Cont. Gent.y lib. III, cap. lxvi
Yoilà pourquoi l'effet produit sous la motion (le Dieu porte la ressemblance spécifique de la cause créée. Car, s'il est vrai que la cause première influe le plus, « maxime, » sur l'effet , son influence cependant est déterminée spécifiquement par la cause seconde ^ On le comprend sans peine, si Ton observe que la motion divine sort du fond le plus intime de l'agent créé, et naît, pour ainsi parler, dans ses entrailles mêmes.
En deux mots , la motion divine détermine la créature à passer à l'acte , et la créature détermine la motion divine à l'espèce de l'acte et de Teffet. Telle est l'efficacité de la prédétermination physique 2.
1. Qiiaîst. 1, de Polentici, art. 4, ad 3 ; — 5, de Veritate, art. 9, ad 10; — 24, de Yeritale^ art. 1, ad 4.
2. C^irca istam propositionem : « Secunda agentia déterminant actionem primi agentis, » advertendum est qnod hoc non est sic intoUigendum quasi secundaria agentia aliqnid ergà divinani actionem , ut in se est, operentur, cùm sua Dei actio sit sua substantia; sed intelligitur secundùm ([uod ipsa, mediantibus causis secundis . ad elVectum aliqueni terminatur. Sic enim virtus divina et actio, secundùm quod in secnndà causa recipil ur , accipit limitationem et determinationem ex conditione causa' secunda^ tanquàrii ex susceplivL condilio^ie, quia unumquodque recipitur in alio pei* modum recipientis. (Ferrariensis, Coai. in Conl, Gent. ,Vih. III, cap. xlvi.) La cause seconde n'agit pas sur l'action de Dieu pour la limiter et la déterminer; mais Faction divine est déterminée d'ellemême, en tant qu'elle naît et agit dans cette cause.
Gomment faut-il concevoir cette prédétermination ?
Si on la considère formellement comme l'acte de Dieu , il est évident qu'elle n'a pas d'autre réalité que la substance divine elle-même. L'action de Dieu, c'est Dieu même.
Mais on peut considérer la motion divine dans la cause seconde qui la reçoit et qui est mue. Se confond-elle avec la réalité de l'opération de cette cause? N'est-elle pas plutôt une sorte de mouvement de la cause même? Recherche un peu subtile peut-être, et vaine curiosité d'un esprit qui s'attache à scruter les petits détails des choses.
Écoutons néanmoins saint Thomas.
Il semble établir une distinction réelle entre la motion de Dieu et l'acte de la créature. « Dans l'opération par laquelle Dieu meut la cause seconde, dit-il, celle-ci n'opère pas; mais l'opération de la cause seconde est aussi l'opération de Dieu, de même que Topération de l'instrument se fait par la vertu de l'agent principal*. > Il y a donc quelque différence entre la motion divine et l'action delà créature.
Mais le saint Docteur s'en explique encore plus clairement 2.
La puissance active des causes secondes, dit-il , se trouve en elles comme une forme ou