‹ Providence et libre arbitre selon Saint Thomas d'AquinChapitre 52 sur 144 · I. Cf. s. th.. 1. •>. qu. 11-2, :irt. ;l · texte numérisé non relu

I. Cf. s. th.. 1. •>. qu. 11-2, :irt. ;l

regards dans la transcendance mystérieuse de l'Etre Divine

C'est la pensée de l'Angélique Maître. « L'agent irrésistible, s'objecfce-t-il au même endroit, meut par nécessité. Or la force infinie de Dieu est irrésistible : « Yoluntati ejus quis resistit ? (Saint Paul.) Donc Dieu meut la volonté par nécessité. » — Gela ne peut être, répond saint Thomas , « car la volonté divine s'étend non seulement à ce que la cause mue agisse, mais aussi à ce qu'elle agisse comme il convient à sa nature. Voilà pourquoi il est plus contraire h la divine motion de mouvoir la volonté par nécessité, ce qui ne convient pas à la nature de la volonté, que de la mouvoir avec liberté, comme il convient à sa nature 2. »

1. « Quant à la question générale de la conciliation de la liberté avec le concours divin, je ne saurais mieux faire que de vous rappeler la doctrine de saint Thomas. J'y vois, pour ma part, l'unique chance de sortir d'une pareille difficulté, et elle ne laisse pas d'être fort évidente, pour peu qu'on la veuille examiner avec attention. L'efficacité de la cause, dit-il, n'influe pas seulement sur la production, mais encore sur le « mode d'être » de l'effet. Par conséquent, la souveraine efficacité de l'action divine doit tout à la fois atteindre et la substance de l'effet et le mode d'être spécial qu'elle entend lui donner; c'est-à-dire que l'effet est libre ou nécessaire, suivant que nécessaires ou libres sont les causes sur lesquelles elle agit. liieyi déplus évident. » (Lettre du cardinal Pecci.)

3. Deus in voluntate agit non per modum necessitatis, quia voluntatera non cogit, sed njovet eam non

N'est-il pas (évident, par co texte, (|ue Taccord -entre la motion divine et le libre arbitre, de même que l'accord entre notre liberté et les -décrets divins ou la prescience divine , se trouve, selon saint Thomas, non pas dans la science, mais uniquement dans l'efficace universelle et transcendante de la causalité de Dieu ?

Ainsi tout s'accorde et se soutient dans la théorie de l'Angélique Maître ^

auferendo ei modiim suiim, qui in libertate ad iitrumlibet consistit. Et ideo, quarnvis divinae voluntafl nihil résistai, tamen voliintas, et qua)lil)et alia ros exequitur divinam voliintatoiu seciindùm modiim suum, quia et ipsuin modinn divina vohintas reljus <ledit lit sic ejus voluntas iiiipleretur; et ideo qi'uedaiii expient divinam voluntatem necessario, qiue- <lani contingenter, quarnvis ilhid quod Deus vult, semper fiât. ((> de veritate. art. 3, ad 8). — On le voit, tout l'accord est là. pour le saint Docteur : Dieu meut efficacement la volonté., mais il ne la force pas, il ne la nécessite pas. — Sur le sens du mot cofjere, voir S. th., I, 105, art. 4, adl ; — ^ilde Veritate, art. 8 et 0 : il n'est nullement synonyme iV appliquer à l'acte, de faire agir, mais de violenter. Dieu fait agir, il applique à l'acte; mais il ne violente pas, il ne nécessite pas, il ne force pas.

1. Je ne puis assez m'étonncn* de trouver ces lignes <laus la Lettre du cardi)ial Pecci : « Ce qui me persuade et montre bien que saint Tliomas a rejeté la prémotion comme ennemie de la liberté humaine, c'est ce principe parfaitement certain pour le saint Docteur : Tout ce qui implique une disposition inhéd-ente au sujet communicpie par là même à celui-ci un

Reste maintenant la difficulté du péché. Se peut-il que notre volonté, mue par Dieu, se détermine à im acte si opposé à la volonté de Dieu ?

Ce serait impossible, répond saint Thomas, si la volonté était mue par Dieu seul ; mais la volonté se meut aussi d'elle-même, et de là

caractère de nécessité qui lui enlève toute liberté {S. th., 1 p., qu. 14, art. 13, ad 3 — 6, de Yeritate, art. 3, ad 8)... Si la prédestination était une qualité, une forme ou disposition intrinsèque au sujet prédestiné, il serait faux, aussi bien ati sens divisé qu'au sens composé, de dire d'une manière absolue : — un prédestiné peut se damner, — puisque cette disposition nécessiterait le sujet en lui-môme et ne lui permettrait pas de conserver potentiam ad oppositum. Or, la pré motion physique ou prédétermination est bien quelque chose d'intrinsèque à la volonté. Par une connexion nécessaire , elle- entraîne l'opération, etc.. Il est inutile, après tout ceci, de m'arrêter à faire remarquer que la prémotion ne peut être une « qualité, » gomme le veulent bon nombre de Prédéterminants, parce que saint Thomas le nie expressis verbis quand il dit formellement : non est qualilas, sed motus. {S. th., 1, 3, qu. 110, art. 2; cf. qu. 23, de veritate, art. 8.) Se peut-il quelque chose de plus clair ?» — Rien de plus clair, en eft'et, et voilà pourquoi précisément le saint Docteur, malgré le principe cité plus haut, n'a jamais « rejelé la prémotion comme ennemie de la liberté ;'» car la prémotion n'est pas une qualité, ni une forme, ni une disposition intrinsèque et inhérente au sujet, mais un MOTUS : actio onoventis in moto est motus. « Se peut-il rien de plus clair ? » Je n'ai jamais vu un Prédéterminant QUI DIT le contraire.

vient le péché. A^oici les paroles du saint Docteur : « Dieu, agissant comme Moteur Universel, meut la volonté de l'homme à l'objet universel de la volonté, qui est le bien. Sans cette motion universelle, l'homme ne peut rien vouloir. Mais c'est l'homme qui se détermine, au moyen de la raison, à vouloir ceci ou cela, c'est-à-dire un bien réel ou un bien apparent. » Voilà comment la volonté de l'homme peut pécher malgré la motion de Dieu. Le saint Docteur ajoute : « Toutefois, Dieu meut spécialement des hommes à vouloir un bien déterminé, ceux, par exemple, qu'il meut par sa g race ^ . »

Cette réponse de l'Angélique Maître a subi une infinité de couimentaires. Les adversaires de la prédétermination physique y voient, plus clair ([ue le jour, la négation expresse de cette théorie, et ils prétendent expliquer par ce seul passage toute la doctrine de saint Thomas sur la motion de Dieu dans la volonté. Une motion universelle au bien en général, disent-ils, telle qu'elle est enseignée dans l'article 4 de cette môme question, voilà toute l'opération du Premier Moteur .dans le libre arbitre; quant à l'acte libre qui a pour objet tel bien déterminé, vrai ou taux, il procède de la volonté seule. La jKMisée de saint Thomas est claire, et Ton coml)rend ainsi sans peine ({ue la volonté puisse

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