple, ({ue les Tyriens se convertiraient à la vue des miracles du Christ; parce que la loi générale qu'il a étal)lie, et d'après laquelle il gouverne les causes libres dans l'ordn^ surnaturel, aurait ilans ce cas son application. Ainsi du reste. D'où il

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paraît que la science des futurs conditionnels libres ne suppose point en Dieu d'autre décret que celui qui est le fondement de l'éternelle vision des choses temporelles.

Et qui sait si toutes les lois providentielles du gouvernement de cet univers ne se ramènent pas à un seul principe, dont tous les événements de ce monde, dans l'ordre de la nature et dans celui de la grâce, ne seraient que des applications variées, et toute la suite des choses, l'harmonieuse évolution? La multiplicité des créatures, sortie de l'unité du Premier Être, retournerait ainsi, par l'unité de la loi suprême, à l'unité du Souverain Bien. Un seul décret pourrait expliquer la divine prescience des futurs et des futuribles.

Plus encore peut-être. C4ette loi générale de la Providence actuelle ne serait-elle pas un simple cas particulier d'un principe transcendant, règle unique de gouvernement pour tous les mondes possibles, centre d'où rayonnerait l'Infinie Perfection de la Cause des Causes à travers Pinfinie diversité des créations ? Ce principe suprême embrassant toutes les réalités et toutes les hypothèses, Dieu verrait en lui, comme dans leur première loi, toute l'infinité des futurs conditionnels possibles. Quoi de plus admirable et de plus divin qu'une pareille prescience ' !

1. Cf. Goudin, de Yoluntate Lei , q. 2, art. 1, concl. 3, in fine.

FO.NDEMEM" DK LA l'IŒSClENCE. 95

Telle est la théorie thomiste des décrets prédéterminants. Il est vrai, cette doctrine ne dissipe pas entièrement toutes les obscurités du problème ; elle ne lève pas toutes les diflicultés. Mais ne semble-t-il pas qu'elle est une suite nécessaire, et rigoureusement logique, des simples vérités de bon sens sur Tuniverselle primauté de l'Être Parfait?

Dieu est le Premier Être et la Première Cause : donc toute vérité contingente a pour raison éternelle sa toute-puissante volonté.

C'est le bon sens, et c'est le Thomisme.

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