CHAPITRE YI
LA l'RKDETERMINATION DES CAUSES NATURELLES,
Dieu connaît tous les êtres et toutes leurs opérations dans son essence en tant que cause, et Tessence divine est cause, et partant « espèce ou médium » des opérations et des êtres, en vertu d'un décret divin.
Comment Dieu cause-t-il effectivement les opérations des êtres ? Comment exécute-t-il dans le temps, par les actions des créatures, ses éternels décrets ^
Nous allons l'apprendre par la théorie du gouvernement divin.
Ecartons d'al)or(l un préjug'é.
Suivant la théorie thomiste de la transcendance du Premier Etre et de son efficace souveraine, il est clair que la divine prescience et le décret prédéterminant ne sauraient nuire à notn^ libre arbitre. On peut voir par là même ([ue le gouvernement de la divine Providence
ne blesse en rien notre liberté. Dieu agit, en effet, de la même manière qu'il sait et qu'il veut, c'est-à-dire avec une efficacité infaillible et qui ne manque pas son but, mais transcendante, et qui, loin d'empêcher les causes secondes, les fait passer à l'acte selon la nature propre et les dispositions de chacune d'elles.
Aussi les propositions suivantes : la cause que Dieu fait agir, agit nécessairement, — la cause que Dieu fait agir, ne peut pas ne pas agir, — s'expliquent, à l'aide des distinctions dialecti- €[ues de nécessité de la conséquence et du conséquent, de sens composé et divisé, avec la même facilité que les propositions : ce que Dieu sait devoir être sera nécessairement, — ce que Dieu décrète ne peut. pas ne pas arriver.
Il n'y a donc pas à insister maintenant sur l'accord de l'opération de Dieu dans les causes secondes avec la causalité propre et la contingence ou liberté de ces causes. Tout l'effort de notre attention doit se porter à bien entendre la pensée de saint Thomas sur la manière dont Dieu, cause première, opère effectivement dans toutes les actions des créatures. - ^
Il y a deux sortes d'agents dans l'univers. Les uns sont, par nature, prédéterminés à produire leurs effets; ils ne peuvent ni suspen-
dre ni modifier leur activité : ce sont les causes nécessaires. Les autres agents sont les volontés libres.
Ecoutons d'abord l'enseignement du Maître en ce qui regarde les opérations des causes secondes autres que la volonté. Il est plus aisé de le bien comprendre que celui qui a pour objet les actes du libre arbitre. Considérons donc uniquement les causes qui agissent par nécessité de nature, et dont la puissance active est d'ellemême prédéterminée ad uniwiK
Tous les êtres tiennent de Dieu leur existence et leurs perfections, non seulement parce que c'est Dieu qui les a tirés du néant, soit en eux-mêmes, soit dans leurs principes constitutifs, mais encore parce que c'est Dieu qui, par une influence continuelle de son activité créatrice, leur conserve l'être et tout ce qui en dépend 2. (.;'est l'effet premier de la Providence divine gouvernant le monde.
Voici le second. Un principe métaphysique fondé sur le rapport du non-être à l'être, de la puissance à Pacte, c'est que le mode d'agir suit le mode d'être : « operatio sequitur esse. » Si donc la créature dépend toujours actuellement de Dieu quant à l'être, il faut qu'elle en dépende aussi toujours dans son opération. Par conséquent, de même que Dieu fait être