N. th., 1, :2, q. 0, art. 3, ad
ment l'acte moral et libre? Le R. P. de Régnon nous apprend que l'acte délibéré c'est l'acte indélibéré, « mais accepté , mais cotisent i ; ». c'est une « prise de possessio7i » de l'acte indélibéré. Soit; mais ces difîerences comment les expliquer , les concevoir , sans une activité quelconque, sans une opération d« la volonté ? — « Eligere, dit le saint Docteur, est ailles actus quàm velle — Electio et voluntas, id est ipsum velle, sunt diversi actus, sicut etiam intelligere et ratiocinari ^ » .
N'est-il pas étrange que le Molinisme, qui passe pour être le tenant des droits de la liberté, finisse par soutenir la non-activité du libre arbitre. « La liberté n'est pas une puissance active, une cause efficiente. » Le fatalisme luthérien la représentait comme un organe sans vie, « velut inanime quoddam, » sans activité , purement passif, « nihil omninô agere merèque passive se habere. » Curieux rapprochement du Néomolinisme et de l'hérésie contre laquelle le Molinisme fut inventé !
1. 24, de Veritate, art. 6, ad 2. — S. th., 1 p., q. 83, art. 4, ad 2.
Pourquoi toutes ces variations dans l'école do Molina ? C'est que les molinistes n'ont jamais voulu comprendre ces deux points entre lesquels le Thomisme tient tout entier. Premièrement, que toute l'explication de la prescience de Dieu se trouve dans sa causalité; et secondement, que l'accord de cette divine causalité avec nQtre libre arbitre est dans l'efficace universelle et transcendante de cette causalité môme. Tout, le Thomisme est là ! Et quiconque n'admet pas ces deux vérités, et veut, quand môme, passer pour thomiste, se jette, à l'aveugle, dans d'inextricables embarras. On conçoit que les obscurités mystérieuses du Thomisme arrêtent certains esprits, qui cherchent à résoudre, selon leurs lumières, le grand problème des rapports de la Providence de Dieu avec notre libre arbitre; mais, pour moi, j'ai de la peine à comprendre qu'on se dise thomiste quand on veut accorder la causalité divine avec notre liberté au moyen d'une prescience inexplicable, et qu'on ne veut pas mettre dans la divine causalité la raison dernière de toute la prescience de Dieu.
Je crois utile d'avertir ici le lecteur que ce petit livre n'est qu'une étude de métaphysique et de théologie rationnelle. Les rapports de l'homme à Dieu n'y sont pas envisagés au point de vue pratique, qui est celui de la conscience et de la responsabilité humaine: je me tiens au seul point de vue spéculatif. C'est de la science pure, si Ton peut ainsi dire, et non pas de la science appliquée. On. a coutume de prétendre que l'on doit être forcément moliniste dans la conduite de la vie ou la direction des âmes. Pelage et ses disciples reprochaient de même à saint Augustin que sa doctrine n'était bonne qu'à paralyser les volontés, refroidir les cœurs , troubler les consciences, et engendrer l'inertie et le désespoir. Rien de plus faux, si l'humilité de l'esprit et la crainte de Dieu sont les solides fondements et les vrais principes de la vie chrétienne.
« Ceux que cette doctrine jette dans le relâchement ou dans la révolte, dit Bossuet après saint Augustin % sont ou des esprits lâches,