‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 50 sur 144 · PREMOTION. LIBRE ARBITRE ET PECHE · texte numérisé non relu

PREMOTION. LIBRE ARBITRE ET PECHE

La doctrine de saint Thomas sur la motion divine dans le libre arbitre i)eut se résumer ainsi :

Dieu, Cause Première, meut réellement la volonté, cause seconde, à son acte, même à l'acte libre. Cette motion est physique , car Dieu agit physiquement, « movet per modum agentis ; » c'est une préînotion , puisqu'elle est cause du mouvement de la volonté, et que « motio moventis praecedit motum mobilis ratione et causa; » une prédétermination , car Dieu applique la volonté à l'acte et la fait vouloir « hoc vel illud. »

Cependant, sous la motion divine, la volonté se meut d'elle-même à son acte, et c'est en quoi consiste sa liberté ^ Dieu produit l'acte

1. « Per hoc quod Deus est causa operans in cordibus lîominum, non excluditur quin ipsœ humanai

PRÉMOTIOX KT LIHRE ARHITRE. 149

volontaire eu tant (|u'il est une inclination de Tappétit spécifié par la raison universelle de ])i<în , el la volonté le produit, sous la motion divine, en tant qu'il est déterminé à tel ou tel bien particulier. Mais l'acte est tout entier de Dieu Premier Moteur, et tout entier de la volonté, cause seconde.

Voilà toute la théorie thomiste sur ce point.

Deux difficultés se présentent à l'esprit : Comment saint Thomas entend-il que la volonté se meuve d'elle-même, alors que Dieu la meut efficacement? Gomment surtout la volonté, ainsi nme par Dieu, se détermine-t-elle jamais à l'acte du péché ?

Examinons d'abord la difficulté du libre arbitre.

11 est certain que Dieu meut physiquement la volonté à l'acte libre, et que par cette motion il uppli([ue réellement la volonté à l'acte, il la fait vouloir eflectivement, « facit nos velle hoc vel illud. » Gomment la causalité divine seraitelle la raison foruK^lle de la prescience de nos actes libres futurs si Dieu ne déterminait pas la volonté à l'acte libre ^

nicntos sint c':uis;v siionini iiiotiimn ; iiiuh'' non tollitur rnlio hlx'rtalis. — Alupiid potest osse ab alio motuni , (jnod tamen se ipsuni movet : et ità est de nicnl»' hiunanà. » {'2ï de Vcritate, art. 1. ad 8 et 5.)

D'autre part, il n'est pas moins certain que, sous la motion de Dieu , la volonté se meut d'elle-même et se détermine à son acte. Outre les textes déjà cités, en voici de plus formels, s'il est possible : « Dieu n'a pas laissé l'homme dans la main de son propre conseil , comme parle l'Ecriture, dételle sorte que Dieu n'agisse pas dans la volonté , « quin in voluntate ope- « retur , » mais de telle sorte que la volonté a le domaine de son acte et n'est point obligée à l'un des partis opposés , « non est obligata « ad alteram partem contradictionis; » au lieu que la cause naturelle est par sa forme, « per « suam formam, » déterminée ad unum. — Le domaine que la volonté a sur son acte n'exclut pas l'influence de la Cause Première; seulement la Cause Première n'agit pas dans la volonté de façon à la déterminer ad imum par nécessité, « ut eam de necessitate ad unum « determinet, » ainsi qu'il détermine la nature; mais la détermination de l'acte est laissée au pouvoir de 1 a raison et de la volonté, « deier- « minatio actûs relinquitur in potestate ratio- « nis et voluntatis ^ »

1. Qu. 3, de Potentiâ, art. 7, ad 12 et 13. — Voici les textes complets : Deus non dicitur homineni reliquisse in manu consilii sui, quin in voluntate operetur; sed quia voluntati hominis dédit dominium sui actûs, ut non esset obligata ad alteram partem contradictionis; quod quidem dominium naturae non dédit, cùm per suam formam sit determinata ad unum. — Voluntas

Que résulte-t-il de ces textes ? Que Dieu ne meut pas la volonté à Tacte libre ? Qu'il ne la détermine pas à ceci ou à cela ? — Point du tout, mais uniquement (^u'il ne la meut pas, qu'il ne la détermine pas de la "inème manière qu'il meut et détermine les causes qui , par nature, sont prédéterminées ad unum, c'està-dire de telle sorte que la volonté agisse par nécessité. Saint Thomas compare la volonté aux causes naturelles; il dit que Dieu, par son action, n'ôte pas à la volonté le domaine de son acte; qu'il ne limite pas sa vertu active, comme est limitée la vertu active des autres agents; qu'il ne l'ait pas en elle cette nécessité d'agir, qui est le propre des causes naturellement déterminées ad unumK II n'y a rien de

dicitiir liabere dominium sui actûs, non per exclusionem causœ primœ, sed quia causa prima non ità agit in voluntate, ut eam de necessitale ad unum determinet, sicut déterminai naturam ; et ideo deterniinatio actûs relinquitur in potestate rationis et voluntatis. (Cf. Cont. Gent., I, (J8, page 85-86.)

1. Voici clairement la pensée de saint Thomas : In hoc quod dicitur Deum hominem sil)i reliquisse, non excluditur homo a divinâ Providentiâ; sed ostenditur quod non pra'figitur ei vlrtus operativa determinata ad unum, sicut rébus naturalibus... Sed quia ipse actus liberi arbitrii reducitur in Deum sicut in causam, necesse est ut ea qua3 ex libero arl)itrio liunt, divins) providentiâ^ subdantur. {S. th., I, 22, art. 2, ad 4.) — La motion d(^ Dieu 7ie limite pas la vertu active de la volonté, mais cependant elle Yapplique d agir.

plus dans ces passages; et tout cela est une conséquence rigoureuse de la transcendance de l'opération divine et du principe thomiste que Dieu agit dans les causes secondes suivant la nature propre de chacune d'elles : « Deus operatur in unoquoque secundùm ejus proprietatem. »

Un tidèle thomiste doit donc tenir fermement : 1^ que Dieu meut physiquement et détermine la volonté à l'exercice de son acte libre; 2° que la volonté se meut et se détermine ellemême à son acte avec pleine liberté. — Le même acte procède à la fois, et de Dieu, Cause Première, et de la volonté, cause seconde; Dieu et la volonté agissant chacun dans son ordre et selon la perfection de sa propre causalité.

Mais lisons l'article où le saint Docteur discute la difficulté : « Utrùm voluntas moveatur a Deo de necessitate ^ ? »

Ne vous attendez pas à ce que saint Thomas nie simplement que Dieu meuve la volonté et la détermine à Tacte libre. Ce point est trop clair et trop solidement établi dans la pensée du saint Docteur. Voici comme il parle : « La divine Providence, loin de corrompre la nature des choses, la conserve. Ainsi donc Dieu meut les êtres suivant leur condition, « omnia movet se- « cundùm eorum conditionem : » de telle sorte

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