Défense de la Tradition, liv. XII, chap. xix
qui veulent donner ce prétexte à leur nonchalance, ou des superbes qui ne savent pas ce que c'est que Dieu, ni avec quelle dépendance il faut paraître devant lui. Mais ceux qui le craignent, et qui savent que riiumilité est le seul moyen de fléchir une si haute majesté, travaillent à leur salut avec d'autant plus de soin et d'application que, par l'humble état où ils se mettent devant Dieu par la prière, ils doivent plus espérer d'être secourus. »
Du reste, ces objections, et toutes les difficultés semblables que l'on oppose aux dogmes de la prescience divine, de la grâce et de la prédestination, naissent d'un défaut de réflexion sur les données du problème. Tout homme dirige sa vie d'après la conscience qu'il a de son activité propre et de sa responsabilité. Or, les théories sur Dieu Premier Moteur n'aflaiblissent en rien ce sentiment intime. L'homme n'en reste pas moins maître de ses acres et responsable de l'emploi de ses facultés. L'opération de Dieu ne tombe pas sous la conscience. Voilà pourquoi le dicton populaire : Aide-foi, le ciel t'aidera, reste toujours notre règle de
conduite. De quelque manière que Dieu connaisse nos actions , qu'il gouverne notre activité et qu'il règle notre destinée éternelle, il n'en est pas moins vrai que , pour la conscience, toutes les forces actives de la vie morale sont en nos mains, et qu'il dépend de nous de choisir entre le bien et le mal, et de diriger nos pas comme il nous plaît, au vent de nos passions ou au souffle de Dieu. La théorie cependant éclaire nos esprits , afin que dans nos œuvres nous rapportions à Dieu tout le biien, ne nous réservant en propre que l'imperfection et le péché. Et « c'est là, dit Bossuet, de toutes les consolations que les enfants de Dieu peuvent recevoir, la plus solide et la plus touchante, de n'avoir à glorifier que Dieu seul dans l'ouvrage de leur salut. »
Je termine par un conseil au lecteur studieux. Qu'il lise de Bossuet les livres X , XI et XII, de la Défense de la tradition^ ainsi que le petit Traité du libre arbitre. Qu'il analyse ensuite les opuscules de saint Augustin de Prœdestinatione sanctorum et de dono Perse-
vey^antiœ. Je ne doute pas que ces lectures ne le rendent plus attaché d'esprit et de cœur à la solide doctrine de saint Thomas et de la véritable école thomiste.
Toulouse, 8 décembre 1891.
F. HiPPOLYTE GAYRAUD,
des Frères Prêcheurs,
professeur de philosophie à l'Institut
catholique.