‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 32 sur 144 · Cont. Gcnt.,\\h. 111, cap. 149. — In quolibet motu · texte numérisé non relu

Cont. Gcnt.,\\h. 111, cap. 149. — In quolibet motu

nomme à bon droit une prémotion physique. Voilà, en termes précis, la pensée de saint Thomas ^

natiiraliter pri7nii7n est motio ipsius moventis, secunduin autem est motio ipsius mobilis. {S. th., 1, 2, qu. 113, art. 8.)

1. Exemple de préjugé antithomiste : « Saint Thomas n'a jamais enseigné la prémotion. Car s'il est essentiel à tout mouvement de précéder son effet, au moins d'une priorité de nature, à quel titre pourra-t-on justifier le mot de prémotion, s'il ne signifie rien autre chose que cette essentielle priorité de nature ? Par là môme que saint Thomas regarde cette priorité comme essentielle à tout mouvement, il ne pouvait, ni ne devait, ici faire usage du mot prémotion. Ou bien, en effet, la prémotion ne dit rien de plus que l'acte de mouvoir les créatures à leurs opérations, et alors il n'y a pas de raison pour employer une dénomination nouvelle; ou bien elle dit quelque chose de plus, et alors l'argumentation de Goudin {Philosophia thomistica, métaphysique : de infiuxu Dei in causas secundas), pour nous montrer que saint Thomas enseigne la prémotion, ne prouve rien du tout... Cette argumentation aboutit, en fin de compte, à cette conclusion, qu'on peut trouver en toutes lettres dans saint Thomas, sans tant de recherches, et que personne n'a jamais songé a mettre en doute, à savoir : que Dieu est le moteur universel dans toutes les opérations des créatures, et que, dans tout moteur, il faut reconnaître au moins une priorité de nature, par rapport au sujet qui en reçoit le mouvement. » {Lettre du cardinal Pecci, traduite par M. l'abbé Deshayes.) — Goudin ne prétend prouver rie7i autre chose que ce que lui concède ici le cardinal Pecci, et le mot prémotion ne signifie rien de plus que l'essentielle prio-

Quelle est la nature et Tefficacité de cette IDrémotion ?

11 est clair que la motion divine est efficace, c'est-à-dire qu'elle produit toujours son efîet, qui est d'appliquer, de faire passer à l'acte, de mettre en mouvement la cause créée. On ne saurait concevoir que la cause première, à qui rien ne peut faire obstacle, « inimpedibilis, » qui ne manque jamais son but, « quse deficere non potest; — necessaria, » meuve une créature, et que celle-ci ne soit pas en mouvement. L'effet propre de la motion de Dieu est précisément Vagir même de la cause mue. Saint Thomas le dit en termes exprès, quand il dési-gne la motion divine par cette périphrase : « Id quod a Deo fit in re naturali, qito actualiter agat^ > Si donc Dieu applique une. cause seconde à l'acte, il s'ensuit nécessairement, — nécessité de conséquence , — que cette cause seconde agit effectivement. Voilà pourquoi, selon saint Tho-

rité de nature du moteur, ut sic, sur le mobile, ut sic. Donc, en réalité, saint Thomas est prémotioniste comme Goudin. Quant à l'emploi du mot prémotion, il se justifie, non seulement par les doutes, mais par les négations, parfois fort vives, des partisans du concours si^miltané, qui voulaient (le cardinal Pecci l'ignorait-il ?) que la motion enseignée par saint Thomas fût un simple concours avec la cause, sans aucune priorité de nature et de causalité sur l'action de celle-ci. Les thomistes ont marqué avec précision le vrai sens de la motion divine.

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